La Kanaky ou Nouvelle-Calédonie, ses pluies chaudes, ses plages, ses paysages de rêve, une île pourtant peuplée de chats errants et affamés. Loréna Bur raconte en poésie son enfance en Nouvelle-Calédonie, où toute majuscule a disparu, est devenue superficielle. Les cyclones font aussi mal que la colonisation. Les paysages de carte postale et la pollution cohabitent et fraternisent, comme les tragédies avec les espaces de bonheur délimités par le ciel.
En une poésie épurée qui privilégie l'image furtive, la jeune poétesse Loréna Bur nous invite à découvrir « son » île.
« avant, nous aimions le sirop dans nos bols de lait, nous
cherchions l'endroit où s'en allaient les mémés pour
mourir,
la forme du bois des maisons coloniales,
la couleur du santal
c'était l'époque des élections présidentielles
et le lave-vaisselle ne marchait plus ».
Et le vent, qui balaie, nettoie la pollution, cette « grosse odeur de métaux lourds ». Et les pêcheurs qui tentent de gagner leur croûte. Et la grand-mère, morte au bord d'une route. Vient malgré tout un moment de bonheur, où on oublie tout, plongeant dans le farniente sur les bords de l'océan avec le ciel comme repère. Encore. Car il faut continuer à vivre malgré la misère.
« chez elle, mémé pose une bassine au sol sous le trou dans
le ciel pour récupérer la pluie, les cyclones,
la dépression tropicale du moment ; c'est un autre moyen
de dire qu'il n'y a pas d'argent ».
Une poésie sensitive, olfactive, lente et quasi documentaire, une jeunesse défilant en vers libres, un coin du monde parfois oublié mais où pourtant la vie est féconde, même si le désenchantement cherche à pointer son nez :
« un jour à la fois, parfois, je pense que ça y est,
il n'y a plus de poésie »
mais le flux reprend, et Loréna Bur est de celles qui rendent la poésie encore vivace et utile. « Royaume, royaume » (avec la seule majuscule du texte) est paru en 2024 chez Cheyne éditeur, dans la belle collection Prix de la vocation où, chaque fin d'année, un poète ou une poétesse de 18 à 30 ans choisi sur le volet publie pour la première fois un poème chez le célèbre éditeur. Quelques noms ont depuis fait leur chemin, je pense à Laura Vazquez, Jean d'Amérique ou Victor Malzac. Souhaitons qu'il en sera de même pour Loréna Bur.
https://www.cheyne-editeur.com/
(Warren Bismuth)

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