dimanche 16 mai 2021

Julien CHUZEVILLE « Léo Frankel communard sans frontières »

 


Cette biographie très documentée permet de mieux connaître un militant singulier : membre de l’A.I.T. (Association Internationale des Travailleurs), il en deviendra l’un des secrétaires, militant actif de la Commune de Paris, il en sera même le seul élu étranger, faisant de la Commune une lutte internationaliste. Ami de MARX, il sera aussi un combattant actif parcourant infatigablement l’Europe.

 

Léo FRANKEL est né hongrois en 1844, de langue allemande. Très tôt engagé dans la lutte sociale, il rejoint l’A.I.T., voyage en Autriche, Allemagne notamment, arrive en France en 1867. Sous son impulsion, le mouvement ouvrier parisien prend de l’ampleur. 18 mars 1871 le gouvernement de Thiers s’enfuit à Versailles, place à la Commune. FRANKEL y est aux avant-postes, il en est aussi l’une de ses figures emblématiques : humaniste, tolérant mais combatif, il propose de mettre en place des lois totalement révolutionnaires pour l’époque : suppression du travail de nuit des boulangers, égalité salariale entre hommes et femmes, journée de travail de huit heures, etc.

 

Au-delà de la biographie de FRANKEL, l’auteur Julien CHUZEVILLE nous replace dans le contexte, dépoussière des discours ou articles de FRANKEL. On y voit que la Commune fut loin d’être un acquiescement de ses partisans, entre contestations au sein même du mouvement, dysfonctionnements et improvisations.

 

Après l’écrasement sanglant de la Commune, FRANKEL fuit tout d’abord en Suisse, où il retrouve des camarades, puis se réfugie à Londres, toujours aidé par l’A.I.T. FRANKEL est un marxiste convaincu, il connaît par ailleurs très bien Karl MARX et Friedrich ENGELS, prend souvent la parole en public, est emprisonné à plusieurs reprises.

 

Sur la Commune FRANKEL écrit qu’elle « ne fut pas seulement une révolution de plus, s’ajoutant à tant d’autres, elle fut essentiellement une révolution nouvelle, nouvelle par l’objectif qu’elle essayait d’atteindre, nouvelle parce qu’elle fut une révolution ouvrière. […] Son but était de mettre fin à l’exploitation de l’homme et à la domination de classe. […] Malgré les imprécations des prêtres, les menaces ou les sarcasmes de la classe dirigeante, malgré toutes les misères, tous les dangers, le grand idéal qui animait les combattants de la Commune continuera à se répandre jusqu’au jour où il conduira les opprimés à la victoire finale et réalisera la libération de la classe ouvrière. […] Pour nous le 18 mars est l’annonciateur d’une société nouvelle, d’un monde nouveau ! ».

 

FRANKEL est un activiste bouillonnant, il crée notamment en 1878 le Parti des non-électeurs (= les exclus du droit de vote). Unificateur des forces révolutionnaires, dévoué, collectiviste et modeste, FRANKEL représente l’abnégation. Bien qu’associé à la Commune, son nom résonne pourtant également ailleurs et en d’autres temps. Peut-être plus que tout dans cet ouvrage pointe la figure du « protoféminisme masculin », FRANKEL fera de la lutte des femmes l’un de ses combats : « Toutes les objections produites contre l’égalité de l’homme et de la femme sont du même calibre que celles que l’on émet contre l’émancipation de la race noire, des classes ouvrières, etc. On ferme les yeux au monde et on lui dit qu’il est aveugle de naissance ».

 

Il meurt à Paris à 52 ans en mars 1896, mais l’histoire ne s’arrête pas là, son corps est rapatrié à Budapest en 1968…

 

Ce volume agrémenté de 400 (!!!) notes et à la bibliographie conséquente reprend aussi des extraits de discours ou des écrits de Léo FRANKEL, quelques échanges de correspondance, notamment avec Karl MARX. En fin d’ouvrage, des photographies sont proposées. Superbe livre sorti très récemment pour le 150e anniversaire de la Commune de Paris, aux éditions Libertalia toujours au sommet !

https://www.editionslibertalia.com/

(Warren Bismuth)

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