mardi 1 décembre 2020

Tomislav ZAJEC « Il faudrait sortir le chien »

 


Pièce contemporaine croate de 21 séquences intimistes et seulement trois personnages (qui ne seront jamais réunis), un père et son fils (appelé « L’homme ») ou bien entre ce même fils et son ancienne fiancée. Toutes les séquences se déroulent sous la pluie. Quant au fils, il raconte le passé commun au début de certaines scènes, mais est-il mort depuis ? L’espace-temps est réduit, comme le reste.

Le père, traducteur renommé, a été déçu par le parcours du fils documentaliste, mais le sien propre n’est pas non plus un exemple de triomphe : amoureux en secret d’une femme, il préféra rester avec la sienne, peut-être par habitude, en tout cas par peur de l’inconnu (e ?). Pour l’heure, le père va se voir décerner un prix pour son travail de traducteur...

Dans cet improbable triangle, les relations humaines sont compliquées : père et fils n’ayant jusqu’ici que peu eu l’occasion de dialoguer, ils le font enfin, alors que le père est vieux, père qui aimerait connaître la fiancée du fils, pourtant ils sont séparés, cette ancienne fiancée ayant d’ailleurs des reproches à formuler au fils, et la réciprocité est vraie.

Le fils et son ancienne fiancée se croisent sous un abribus. Il pleut. Nombreuses plages de silence, des silences qui parlent peut-être davantage que les dialogues.

Le père est resté ancré par dépit avec sa propre femme, le fils s’est séparé de sa fiancée par défaut, une fiancée qui a redécouvert l’amour en la personne d’un pilote de ligne mais qui a du mal à admettre l’abandon de l’ancien être aimé, voici une radiographie peu optimiste d’êtres plus ou moins reclus. « Après leur séparation, elle avait trouvé cette place dans le point de vente d’une compagnie aérienne, en face de l’abribus où ils s’étaient tous deux retrouvés. Aujourd’hui encore, le bruit des billets qu’on imprime la laisse rêveuse. Elle fume. Elle fume même lorsqu’elle n’est pas en pause. Elle rêve. Qu’elle s’envole au-dessus des villes, là où les rêves sont possibles, là où les gens sont heureux ».

Dialogues simples mais profonds, très personnels, ils pourraient être sortis d’une pièce de Marguerite DURAS, ils sont épurés, tout comme le décor. Et puis il y a le chien, ce fichu clébard que le fils doit sortir faire pisser, ce chien est le lien entre les trois personnages de la pièce, il en est le quatrième protagoniste et le seul qui vit vraiment, qui a besoin de l’autre. Mais qui pourra le prendre en charge ? Le chien est l’être clé de l’intrigue, il semble bien être le seul à aimer tout le monde (par intérêt ?) même s’il n’apparaît jamais. Pour le reste, chaque personnage rêve mais n’accomplit pas, vit dans l’ombre de ses désirs.

Pièce intérieure et pudique aux dialogues chuchotés, elle nous embarque dans une atmosphère feutrée tout en finesse. Oui mais il faut sortir le chien. Parue en 2017 aux éditions L’espace d’un Instant.

https://www.sildav.org/editions-lespace-dun-instant/presentation

(Warren Bismuth)

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