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dimanche 1 octobre 2017

Boualem SANSAL « Harraga »


critiquesLibres.com : Harraga Boualem Sansal

Algérie, début des années 2000. Lamia, la narratrice, est une pédiatre de Blida qui ne trouve que peu de joies dans son existence, quand une fille de 16 ans, Cherifa, déboule chez elle. Cherifa est une jeune femme paraissant émancipée et libre. Elle est enceinte. Lamia va décider de la prendre sous son aile, déjà meurtrie par de nombreux décès dans sa famille, puis la disparition de son frère Sofiane qu’elle recherche sans grand espoir. Cependant, Cherifa va faire comme Sofiane et s’évaporer, alors que Lamia s’était donnée comme mission de l’instruire. S’ensuit de longues recherches pour Lamia, qui vont l’amener au cœur d’une Algérie à la dérive, avec ses femmes qui s’étiolent et se soumettent. Dans ce roman de 2005, Boualem SANSAL ne s’attarde pas sur le terrorisme, un sujet pourtant ancré dans son œuvre. Ici, par les mots de Lamia, il dénonce la situation des femmes dans une Algérie gangrenée par la religion et un gouvernement qui ferme les yeux. Comme à son habitude, SANSAL est offensif, mais surtout humaniste (pro-féministe ?). Une écriture prodigieuse, tantôt très pointue, tantôt verte, qui profite du récit pour échafauder des thèses philosophiques. Le roman est découpé en actes, et ressemble à une fable, comme souvent chez SANSAL, peut-être pour mieux faire comprendre la corruption, l’islamisme radical, le pouvoir impuissant dans un pays qui tombe en ruines. Ce n’est pourtant pas un roman de la désillusion, car les femmes se révoltent, sont épaulées, et tous ces harragas (« brûleurs de route », les errants cherchant une place quelque part dans le pays) croisés sont autant d’humains qui n’ont pas désarmé, autant de personnages pittoresques et attachants, loin des clichés. SANSAL digresse, fait rire, farcit le roman d’anecdotes drôles, tendres, ou franchement révoltantes. Il décrit l’Algérie, non pas comme son ennemi mortel, mais plutôt comme une terre ravagée qui tente de se reconstruire malgré l’extrémisme et la religion toute puissante, une Algérie qu’il aime en dépit de ce qu’il dénonce sans langue de bois. Un auteur absolument nécessaire sur lequel il faut s’attarder, un lanceur d’alerte précieux et courageux, rappelons qu’il vit toujours en Algérie où ses écrits font grincer les dents de quelques radicaux et autres dirigeants. Un romancier et un philosophe des lumières contre l’obscurantisme. 

(Warren Bismuth)

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