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dimanche 26 avril 2026

Jack LONDON « Révolution suivi de Guerre des classes »

 


Nouvelle confrontation ce mois pour le challenge « Les classiques c'est fantastique » du blog Au Milieu Des Livres, deux hommes se faisant face : Ernest Hemingway et Jack London. Vous vous doutez bien que mon cœur a tout naturellement penché pour le second, ce qui m’a donné l’occasion de lire enfin cet essai qui m’attendait depuis je ne sais combien d’années.

Jack London (1876-1916) est né il y a exactement 150 ans cette année, il fallait donc marquer le coup avec ce livre regroupant deux essais, plutôt une suite de réflexions sur la vie, de chroniques de leur temps. Les premières d’entre elles sont des hommages appuyés au socialisme et au drapeau rouge. Jack London fut en effet étiqueté à tort d’écrivain anarchiste. S’il était contestataire et révolutionnaire, c’est bien côté du socialisme qu’il se rangeait, il fait d’ailleurs part ici de son intérêt pour le vote. Il prend la première révolution russe de 1905 comme exemple à suivre pour une destruction du capitalisme et un développement de l’internationalisme. Jack London constate et dénonce la misère aux États-Unis avant d’égrener une suite de faits divers de son temps.

London peut être un visionnaire, mais pas toujours. Ainsi il présage la fin imminente du capitalisme après la trahison des pouvoirs politiques. Il développe sa pensée sociale de manière parfois un peu succincte. Au cœur de cet essai est inséré une étrange nouvelle d’anticipation, « Goliath », où un homme veut imposer la dictature pacifiste du rire… en tuant tous les faiseurs de guerres ! Le format documentaire peut reprendre avec une immersion dans la mythologie, le progrès par les moyens de locomotion (London fut très sensible au progrès industriel), d’ailleurs l'auteur décide de construire lui-même sa maison, en fait un voilier, le Snark (auquel il dédiera un livre, « La croisière du Snark »). Cette suite de chronique s’immisce parfois dans l’autobiographie, de manière à mieux cerner qui était Jack London derrière l’écrivain hors normes. Un homme impliqué, contestataire. « En Corée, le costume national est blanc. Les costumes du noble et du coolie sont pareillement blancs. C’est l’enfer pour les femmes chargées du blanchissage, mais cela va plus loin. Le coolie ne peut pas garder propres ses vêtements blancs. Il travaille et il se salit. Le blanc sali de son costume est le signe distinctif de son infériorité. Le vêtement du noble est toujours d’un blanc immaculé. Cela veut dire qu’il n’a pas besoin de travailler. Et cela veut dire en outre que quelqu’un d’autre doit travailler pour lui. Sa supériorité n’est pas fondée sur son habileté à chanter ou à faire de la politique, sur les courses à pied auxquelles il a participé ni sur les lutteurs qu’ils a vaincus. Sa supériorité repose sur le fait qu’il n’a pas à travailler et sur le fait que d’autres sont obligés de travailler pour lui ».

Il se tourne vers l’histoire de l’Alaska et bien sûr les pionniers de la ruée vers l’or, moments qu’il a vécus : le Klondike, le Yukon, il maîtrise ce sujet qu’il se plaît à partager également dans de nombreuses nouvelles et quelques romans. Il n'oublie pas la littérature, et se lance dans une pertinente analyse de « Thomas Gordeiev » de Gorki (qu'il orthographie à l'époque « Fomá Gordyéeff »), puis sur Kipling, un auteur qu'il admire, un texte allégorique sur l'oubli.

London a vécu entouré d'animaux. Il propose ici une synthèse de la conscience animale, évoluant vers un véritable discours éthologique, simple mais en écho à son expérience quotidienne. Puis London quitte les États-Unis, se rend en Corée pour couvrir la guerre (en résultera l'essai « La Corée en feu »), puis en Chine, sans jamais se placer en pacifiste, plutôt même en belliqueux.

Le second livre dans le livre, « Guerre des classes », est exclusivement consacré à la politique, au social et à l'histoire, avec comme objectif la lutte des classes. Jack London défend une socialisme révolutionnaire contre le capitalisme. Il analyse le rôle du syndicalisme au sein du socialisme. Certains de ses articles sont une retranscription de discours oraux prononcés en divers lieux. London parle des clochards, des trimardeurs, puis des « jaunes », ceux qui acceptent de travailler pour moins cher ou pour remplacer du personnel gréviste. L'auteur connaît son sujet, s'appuie sur de nombreuses références sur le capitalisme et sur l'exploitation du prolétariat, sa vision est marxiste dans un vrai petit cours d'économie internationale. Il termine ce recueil par ses vagabondages, qui ont à la fois marqué sa vie et décidé de sa suite logique.

Le présent recueil est une parution de 2008 chez Libretto, traduction Jack Parsons, Louis Postif et Jean-Louis Postif. Il permet de mieux cerner la pensée sociale de Jack London, ses combats, ses luttes et ses convictions, et en partie son jusqu'auboutisme. Les textes de « Révolution » sont datés de 1900 à 1910, ceux de « Guerre des classes » de 1899 à 1905.

(Warren Bismuth)



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