samedi 20 janvier 2018

Olivier GUEZ « La disparition de Josef Mengele »


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Biographie romancée du sinistre docteur MENGELE, expérimentateur en chef du corps humain (juif de préférence), spécialiste en gémellité. Après la seconde guerre mondiale durant laquelle MENGELE fut une pièce maîtresse du IIIème Reich, il passe sa vie à se planquer. Traqué, recherché, puis oublié, à nouveau traqué. Pourquoi il fut si difficile voire impossible de mettre la main sur ce docteur de la mort ? Les raisons sont certes nombreuses, l'une d'elles vient cependant du fait qu'en refusant de se faire tatouer son numéro de matricule lorsqu'il entre dans les S.S. en 1938, il sera moins repérable par la suite. Ses expériences innommables – et innombrables - à Auschwitz sont peu développées dans cet ouvrage, l'auteur préférant se recentrer sur le parcours d'Herr Doktor après 1945, sa fuite en Argentine, accueilli à bras ouverts par Juan PERON, le dictateur argentin mettant en œuvre à son tour le national-socialisme dans une version plus « prolétarienne ». GUEZ en profite pour brosser une rapide biographie de PERON et de sa femme Eva. Nombreux sont les anciens nazis réfugiés dans des pays d'Amérique centrale ou du sud, les dirigeants leur déroulant le tapis rouge. Les ex soldats du Reich se prêtent main forte lors de coups durs ou de traques trop vives. À cet endroit du globe, on attend impatiemment la troisième guerre mondiale que la guerre froide pourrait provoquer, on souhaite un coup d'État en Allemagne pour nettoyer le pays des vilains démocrates installés au pouvoir. Mais revenons à Josef. Parcours chaotique, intéressé. Il haïssait son frère, seulement le frangin a dévissé son billard. Quoi de mieux pour le bon docteur de se mettre en ménage avec la veuve – sur les conseils du paternel – afin que les parts dont elle dispose dans les affaires MENGELE restent dans la famille. Après le coup d'État de 1955 avec l'expulsion de PERON de son moelleux siège, ça commence à sentir ferme le roussi en Argentine pour les anciens nazis, MENGELE se planque au Paraguay (il y acquerra la nationalité paraguayenne), puis au Brésil. Entre temps, les « chasseurs de nazis » israéliens (dont le Mossad) ont capturé l'ignoble Adolf EICHMANN, encore une pointure du Reich, et GUEZ saisit l'occasion pour nous rappeler le parcours de ce nazi actif. La fin de vie de MENGELE est pathétique. Malade, diminué, il reprend contact avec son fils, il n'a plus un rond, se traîne, déprime. Les mauvaises nouvelles pleuvent. L'une des pires pour le docteur est la déchéance de ses diplômes universitaires pour avoir trahi le serment d’Hippocrate à Auschwitz. Puisque GUEZ doit évoquer les années 60 et les planques de MENGELE, il balance au passage une courte radioscopie de l'état du monde durant cette décennie. Ce bouquin de 2017 est intéressant, n'en doutons pas un seul instant, il est documenté, mais il a un peu de mal à devenir prenant, sans doute à cause de cette écriture froide, lisse, comme distanciée, dépourvue d'émotion, en un style journalistique qui relate sans aucune aspérité, c'est dommage, ça handicape pas mal la lecture, ça n'encourage pas la vibration. Et puis il y a ce choix encombrant de romancer parfois jusqu'à la nausée : si ça peut payer, d'autres fois ça casse voire ça lasse (qu'ils sont longs et inutiles – et pas d'un style littéraire très jouissif ni très réussi - ces passages vaguement sexuels où l'on croirait que l'auteur hèle le chaland en lui laissant deviner quelques poils pubiens censés paraître licencieux, ou lorsqu’il évoque un taillage de plume derrière un buisson discret ! Etait-ce nécessaire pour la bonne compréhension de l’ouvrage ?). Qu'elles sont longues ces scènes ou tout en reluquant des fesses rebondies, MENGELE ressasse sa haine du genre humain. Ne pas s'arrêter sur ces détails me paraît indispensable pour bien profiter des vraies informations contenues dans cette biographie. L'auteur a obtenu le Renaudot 2017 pour ce travail sérieux parfois juste un brin soporifique.


(Warren Bismuth)

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