dimanche 9 mai 2021

Larry McMURTRY « Les rues de Laredo »

 


Hasard troublant du calendrier : alors que j’étais plongé dans cet ultime volume de la saga « Lonesome Dove » et me délectait des aventures contées, Larry McMURTRY cassait sa pipe, levait les bottines, dévissait son billard. Il n’est pas fréquent d’apprendre la disparition d’un auteur que nous sommes précisément en train de lire, donc forcément la fin de cette série a soudain revêtu pour moi un habit de deuil, a changé d’odeur, de goût.

Si vous souhaitez chevaucher cette longue série écrite entre 1985 et 1997, sachez qu’il faudra vous armer de temps libre et de patience : pas moins de 3200 pages à avaler. Petite précision : il me paraît nécessaire de lire les aventures de nos Texas Rangers dans l’ordre chronologique (et non l’ordre d’écriture), soit : « la marche du mort » (écrit en 1995), « Lune comanche » (en 1997), « Lonesome Dove » (en deux volumes, rédigés en 1985) et ce « Les rues de Laredo » (écrit en 1993) qui en constitue la conclusion.

Ce dernier volet se déroulant dans les années 1890 sonne tout de suite de manière plus mélancolique. En effet Gus McCrae, ami de toujours de Woodrow Call, n’est plus. Des deux inséparables, l’un est mort de la gangrène. Call va devoir se chercher de nouveaux coéquipiers pour repartir à la chasse aux brigands. Cette fois-ci, il va poursuivre Joey Garza, un jeune fondu de 19 ans qui a déjà quelques dizaines de meurtres à son actif lors d’attaques de trains. L’autre étant Mox Mox, un fou furieux dont le plaisir est de brûler les hommes morts ou vivants.

Seulement Call a désormais 70 ans aux prunes, il vieillit, sa vue baisse. Et bien sûr il est nostalgique de McCrae et de leurs nombreuses aventures. Il recrute de plus jeunes associés, certes expérimentés mais qui ne remplacent pas un type comme Gus (il en est de même dans la lecture, Gus manque cruellement). Parmi eux l’indien Famous Shoes connaît bien la mère de Joey Garza puisqu’elle lui a jadis sauvé la vie. Tous vont devoir faire preuve de ruses pour débusquer les deux fuyards.

« Les rues de Laredo » est semblable aux volets précédents en ceci : personnages charpentés, vrais, des cow-boys au grand cœur mais qui souhaiteraient bien convertir les apaches, scènes violentes parfois atroces dans leurs détails, mais avec ce besoin de raconter comme historiquement. Les lieux sont encore une fois les grands espaces près de la frontière mexicaine, et l’analyse psychologique des personnages est très solide.

Il diffère bien sûr quant à l’absence de Gus, mais peut-être également sur des longueurs plus marquées dans le récit, des redondances aussi. Mais attention, « Les rues de Laredo » est très loin d’être un mauvais roman. Avec près de 800 pages il connaît forcément des faiblesses, des pertes d’énergie, mais il reste un grand western qui colle aux semelles et au plus près des thèmes du genre. L’auteur sait parfaitement de quoi il parle, et rend une atmosphère très far west.

Les femmes ne sont pas oubliées, certaines figures sont fort bien dépeintes, refusant de se soumettre à la toute puissance masculine, se révoltent. Ne vous attachez pas trop à certains des personnages que vous allez croiser, certains pourraient bien défuncter en route, c’est le risque avec cette saga.

En conclusion, « Lonesome Dove » est l’une de ces séries dont on se souvient toute une vie, par sa démesure, le nombre de protagonistes, les rebondissements, l’humanisme et la bestialité chevauchant ensemble dans les grands plaines du Texas. Série marquante, elle est l’exemple parfait du long western sans illusions, mais truffé de traits d’humour. Elle est aussi un bon moyen de découvrir la vie aux Etats-Unis dans la seconde moitié du XIXe siècle. Cet ultime volume est sorti en 2020 chez Gallmeister, il clôt une aventure singulière et palpitante, une expérience de lecture forte et mémorable.

https://www.gallmeister.fr/

(Warren Bismuth)

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