mercredi 24 janvier 2018

Anne GODARD « Une chance folle »


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La narratrice, Magda, a été brûlée à l’âge de 9 mois. Une bouilloire. Magda a suivi le fil électrique, la bouilloire s’est déversée sur son poitrail. Bilan : une cicatrice qu’elle portera à vie. Adolescente, elle raconte la suite : le complexe du corps meurtri, un handicap physique qui lui fera détourner les yeux des gens qui l’observe, se sentir mal à l’aise, gênée. Durant l’accident, la mère faisait on ne sait trop quoi (Magda a découvert un carnet où la maman exprime son ressenti et n’incrimine que sa fille), le père était parti à la sieste. Magda a été greffée à plusieurs reprises. Elle entretient une relation privilégiée avec son frère Marc plus vieux de 11 mois seulement, un amour (platonique ?) exclusif, sans nuance et sans partage. Dans ce quotidien sans grand bonheur ni émotions, une petite sœur naît. Elle va rapidement mourir. Dans son lit, comme proprement. Pour soigner sa vilaine cicatrice physique, Magda va se rendre plusieurs fois en cure, rencontres avec d’autres estropié.e.s de la vie. Il y a aussi les vacances, seul contact direct avec la nature. Et l’amour avec ce frère. Toujours. Jusqu’au drame épouvantable de 1988, le jour même de la défenestration du musicien de jazz Chet Baker. Ce roman est celui de l’impossible reconstruction, des cicatrisations, physiques comme morales, impossibles à obtenir. Plaies béantes, honte (c’est le cas lors des premiers flirts de Magda, honte de son corps mutilé par cette peau brûlée), isolement. Pourtant elle va rencontrer ce qu’elle va croire être le grand amour en la personne de Markus (Markus, Marc, n’y aurait-il pas comme une coïncidence, celle de l’amour perdu du frère recherché dans l’amour physique ?). Roman intimiste, lent, désenchanté, parfaitement maîtrisé bien que ce ne soit que le deuxième d’Anne GODARD. Je dois confesser que je n’ai guère de souvenirs de la lecture du premier de 2006, « L’inconsolable », mais cette « Chance folle » prend aux tripes. C’est le roman de l’abandon, car celui de la mère jalouse, du père effacé, de la sœur morte sur laquelle pourtant de grands espoirs étaient fondés. Difficile de ne pas apercevoir l’influence de Laurent MAUVIGNIER, surtout vers la fin du récit. Difficile également de rester de marbre face à ce chemin de croix, cette voie sans issue d’une adolescente déjà meurtrie par la vie, fatiguée, qui décrit sa vie, qui écrit son parcours déjà lourd. C’est sorti en 2017 aux ÉDITIONS DE MINUIT, typiquement dans la ligne éditoriale de l’éditeur. Roman court et émouvant, très bien huilé et très contemporain. À découvrir.


(Warren Bismuth)

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