dimanche 30 mars 2025

Toni MORRISON « Délivrances »

 


Le challenge mensuel « Les classiques c’est fantastique » piloté avec maestria par le blog Au milieu des livres propose un thème unique ce mois-ci : l’autrice Toni Morrison. Pour Des Livres Rances, le choix est forcément vite fait puisque en 2015 paraissait l’ultime roman de Toni Morrison qui a pour nom… « Délivrances » ! Le hasard n’existe pas.

Lula Ann est née noire, mais de deux parents blancs, métis pour être exact. Le père quitte le foyer familial à la simple vue de sa fille tandis que la mère, la mort dans l’âme, s’en occupe, tout en la détestant uniquement pour sa couleur de peau qu’elle ne supporte pas. D’ailleurs, Lula Ann n’est pas autorisée à appeler sa mère « Maman », mais « Sweetness ». Adulte, Lula Ann devient Bride, comme pour effacer son douloureux passé. Elle a réussi sa carrière professionnelle, est devenue directrice d’une entreprise de cosmétiques. Mais son conjoint Booker l’a quittée.

Enfant, Bride (Lula Ann donc) a dénoncé une institutrice qui, dit-elle, avait abusé de petites filles. Sofia Huxley, la coupable, a fait plusieurs années de prison. Quand elle sort, Bride la prend en pitié, cherche à l’aider… et se fait passer à tabac par la même Sofia et en reste bouleversée et traumatisée. Elle se confie à son amie Brooklyn qui, rapidement, cherche à connaître la vérité. Bride lui a évoqué un viol…

Roman polyphonique où tour à tour des femmes ainsi que la narratrice prennent la parole : la mère Sweetness tout d’abord, suivie de Bride, puis de Brooklyn, avant que Sofia ne s‘exprime à son tour. Chacune raconte son histoire. Pour Bride il s’agit bien sûr de traumatismes suite au racisme ambiant en vigueur aux Etats-Unis, avec des lois Blanches pour les Blancs, des lois où les noirs sont défavorisés, discriminés voire persécutés.

Lorsque la narratrice s’empare de son temps de parole, c’est en partie pour dépeindre l’itinéraire de Booker, l’homme qui a quitté Bride. Alors tout s’enchaîne, s’imbrique. Il est hélas impossible de dévoiler quoi que soit de cet assez bref roman sans vous en gâcher la lecture. C’est un texte purement étasunien qui en raconte la violence raciale à la fin du XXe siècle et au début du XXIe, violence de la population mais aussi celle des dirigeants, des gouvernants. Bride a souffert plus qu’à son tour, et malgré son succès professionnel (elle évolue dans un milieu plutôt bourgeois) elle reste cette femme noire, meurtrie car non désirée ou en tout cas pas avec cette couleur de peau. Non désirée par la société, mais aussi par ses propres parents.

« Booker l’interrompit. ‘Scientifiquement, il n’existe rien de tel que la race, Bride, donc le racisme sans race est un choix. Enseigné, bien sûr, par ceux qui en ont besoin, mais c’est tout de même un choix. Les gens qui le pratiquent ne seraient rien sans lui’ ».

Toni Morrison (1931-2019) achève son œuvre par ce roman simple et limpide où on sent qu’elle y a mis une part d’elle-même. Roman juste et vite lu, il est une pièce, comme son autrice, de la longue et nécessaire littérature noire étasunienne. Et même s’il ne laissera pas forcément de trace à long terme, il est agréable à lire et à déguster.

 (Warren Bismuth)



1 commentaire:

  1. Pas lu ce dernier opus de Toni Morrison. Je pense que je le lirai en dernier, après tous ceux qui me restent à découvrir.

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