mercredi 19 août 2026

Marine CALMET & François SARANO « Justice pour l'étoile de mer »

 


« Depuis le droit romain, notre modèle juridique spéciste sépare le monde en deux catégories : les personnes et les biens. C'est ainsi que les entités naturelles, qui n'appartiennent pas à notre espèce, se voient inscrites de manière binaire au catalogue des biens ». Partant de ce fait, Marine Calmet, juriste, et François Sarano, océanographe, vont unir leurs forces pour aboutir à ce véritable manifeste des droits de l'océan par le truchement de l'interview en miroir, chacun posant des questions à l'autre.

Les richesses sous-marines sont menacées par la folie humaine et les conséquences sont très graves. Les deux spécialistes de ce livre nous en font part, par des mots mais aussi des illustrations et des graphiques, de manière on ne peut plus didactique. La pensée religieuse a influencé notre rapport au Vivant, favorisé l'anthropocène (la domination humaine) sur la nature, la toute puissance de l'Homme, qui recherche avant tout l'utilité des autres espèces dans son propre environnement. Ce ne sont pas pour lui des êtres vivants mais de simples produits ou des matières premières. Or, plus on étudie le Vivant, plus on constate le degré de complexité des interactions et interdépendances.

Le droit existe pour protéger les humains et les industriels, pas pour protéger le Vivant dans son ensemble. C'est ce que dénonce les deux auteurs de ce livre engagé pour les droits des animaux et ceux de la nature. L’effondrement de la biodiversité, qui n'est plus un scénario catastrophe mais une réalité, se trouve devant un vide juridique insondable qui ne tient aucunement en compte les fameuses interactions du Vivant, alors que nous sommes les « Gardiens de la nature », mais aussi et paradoxalement surtout des « destructeurs-extractivistes », creusant toujours plus au cœur de la nature y compris dans les océans.

« La prise en compte de l'évolution des interdépendances au cours de la vie est essentielle dans la compréhension et la préservation de la biodiversité. Car plus la variété des interdépendances est complexe, plus la tapisserie du vivant est résiliente aux changements ». Il est donc nécessaire et urgent de prendre en considération juridiquement le Vivant dans son ensemble. En effet, sans les autres espèces, nous ne sommes rien, nous avons eu tendance à l'oublier. Ainsi les deux auteurs proposent en fin de volume une proposition de loi pour une reconnaissance des droits de l'étoile de mer et plus globalement de ceux de l'océan, l'ouvrage étant d'ailleurs sous-titré « Vers la reconnaissance des droits de l'océan ».

Nous ne sommes pas dans une utopie un peu naïve, l'Équateur ayant déjà voté de tels droits il y a quelques années, il suffit de prendre exemple sur ces lois humanistes et respectueuses de l'environnement. Les deux interlocuteurs finissent leur passionnant échange sur de la politique-fiction : lorsque ces lois auront été promulguées chez nous, en Europe, en France, grâce à une concertation d'envergure entre pêcheurs et scientifiques, lorsque nous aurons compris qu'il est indispensable et salutaire de condamner durement les multinationales qui détruisent tout le Vivant. En annexe, la déclaration des droits de l'océan. François Sarano est connu pour la création de son association Longitude 181 dont je vous invite à aller voir les actions (et quelques vidéos formidables) sur Internet. Ce petit livre d'à peine 90 pages est un relais indispensable entre la Nature et nous, c'est la voix des sans-voix, et c'est paru l'an dernier dans la somptueuse collection Mondes Sauvages d'Actes Sud, collection dont je n'ai pas fini de vous venter les bienfaits et l'engagement écologique profond.

https://www.actes-sud.fr/recherche/catalogue/collection/1899?keys=

(Warren Bismuth)


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