dimanche 14 juin 2026

Nelson MANDELLA « L'apartheid »

 


Arrêté le 5 août 1962 pour avoir incité à une grève en Afrique du sud les 29, 30 et 31 mai 1961 et pour avoir fondé L'Umkonto we sizwei que ses détracteurs définissent à tort comme branche militaire du Congrès National Africain (C.N.A.) coupable de sabotages, Nelson Mandela passe deux fois en procès, la première à Pretoria du 22 octobre au 7 novembre 1962, la seconde à Rivonia d'octobre 1963 à mai 1964.

Nelson Mandela est alors avocat et farouche ennemi du pouvoir d'apartheid sud-africain. Lors de ces deux procès il choisit donc tout naturellement de se défendre lui-même. Il a déjà fait de la prison. Ce livre regroupe les deux plaidoiries qu'il prononce au tribunal. « La loi telle qu'on l'applique, la loi telle qu'elle a été édictée au cours d'une longue période historique, et en particulier la loi telle que l'a conçue et rédigée le gouvernement nationaliste, est à notre avis immorale, injuste et insupportable. Notre conscience nous ordonne de protester contre elle, de nous y opposer et de tout mettre en œuvre pour la modifier ».

Le gouvernement sud-africain, Blanc, est violemment contre le peuple, à majorité Noire. La première plaidoirie est à charge contre cette violence lors de la grève de mai 1961. À l'issue de ce procès, Mandela est interdit de quitter Johannesburg, d'assister à toute réunion publique, a ordre de démissionner de son poste au C.N.A. Et de ne jamais plus y adhérer. En outre, il est condamné à cinq ans de travaux forcés.

Lors du second procès, Mandela insiste sur la différence voire l'opposition entre le C.N.A. et le communisme. Il définit ainsi le rôle de l'organisation : « C'est l'époque où fut fondée la section de volontaires du C.N.A. On demanda aux volontaires de s'engager à défendre certains principes. Des témoignages sur ces engagements ont été cités dans ce procès, mais tout à fait hors de propos. Les volontaires n'étaient pas, et ne sont toujours pas, les soldats d'une armée noire engagés dans une guerre civile contre les Blancs. Ils étaient et sont toujours des travailleurs dévoués prêts à mener campagne sur l'initiative du C.N.A., à distribuer des tracts, à organiser des grèves, ou à faire tout ce qu'exige une campagne de protestation. On les appelle volontaires parce qu'ils ont accepté de s'exposer aux peines d'emprisonnement et de fouet qui sont maintenant édictées pour de telles actions ».

En 1960, les Noirs ont été écartés du vote lors d'un referendum pour l'établissement de la république, n'ont pas non plus le droit de manifester, c'est pourquoi Nelson Mandela, le C.N.A. et l'Umkonto s'insurgent. « La doctrine du C.N.A. consiste et a toujours consisté dans un nationalisme africain. Il ne s'agit pas du concept qui s'exprime dans le mot d'ordre : « les Blancs à la mer ! ». Le nationalisme africain que prône le C.N.A. consiste à défendre le droit des africains à la liberté et au plein développement sur leur propre sol. Le document politique le plus important qu'ait fondé le C.N.A. est la Charte de la liberté, qui n'est en aucune façon un manifeste pour un État socialiste. Elle appelle à une redistribution, mais non à une nationalisation de la terre ; elle prévoit la nationalisation des mines, des banques, et des grands monopoles industriels parce que ces facteurs économiques sont entre les mains de la seule minorité blanche et que sans cette mesure la domination raciale survivrait à la diffusion du pouvoir politique ».

À la suite du second procès, Mandela est condamné à la détention criminelle à perpétuité. Libéré en 1990, il deviendra Président de la République en 1994.

Une lettre de Breyten Breytenbach ouvre ce volume, elle est suivie par une longue introduction de l'éditeur sur l'apartheid et sur 50 ans de luttes depuis le début du XXe siècle, qui annoncent les grèves de 1961. Ce petit livre d'à peine plus de 100 pages est paru aux éditions de Minuit en 1985 dans la belle collection Documents. Depuis, il est régulièrement réédité sans tambours ni trompettes, et toujours disponible de nos jours. Il éclaire sur la lutte des noirs contre la ségrégation en Afrique du sud, sur la figure de Nelson Mandela et sur des atrocités Blanches qui ne cessent d'entacher l'Histoire.

https://leseditionsdeminuit.fr/

(Warren Bismuth)

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