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mardi 22 septembre 2020

Laurent MAUVIGNIER « Histoires de la nuit »

 


Un nouveau roman de Laurent MAUVIGNIER est toujours un événement sur la planète littéraire, d’autant que cette fois-ci il aura fallu patienter quatre ans. « Histoires de la nuit » est imposant par son volume (635 pages), mais aussi par son contenu.

Un hameau du centre de la France, celui des Trois Filles Perdues, commune de La Bassée (rien à voir avec celle du nord). Trois fermes. L’une est habitée par la famille Bergogne : Patrice, 47 ans, sa femme Marion qui va fêter ses 40 ans et leur jeune fille Ida. Une autre ferme est occupée par Christine, artiste peintre, enracinée ici depuis des décennies, depuis qu’elle avait sympathisé jadis avec le père Bergogne et qu’elle avait fini par acheter ici cette habitation, quittant définitivement Paris. La troisième ferme est à vendre.

La famille Bergogne fut longtemps la propriétaire de ce hameau, famille paysanne, rude à la tâche. Les deux frères de Patrice ont quitté les lieux au fil du temps, partis chercher un avenir meilleur, ailleurs, loin de la gadoue et des champs de céréales à perte de vue de cette région désertée. Patrice est le seul qui soit resté. Puis vient le temps des décès, la mère d’un cancer, suivie du père.

Christine reçoit des lettres anonymes de menace auxquelles elle ne comprend rien. C’est alors qu’un inconnu se rend au hameau, disant vouloir acheter la ferme à vendre, sans avoir pris rendez-vous. C’est le début d’une descente aux enfers.

Roman long et oppressant, il n’est pourtant jamais ennuyeux, les phrases de MAUVIGNIER s’étalent parfois sur des pages et appuient un peu plus sur la tête du lectorat alors que le corps se noie déjà. Ambiance tendue, poisseuse, nauséeuse, extrêmement dérangeante. Entre Patrice et ses rencontres-fantasmes, Marion et son passé trouble et lourd, l’acheteur inconnu qui va ramener ses frères, la fille Ida entourée d’un mystère, Christine femme affirmée et libre qui va faire prendre une tournure inattendue à l’histoire après que son chien soit empoisonné, tout dans ces pages sent le soufre, le sang, le pourri et le malsain.

MAUVIGNIER réussit un somptueux tour de force : prenant comme espace la ruralité dans toute sa grandeur, comme espace potentiel pour respirer un peu, il prend tout son monde à contre-pied et impose un scénario, par ailleurs assez minimaliste, en quasi huis clos, nous empêchant même de nous pencher à la fenêtre pour inhaler à la dérobée une bouffée d’oxygène.

635 pages en apnée, éblouissantes, inconfortables et grandioses, c’est un nouveau coup de massue de la part d’un auteur qui n’en est plus à son coup d’essai. Thriller psychologique haletant, il est aussi roman littéraire et exercice de style très poussé, exercice d’équilibriste dans lequel, comme toujours, MAUVIGNIER ressort sans une égratignure, contrairement à son lectorat, secoué et perturbé. Ce roman mémorable vient de sortir chez Minuit.

« Bientôt, il y aura la mort qui s’invitera dans le hameau comme elle s’invite partout, car elle est partout chez elle, chez elle quand elle veut, prenant ses aises dans des appartements où elle n’avait jamais posé les pieds ni daigné lancer un coup d’œil ; soudain chez elle, comme une reine sans pudeur et sans gêne, vaguement obscène, laissant hagards et démunis tous ceux qui avaient cru un instant qu’elle les avait oubliés ».

http://www.leseditionsdeminuit.fr/

(Warren Bismuth)

dimanche 27 janvier 2019

Pierre BAYARD « La vérité sur Dix petits nègres »


Et si Agatha CHRISTIE s’était trompé d’assassin dans son célèbre polar « Dix petits nègres » (1939) ? C’est la thèse osée et fantasque énoncée par Pierre BAYARD dans son nouvel ouvrage. « Osée » est bien le terme adéquat tant BAYARD est assez culotté pour s’attaquer à un mythe de la littérature policière tout comme à son auteure. Gonflé le type !

BAYARD n’y va pas à la légère, et la présente chronique va être difficile à articuler tant j’ai conscience qu’il m’est impossible de vous révéler quoi que ce soit, ne pas vous mettre, ne serait-ce que de loin, sur la piste de la solution évoquée par BAYARD ?

Diversion s’il vous plaît ! BAYARD écrit, certes ! Mais il est aussi professeur de littérature et psychanalyste, ces deux casquettes étant très reconnaissables dans ce bouquin. Il n’évoque pas que Agatha CHRISTIE dans son essai, mais de nombreux auteurs de romans policiers, dont certains spécialistes de l’univers clos et enfermé (le lieu où se déroule « Dix petits nègres » est une île, espace clos), il donne d’ailleurs envie de les découvrir ou de les redécouvrir. Il a minutieusement référencé des ouvrages traitant du même sujet et proposant des solutions différentes, tous antérieurs au chef d’œuvre d’Agatha CHRISTIE, pour bien insister sur le fait qu’elle a en quelque sorte pris le train en marche et a pu s’en inspirer. BAYARD prend le contre-pied sur à peu près tout, en revenant même sur des classiques de Agatha CHRISTIE elle-même, les comparant aux « Dix petits nègres » afin d’étayer sa version, la version de BAYARD s’entend.

Le psychanalyste fait aussi des siennes. Après avoir proposé une sorte de floutage du lectorat par de possibles illusions d’optique, il enfonce le clou avec les biais cognitifs, coupables de détourner le lectorat du vrai problème qui pourtant lui crève les yeux quant à l’enquête proprement dite.

Le plan de l’essai de BAYARD est fort bien huilé : Enquête, contre-enquête, aveuglement, désaveuglement. Pierre BAYARD parle à la première personne du singulier, mais ce n’est pourtant pas BAYARD Pierre qui parle. Ici c’est le (ou la, BAYARD est très scrupuleux à ne dévoiler aucun indice sur le ou la criminel.le) meurtrier qui écrit, qui annonce calmement, minutieusement, ce qui s’est effectivement déroulé, qui explique en détails et de manière implacable que Agatha CHRISTIE s’est bel et bien plantée dans son bouquin, que l’assassin se cache ailleurs, que nous le/la connaissons, qu’en ayant été un peu plus concentrés sur notre lecture, nous aurions pu le/la découvrir nous-mêmes.

Ce livre est à la fois passionnant et très drôle. Très drôle par le ton, certaines anecdotes, passionnant pour tout ce qu’on y apprend. On se surprend à aller voir sur Internet une vidéo à propos d’illusions d’optique, dont le lien est proposé au beau milieu de l’ouvrage, BAYARD veut un lectorat actif.

Attention, même si c’est drôle, ce n’est pas précisément un bouquin de détente à lire entre deux trains, c’est même tout le contraire, certains passages requièrent une concentration optimale, peuvent même s’avérer un poil ardus, mais on a tellement envie de savoir quel est ce diable d’assassin de l’île du Nègre version BAYARD que l’on ne souffre pas des difficultés, et il faut bien admettre que parvenus à la dernière page, on réalise que l’on vient de méchamment se régaler les sens. BAYARD sait nous tenir en haleine (je l’avais déjà remarqué lors de précédentes œuvres), il possède ce talent de ne plus nous lâcher, de nous faire poser des tas de questions qui vont hanter nos nuits. Cette « Vérité » sortie fin 2018 chez Minuit est succulente de bout en bout, apprendre en s’amusant est l’une de ces vieilles recettes qui a depuis longtemps fait ses preuves. Ruez-vous sur ce bouquin, vous devriez prendre plaisir à redécouvrir ces satanés « Dix petits nègres » !


(Warren Bismuth)

mercredi 18 juillet 2018

Rafael MENJIVAR OCHOA « Ma voix est un mensonge »


Ce n’est pas si souvent que l’on a l’opportunité de lire un auteur Salvadorien de par nos contrées, c’est pourtant possible grâce au talent de dénicheur de Quidam éditeur. Voici un polar très particulier dont je vais tenter de vous dresser le scénario de manière aussi peu confuse que possible. Le narrateur dont nous ne connaîtrons pas l’identité travaille dans une station de radio pour laquelle il joue de sa voix ambivalente dans des feuilletons radiophoniques après avoir été acteur de théâtre, accompagné par Gudalupe Frejas, sa partenaire professionnelle, qui lui donne la réplique. Seulement, il joue toujours les méchants, les ordures. Possédant une certaine notoriété auprès des fidèles auditeurs, il est impossible de lui laisser tourner pour des publicités, sa voix serait immédiatement associée à ses rôles de salauds. Donc il se retrouve au chômage.

Sur ces entrefaites Gudalupe décède, c’est là qu’il réalise qu’il l’aimait. Son ombre va d’ailleurs hanter le récit. Un ténébreux service spécial de police propose à notre narrateur sans le sou un contrat fort juteux mais qui n’est pas sans risque et dont voici les données : un type châtain a assassiné un révolutionnaire qui devenait gênant pour le pouvoir. Le meurtrier, prisonnier politique, serait mort, le narrateur est recruté pour jouer son rôle vocal, avouer le crime auprès de journalistes et donner toutes les preuves de l’assassinat en se faisant passer pour le meurtrier afin de faire croire qu’il est bien toujours vivant.

Ce roman est celui des faux-semblants : du faux paralytique en passant par la fausse veuve (quoique !) puis par la fausse amoureuse, les fausses infos des journaux. Pour les défunctés c’est pareil, il n’est jamais clairement dit qu’ils sont bel et bien morts, et si ça l’est, c’est parfois démenti quelques pages plus loin. Où est la vérité ? Y’en a-t-il une d’ailleurs ? Et ne peut-elle pas jaillir de fausses preuves ? C’est le bal des masqués dans ce polar atypique. Un personnage peut être un bras armé du gouvernement tout comme un leader de la guérilla. Les convictions sont sans cesse chahutées, discutées, infirmées. Qui sont les interlocuteurs ? Qui est cette Maria qui semble tomber amoureuse du narrateur plus vite que l’éclair ? Et où diable se déroule l’action ? Au Mexique sans doute, même si rien n’est précisé. Même chose pour l’époque, on aurait tendance à la situer en 1956, mais là non plus rien n’est sûr.

Une spirale infernale qui procède par informations aussitôt contredites pour un récit haletant, sans temps mort (la brièveté du roman lui donne encore plus de force) et résolument politique. L’ombre de KAFKA semble planer à chaque page. Derrière les semelles collantes d’une intrigue sombre et poisseuse, l’auteur sait agrémenter son exposé de quelques tirades drôles échouées là comme un cheveu sur la soupe (même si l’un des personnages principaux est chauve).

Le titre est sacrément bien trouvé, car la voix humaine et le mensonge sont les deux piliers de ce bouquin déstabilisant – le premier titre édité était « Les années flétries », bien moins parlant - qui est le premier volet d’une trilogie baptisée « De certaines façons de mourir… » (d’ailleurs est-ce vraiment une trilogie ? là aussi les cartes sont brouillées), c’est aussi une nouvelle réédition (de 2018) et accessoirement un pur régal. Attendons les rééditions des prochains tomes, si elles sont du même tonneau, nous n’avons pas fini de nous délecter, ne les ratez pas. L’auteur est décédé en 2011.


(Warren Bismuth)

dimanche 15 juillet 2018

John HERDMAN « La confession »


Un roman qui dérange beaucoup. Qui dérange car il pousse le lecteur jusque dans ses derniers retranchements, un lecteur qui ne sait analyser ce qu’il vient de lire, y donner un nom, s’en faire une idée précise, « cataloguer » ce récit de manière rationnelle. Mais je m’explique.

Léonard Balmain est un écrivain écossais qui répond à une petite annonce banale : un certain Torquil Tod cherche un « nègre » pour écrire ses mémoires, une sorte d’autobiographie écrite par une tierce personne. Rapidement, Balmain rencontre Tod, les deux hommes font affaire et le projet est lancé. Sur les propres pistes et aveux de Tod, Balmain va devoir mener à bien cette expérience, il va titrer l’ouvrage « Une simple obsession ». Fin de la première partie.

La seconde est consacrée au contenu du livre lui-même (la fausse autobiographie), le parcours de Tod, sa rencontre avec Abigail, une femme d’une immense emprise sur lui, passionnée de magie blanche, mystique et se définissant elle-même comme sorcière. Ils vont vivre dans une communauté hippie au cœur des années 70, avec ses règles et ses excès. D’un chapitre à l’autre, l’horreur va se contextualiser, les rites païens poussés à l’extrême font que l’on assiste impuissants à une scène atroce : un infanticide cannibale ! Attention, ce passage n’est pas une énième volonté de faire du gore, du trash gratuit pour émouvoir le lecteur en mal de sensations, il a une signification toute particulière appuyant un peu plus l’attrait de Tod pour l’Apocalypse et le fait qu’il est convaincu que certaines prophéties annonçant la fin du monde pour l‘année 1981 vont fatalement se réaliser.

La fausse autobiographie terminée, Balmain donne son propre point de vue sur ce qu’il vient d’écrire, c’est-à-dire son avis sur les confessions pour le moins déstabilisantes de Tod. Quant à la dernière et courte partie précédant la postface, je ne peux absolument rien en dire, tout le livre et ses secrets réside dans ces quelques pages, pages qui font douter un peu plus encore le lecteur, si toutefois il était jusqu’à là sûr de ce qu’il avait lu.

En refermant ce roman, une question nous hante : qu’est-ce que nous venons de lire ? En effet, l’auteur dynamite les clichés psychologiques ou psychanalytiques voire métaphysiques, nous oblige à nous poser des questions profondes que l’on ne perçoit pas souvent dans une lecture, il nous force à être actifs. Niveau ambiance, c’est à la fois classique, gothique avec un je ne sais quoi de thriller psychologique diablement efficace. C’est un peu Edgar Allan POE qui prend en stop Daphne du MAURIER sous le regard amusé du plus tarabiscoté des HITCHCOCK qui aurait ouvert une bible afin de la détourner. John HERDMAN est écossais, donc bien sûr il n’est pas interdit de penser à « L’étrange cas du docteur Jekyll et de mister Hyde » du grand STEVENSON (qui reste aujourd’hui, permettez-moi de pleurer, plus connu pour son chemin dans les Cévennes que pour son œuvre pourtant riche). Plus on avance dans la lecture, plus la question du dédoublement se pose, je n’en dis pas plus, mais ce point m’a particulièrement désorienté et m’a précisément ramené à STEVENSON.

Un roman qui ne peut laisser de marbre, qui peut être lu, perçu de diverses manières, chaque lecteur devant se faire sa propre approche, sa propre (ses propres ?) conclusion. J’avoue ne pas être absolument certain des miennes, mais c’est paradoxalement ce qui rend ce récit très fort, très puissant, la magie des mots, des phrases et leur interprétation. Dans un roman, la logique veut que plus on avance dans la lecture, plus on obtient de réponses à nos questionnements. Eh bien ici c’est précisément le contraire : le début est simple, structuré, très cartésien, puis le doute s’installe jusqu’à l’éclosion d’une profonde migraine.

Voilà un bouquin qui rend zinzin, qui exige la camisole, je ne sais pas si je dois féliciter ou condamner l’excellent Quidam éditeur pour cet exercice côtoyant la folie, originellement sorti en 1996 mais paru pour la première fois en version française en cette année 2018. Cet éditeur est bien sûr à suivre, nous en reparlerons d’ailleurs très prochainement par le biais d’une autre nouveauté, qui sera peut-être un peu plus reposante que cette « confession » qui a mis nos nerfs à dure épreuve. Bravo et merci en tout cas à l’auteur, à l’éditeur, mais organisez-vous une période de sieste après fermeture de l’ouvrage, il vous faudra un repos bien mérité après pareille aventure un brin fantastique. Listez bien vos questions, vous aurez besoin de place, et éventuellement d'un filet pour amortir votre chute après une telle expérience qui pourrait presque être qualifiée de paranormale.


(Warren Bismuth)

mardi 27 mars 2018

TREVANIAN « L’été de Katya »


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Quand on ouvre un roman de TREVANIAN, on ne sait jamais vraiment ce que l’on va y trouver tellement il a su dépeindre des atmosphères toujours différentes : polar avec « La sanction » et « L’expert », espionnage avec « Shibumi » ou western cynique avec « Incident à Twenty-Mile ». Ici, dans un même ouvrage, l’ambiance est tour à tour gothique, cynique (bien sûr, l’une des « pattes » de l’auteur), historique, puis se fait thriller psychologique. Peu de traductions de TREVANIAN sont disponibles sur le marché, donc un bon conseil, profitez-en bien !

Après son succès lors de ses études de médecine Jean-Marc Montjean le narrateur se repose dans son village du Pays Basque. Il tombe sur Katya Tréville, une jeune femme dont le frère Paul vient d’avoir un accident de bicyclette. Nous sommes durant l’été 1914, la paix règne encore en Europe. En allant ausculter le frangin, Jean-Marc voit immédiatement que Katya et lui sont jumeaux. Rapidement Paul se révèle d’un cynisme fou (« Il n’y a rien de plus répandu que de se croire unique » lance-t-il à Jean-Marc) et accessoirement très possessif concernant sa sœur. Au fil du livre on va apprendre pourquoi il la protège autant. Quant à la mère, elle est morte en les mettant au monde. Tous deux vivent avec leur père, un vieux bonhomme médiéviste et passionné de vieilles légendes avec lequel Jean-Marc sympathise tout de suite. Mais le charme discret de Katya lui fait rapidement tourner la tête, il va s’éprendre d’elle. Cependant, Paul veille. Le vieux père Tréville ne doit jamais apprendre que Jean-Marc ressent de l’amour pour Katya. Alors que ses sentiments sont à leur apogée, le docteur GROS l’informe que la famille Tréville va quitter à jamais le Pays Basque.

Un roman qui commence lorsque le narrateur revient dans sa région natale après 25 ans, soit en 1939, juste avant une autre guerre. Pourquoi a-t-il fui ? C’est ce que l’histoire va nous apprendre en reprenant tout depuis cet été 1914.  Les différents climats se succèdent : si la première partie est assez gothique, pouvant même rappeler les sœurs BRONTË ou même Wilkie COLLINS par certaines situations et secrets de famille, elle devient carrément pesante après qu’un drame ait eu lieu. On entre soudainement dans un roman suffocant, noir sombre, une sorte de « Rebecca » de Daphné Du MAURIER. Si l’on devait comparer avec le cinéma, on pourrait rapprocher l’atmosphère de ce roman de celle de « Psychose » du grand HITCHCOCK, voire d’un Fritz LANG très noir, ou plus près de nous de « Dédales » de René MANZOR. Car oui dans ce thriller gothique il est bien question de dédoublement de la personnalité (je ne peux pas en dire plus), d’aliénation mentale.

Attention, là encore TREVANIAN touche à de nombreux sujets : l’Histoire et les rites du Pays Basque (il peut se le permettre puisqu’il y a vécu), l’hérédité, le freudisme, la psychologie, la psychanalyse. Et bien sûr il ne peut s’empêcher de partager son antimilitarisme en s’appuyant sur cette première guerre mondiale qui ne va pas tarder à éclater : « En attendant de se faire mutiler à cause de la stupidité et de l’arrogance de vieux politiciens, les jeunes appelés allaient-ils rire et blaguer et s’échanger de cordiales platitudes, comme dans les romans populaires ? La jeunesse de France était-elle donc si crédule ? ». Pourtant son « héros », Montjean, va participer à la boucherie. Pourquoi ? La réponse est évidemment dans le livre et elle glace le sang.

TREVANIAN est cet auteur états-unien mystérieux qui n’a révélé sa vraie identité que quelques années avant sa mort, ce n’est qu’en 1998 que son vrai nom, Rodney WHITAKER, sera enfin confirmé même si un doute planait depuis 1983. Il a voulu qu’on lui foute la paix, qu’on le laisse vivre sa vie d’écrivain, il a souhaité rester dans l’ombre. Il est mort en 2005 après quelques œuvres saisissantes. Celle-ci est peut-être la plus forte. Ce n’est pas un coup de cœur mais un vrai coup de boule dans les naseaux. Ce roman a été écrit en 1983, pourtant c’est seulement il y a quelques mois qu’il a enfin été traduit en français, édité chez GALLMEISTER, et d’ores et déjà je pressens qu’il sera près de la tête de mes favoris pour l’année 2018. Un roman qui me réconcilie avec l’univers du thriller. D’ailleurs, si je voulais, à l’instar de Paul, être arrogant, je vous dirais sans préliminaires : s’il n’y a qu’un thriller à lire, c’est peut-être bien celui-ci. Mais je préfère vous laisser choisir…



(Warren Bismuth)