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mercredi 15 avril 2026

Allain GLYKOS « L'enfant en ruines »

 


Quelque part dans le monde la guerre, encore et toujours. Un jeune garçon, Eden, 11 ans, la regarde et tente de comprendre. On le voit entouré de ruines, rendu sourd par les bombes, les jambes brisées. Sa maison a été bombardée, ses parents sont morts, il a faim. Et il déambule. Autour de lui des bêtes errantes qui furent des animaux domestiques. Bientôt, il croise le regard de Irena, violoniste, elle va mettre son cœur en émoi.

Irena dégotte une poussette dans laquelle elle place Eden. On pense bien sûr au « Cuirassé Potemkine » de Sergueï Eisenstein. L'urgence est de trouver à manger même si Eden souhaiterait terminer la maison dont il vient de poser les premières pierres avec les gravats de la ville. Ce même Eden va adopter un chaton qu'il va prénommer Théo, comme son meilleur ami disparu.

« L'enfant en ruines » est une caméra balayant les décombres d'une ville en guerre qui n'est pas nommée, même si ce texte fut inspiré par la destruction de Marioupol par les forces russes dès les premiers jours de l'invasion en Ukraine. Cette caméra EST les yeux d'Eden. Une tragédie à hauteur d'yeux d'un enfant qui entame alors un parcours initiatique introspectif en temps de guerre, apprend la survie. Le récit se fait suffoqué : « L'adulte n'est qu'un enfant couvert de cicatrices ».

Au cœur de ce chaos, les souvenirs. Alma, la grand-mère qui a fait l'éducation d'Eden. Puis est morte. Et quand il jouait à la guerre avec ses camarades, alors qu'aujourd'hui la voilà pour de vrai, la guerre, forcément moins drôle. Un « Les hommes tuent comme ils embrassent » contrecarré par les souvenirs tendres au cœur d'une dystopie, d'une guerre moderne qui ressemble pourtant à toutes les autres.

Irena aussi se souvient. Son amour pour Alex : « Elle avait envisagé plusieurs fois de le quitter. La guerre aujourd'hui s'en était chargée. Il est sur le front. Il a reçu une balle sur le front. Elle l'a appris par un ami revenu blessé. Sur le front. L'heure n'est pas à sourire. Elle ravale honteuse ce qui en d'autres temps aurait pu être un bon mot ». Tandis que la gangrène d'Eden s'étend inexorablement.

« L'enfant en ruines » est un récit à la langue rondement poétique où se côtoient le gris du drame intégral et les couleurs vives de souvenirs d'enfance. Dans un texte universel et profondément humaniste, tendre et pacifiste, Allain Glykos retranscrit les observations d'Eden qui réalise que l'on tue des journalistes pour les punir de témoigner. Leur caméra restant muette. Mais pas celle d'Eden, qui continue à décrire le monde autour d’elle. Il faut un temps fou pour construire, et simplement un éclair pour détruire.

« Vous pouvez lancer tous les obus, tous les missiles, toutes les roquettes que vous voulez ! Hurle Irena dans sa tête. Vous pouvez réduire nos quartiers en cendres et en tas de pierres. Rien ne pourra jamais faire disparaître notre mémoire. Et comment pourrai-je choisir un jour entre la vengeance et le pardon ? ». mais pour l’instant seul le fait de rester en vie compte.

« L'enfant en ruines », englobant en quelque sorte toutes les guerres du monde, est paru récemment aux toujours subtiles éditions Signes et Balises. Court, il percute par ses images fortes teintées de fin du monde comme d'espoir. Cet enfant, Eden, c'est la nouvelle génération, celle qui observe, impuissante, les haines du passé.

https://www.signesetbalises.fr/

(Warren Bismuth)

dimanche 28 décembre 2025

Coups de cœur Des Livres Rances 2025

 


Si je devais tirer un bilan de mon année lectorale, je dirais qu’elle fut encore très chargée, très active, même si la fin d’année m’a vu prendre un peu de distance, ce qui ne s’est pas trop fait sentir sur le blog puisque j’avais de nombreuses chroniques d’avance dans mon réservoir. Pour le nombre de titres lus par auteurs, c’est encore Simenon qui se détache (mais attention j’aurai prochainement terminé son œuvre !) avec 14 titres, suivi par Jean-Patrick Manchette (9) et Jean Meckert/Amila (7). Viennent ensuite Michèle Audin (6 titres, je vais y revenir) et Jim Harrison (5 titres). Comme à peu près chaque année, j’ai tiré (à vue !) environ 50 % de chroniques de mes lectures. Mais à l’inverse des années précédentes, je n’ai quasiment plus de titres dans mon réservoir pour entamer l’année qui vient.

L’année 2025 fut marquée par la disparition de Michèle Audin le 14 novembre, une autrice et historienne que j’admire tout particulièrement. Aussi, si deux hommages lui ont été rendus en cette fin d’année, au moins un autre devrait suivre dans quelques semaines/mois (teaser : lecture en cours).

Pour  équilibrer, une très bonne nouvelle : la naissance d’un nouveau blog littéraire tenu par un ami belge de longue date, vous ne devriez pas vous ennuyer, en voici le lien :

https://livreheuredemots.blogspot.com/

Longue vie à lui !

Vous aurez peut-être remarqué que j’ai lu avec plus de constance des polars et romans noirs. Un besoin peut-être, de m’immerger dans des lectures plus sociales, plus politiques aussi, de m’interroger différemment, à moins que ce soit pour bénéficier de plus de moments de détente lors de mes soirées, à peu près toutes consacrées à la lecture. Mais dans l’absolu, mes lectures furent toujours aussi variées : romans, essais, documentaires, poésie, théâtre, des nouveautés comme des classiques, des rééditions et beaucoup d’international. Même la bande dessinée s’est fait une petite place. Mes coups de cœur ne sont que des livres (ré) édités en 2025, ils sont eux aussi variés dans leur format comme leur contenu et leur provenance.

Pour finir, merci aux maisons d’édition qui continuent à me faire confiance, à me soutenir après toutes ces années, vous me donnez de la richesse comme vous n’en avez pas idée !

Le présent palmarès s’effectue comme chaque année par ordre chronologique des dates de diffusion, il est riche de 14 titres plus un bonus hommage. Et d’ores et déjà rendez-vous en 2026 !

*** Coups de cœur 2025 ***

Jean Echenoz "Bristol", éditions de Minuit

 


Jim Harrison "Métamorphoses", éditions Gallimard

 


Anna Milani "Cantique du lac", Cheyne éditeur

 


Véronique Willmann Rulleau "Des aiguilles plein la bouche", éditions Signes et Balises

 


Olga Chiliaeva "28 jours", éditions Sampizdat

 


Sofi Oksanen "Purge, version théâtrale initiale", éditions L'espace d'un Instant

 


Vladimir Zazoubrine "Le tchékiste", réédition, éditions Christian Bourgois

 


Maria Fagyas "La cinquième femme", collection Série Noire

 


Guido Cavani "Zebio Cotal" éditions du Sonneur

 

Sylvère Petit "En attendant les vautours", collection Mondes Sauvages

 


Nassia Dyonissiou "La mer au creux de ses mains", éditions Cambourakis

 


Peter May "Loch noir", éditions du Rouergue

 


Maxime Ossipov "Luxemburg", éditions Verdier

 


Dan O'Brien "Adieu, Dakota", éditions Au Diable vauvert

 


Et ce bonus en forme d’hommage :

Michèle Audin "La maison hantée", éditions de Minuit

 

Le dessin illustrant ce palmarès vous est une fois de plus offert par LN, il me ressemble tellement ! Un immense merci à elle !

 (Warren Bismuth)

dimanche 2 novembre 2025

Christos CHRYSSOPOULOS « Maison Alma »

 


Dans un pays indéterminé se dresse une Unité adjacente à une maternité. Dans l’Unité, six appartements occupés par des patients, des personnes déficientes mentales. Mais qui sont ces patients ? Ils vont intervenir les uns après les autres, prendre la parole, parfois laborieusement, parce que toutes et tous portent les traumas d’un passé qu’ils n’ont jamais soigné.

Les résidents vivent en vase clos, à la fois seuls mais dans un collectif représentant une entité pleine. Sans l’un des membres le château de carte s’écroule. Cette communauté s’autorégule en une complémentarité minutieuse. Chacun y va de sa petite histoire, ses souvenirs, réels ou inventés. « Quelle que soit l’histoire choisie, chacun la relate dans les moindres détails avec ses mots et de façon immuable. Ils ne l’oublient jamais, ni celui ou celle qui l’a imaginée, ni les autres. Et si elle recèle en elle des faussetés, cela relève désormais de la vérité de l’Unité. Quels que soient les mensonges, ils doivent avoir été inventés ex nihilo, pour en dissimuler d’autres et devenir à leur tour la vérité de l’Unité. Puis on les oublie. Vivre dans l’Unité suppose de renoncer à la contradiction. Et de ne jamais laisser place à l’objection ».

Les souvenirs sont souvent liés aux parents, aux moments dramatiques, à tout ce que l’on aimerait voir rejaillir de ses tripes mais qui reste coincé dans une gorge trop nouée. Alors par petites touches, parfois, une mince partie est expectorée… Mais pas tout, jamais, et ce collectif n’est qu’une suite de solitudes en chaîne. « Ils ont beau cohabiter sous le même toit, en fait ils sont isolés. Les quelques conversations entre eux ressemblent à des soliloques, ou plutôt à des flèches égarées dans l’infini, qui ne se croisent jamais. La vie est dénuée de profondeur. Il n’y a aucune interaction ; juste la répétition et le silence ».

Dans tout cet édifice précaire va surgir Alma, introduite par le Visiteur, née dans la maternité tout à côté. Et elle va métamorphoser les résidents, ensoleiller l’atmosphère, réchauffer les cœurs.

Dans un texte flirtant allègrement avec le fantastique, le grec Christos Chryssopoulos poursuit son œuvre protéiforme, y compris dans un même récit. C’est le cas ici avec un roman qui titille parfois la poésie avant de basculer dans une structure théâtrale où tout n’est plus que dialogues, très peu de décors – savamment décrits au début -, le tout mêlé d’onirisme, où les protagonistes semblent vivre dans un autre monde, un monde parallèle, le leur.

« Maison Alma » est un hommage vibrant à la jeunesse, à tout ce qu’elle peut apprendre aux aînés par sa fougue, sa spontanéité. Il est faux de croire que les plus anciens détiennent plus de vérités. C’est un récit dans lequel plusieurs naissances ont lieu en diverses périodes, d’ailleurs les résidents racontent leurs propres naissances, les uns après les autres, tandis que Alma arrive dans leur univers, pour une naissance de plus. Mais la naissance est aussi le moment où les inégalités commencent.

Roman hybride sur la filiation, le « redépart », le renouveau, l’acceptation de la différence, un texte humaniste présenté de manière originale, notamment par cette longue séquence où Elle (nous ne connaîtrons jamais son prénom) est enceinte, dans la maternité jouxtant les appartements de l’Unité, une grossesse extrêmement détaillée, y compris scientifiquement, cette grossesse qui bientôt va bouleverser la vie de plusieurs personnes qui n’attendent plus rien de l’avenir. Un roman où l’espoir, pourtant peu présent, ne se fait plus tout à coup lueur mais quasi certitude. Car Alma est cette enfant aux dons prodigieux qui lui permettent de réparer des vies. Les dernières lignes sont extraites d’une chronique de 1938 de Joseph Roth, ce qui peut représenter un indice quant à l’espace temps et pourquoi pas géographique… Ce point de vue étant entièrement gratuit et personnel, merci de n’en pas tenir compte.

« Maison Alma », écrit en 2019, vient de paraître aux nécessaires éditions Signes et Balises, dont Anne-Laure Brisac, directrice éditoriale, signe ici la traduction du grec. Soutenez cette maison, elle est magistrale !

https://www.signesetbalises.fr/

(Warren Bismuth)

dimanche 20 avril 2025

Véronique WILLMANN RULLEAU « Des aiguilles plein la bouche »

 


Une maison familiale dans l’est de la France garde jalousement des souvenirs intimes. C’est le rôle de la fille de les exhumer, de nos jours, alors que la mère va bientôt finir ses jours. La fille va fouiller, ranger, trier jusqu’au petit recoin, va faire parler les meubles – au sens littéral -, les objets et tenter, enfin, de rompre le silence.

La robuste machine à coudre Singer trône. Elle est à la fois l’ancêtre et le témoin de plusieurs générations. Elle a vu défiler la famille, qui se l’est transmise de mère à fille, comme un trésor. La couture, tâche qui fut celle des générations précédentes, de la grand-mère surtout, de la mère bien sûr. La fille déniche d’ailleurs de vieux bouts de tissus confectionnés par ses ancêtres, patchworks allégoriques du destin familial, ranimés par petits bouts jusqu’à former un tout, Elle continue d'explorer la bicoque, dans laquelle elle répertorie tout un inventaire à la Prévert même s’il est plutôt resserré dans un monde quasi exclusif de la couture.

En plus des meubles, les femmes prennent la parole, l’une après l’autre, pour un dialogue indirect et intergénérationnel, brisant les silences de jadis. Chez la grand-mère, le souvenir de la deuxième guerre mondiale, terriblement marquante, qui en quelque sorte décide de la suite : « Nous devons fuir, fuir la menace d’un péril mal expliqué, les on-dit, les choses racontées, fuir les avions tirant sur les files de fugitifs, des colonnes de fourmis, noires dans le viseur, éparpillées aux premières bombes, inexorablement reformées, reprenant la route, agglutinés bêtement les uns aux autres, cibles faciles sur lesquelles on lance des cailloux du ciel, éradiquer les fourmis, toujours à nouveau réunies par une force contraire les menant à l’abattoir, c’est tellement plus facile de fuir par les routes, fuir l’avancée des forces ennemies ».

Et puis voilà Albert le baigneur, ce poupon abandonné en celluloïd, qui a lui aussi traversé les vies, les drames, les joies et pourrait aisément témoigner de tous les va-et-vient, tous les secrets de la maison. Et les secrets ne manquent pas, comme la grand-mère va d’ailleurs le démontrer…

La même grand-mère s’insurge lorsque sa petite-fille se rase les cheveux, horrible souvenir, l’épuration, un acte anodin qui la renvoie pourtant à son lourd passé, ce passé fait de disette qui a forcément inspiré la cuisine grasse des années moins malaisées, alors que les objets continuent de témoigner, l’armoire bordelaise, la penderie, le lit, la coiffeuse, le buffet.

« Des aiguilles plein la bouche » est un texte hybride et polyphonique qui se transmet de bouche en bouche. Poésie en vers libre, récit de vies, roman intimiste, il est aussi documentaire par sa forte coloration historique dévoilée par trois générations. La filiation du récit est évidente avec ces femmes qui se parlent par-delà la mort, se racontent ce qu’elles n’ont su se dire entre elles, un dialogue indirect quasi théâtral. « Quand on ouvre les portes du buffet, c’est ton monde à toi, que l’on ouvre ».

Pudique et intimiste, ce texte sur la transmission est une succession de poupées gigogne : des boîtes, et dans ces boîtes…, des sacs, et dans ces sacs… De découvertes en trophées, au milieu des objets-témoins, la fille est la porte-parole, la passeuse de cette histoire familiale où sans un mot, l’ancêtre pourtant demande de reprendre le flambeau : « Tenir le compte, garder la main. Ta grand-mère se disait sans doute que cela ne serait pas vain. Recoudre le fil de sa vie, infini effort de combler les vides entre les points, entre les ouvrages ». L’ombre de Annie Ernaux semble parfois planer en ces non-dits alliant douceur, révolte et malentendus générationnels. Il existe une première version, théâtrale (le format s’y prête à ravir) de ce texte, intitulée « En découdre ».

« Des aiguilles plein la bouche » vient de sortir aux toujours formidables éditions Signes et Balises, petit format classieux et élégant, ne le loupez pas, c’est le deuxième titre de l’autrice publié chez cette éditrice après le déjà très beau « Je ne sais même plus quelle tête il a » en 2021.

https://www.signesetbalises.fr/

(Warren Bismuth)

dimanche 29 décembre 2024

Coups de cœur Des Livres Rances 2024

 


Cette année m’a paru assez singulière dans mon activité lectorale. En effet, je suis beaucoup revenu sur des auteurs déjà lus et relus, la plupart ayant déjà quitté ce vieux monde fou. J’ai parfois évolué par cycles d’auteurs ou de thèmes, peut-être jusqu’à l’obsession. C’est ainsi que j’ai pu lire tout au long de l’année 17 romans de Jean Meckert (dont je suis ponctuellement revenu ici par le biais de chroniques), auteur qui restera en ce qui me concerne comme celui de l’année 2024 bien que décédé en 1995. J’ai, bien entendu et comme chaque année, poursuivi mon exploration de l’œuvre de Georges Simenon, une quinzaine de titres à mon actif cette fois-ci. J’ai comblé mon retard sur la série policière de Craig Johnson mettant en scène le shérif Walt Longmire, et seul le volume paru cette année me reste à découvrir.

Maxime Gorki fut lui aussi copieusement représenté (5 lectures) ainsi que Rick Bass (même bilan), tandis que le centenaire de la mort de Franz Kafka battait son plein (4 lectures). Rien de bien neuf me direz-vous à juste titre ! Mais justement, 2024 fut aussi l’année où j’ai reçu le plus de « matériel promotionnel » (que cette expression est laide !), environ 35 titres, soit plus de deux par mois, ce qui est à la fois énorme et inespéré (je rappelle que je suis toujours seul dans la vie du blog). J’en profite pour remercier chaleureusement les éditrices et éditeurs, autrices et auteurs qui, par leur confiance (souvent renouvelée), font que ce blog existe toujours après ses près de huit ans d’existence. Merci du fond du cœur !

Déception en poursuivant la série polar de James Crumley et son détective Milodragovitch. Une fois passée la bonne surprise sur l’ambiance et le style, ce désagréable sentiment de lire à chaque fois le même bouquin, et cette grande difficulté pour clore une série de pourtant seulement 4 titres. C’est ce qui m’a fait renoncer à terminer la mini-série sur son autre détective C.W. Sughrue, composée pourtant elle aussi de 4 titres. Décrochage sans remords peu avant la ligne d’arrivée avec 3 titres lus (dont un, particulièrement décevant, mettant en scène ses deux détectives et présent en doublon sur les deux séries en troisième tome pour chacune).

Ma participation au challenge mensuel « Les classiques c’est fantastique » fut totale et j’ai pu présenter au moins un titre par thème, ce dont je me réjouis. Mes amitiés à Moka et Fanny, merci pour votre travail acharné. La vraie nouveauté de l’année fut ma participation au challenge annuel (un thème spécifique à développer sur toute une année civile) du blog Book’ing sur le thème « Monde ouvrier et mondes du travail » pour lequel j’ai présenté 9 titres, en attendant le sujet de 2025 ! Merci à Ingrid.

Encore une centaine de chroniques ajoutées cette année, c’est beaucoup, j’en suis conscient, mais peut-être suis-je en somme une sorte de Stakhanoviste du clavier ? Le mois de décembre a vu se succéder les chroniques à un rythme plus soutenu. La raison en est simple : j’avais trop de billets en attente dans le « réservoir » de mon ordinateur (travaillant parfois des week-ends entiers sur leur rédaction) et je fus tout simplement submergé par mon propre flux. Aussi décidai-je en accord avec moi-même et après délibération d’augmenter la régularité des chroniques, passant de deux (depuis maintenant plusieurs mois) à trois par semaine sur une période ponctuelle, s’étendant en l’occurrence sur un mois. Je ne ferai aucun pronostic pour l’année 2025, ayant échoué à ce jeu lors des années précédentes. Mais dans mon for intérieur, je souhaiterais une fois de plus ralentir le rythme, mais rien n’est moins sûr, étant donné la fréquence des chroniques depuis août 2017, date de création du blog. Plus de 830 ont été mises en ligne à ce jour, c’est dire l’ampleur du labeur !

Quoi qu’il en soit, et c’est ce que vous attendez depuis le début de ce médiocre article rébarbatif, voici venir le temps, non pas des rires et des chants, mais du bilan Coups de cœur de livres parus en 2024, toujours par ordre d’apparition sur le blog, avec à nouveau et comme l’an passé 13 élus, toujours dans un souci d’équité (aucun éditeur ni auteur n’est représenté deux fois) et de variété, avec du roman, du théâtre, de la poésie, de la nouvelle, du documentaire. Merci pour votre fidélité, votre enthousiasme, votre intérêt, sans vous Des Livres Rances n’existerait pas.

*** Coups de cœur 2024 ***

Jean Meckert "Théâtre en trois volumes" éditions Joseph K.

 


Jacques Josse " Trop épris de solitude" éditions Le Réalgar

 


Charlotte Delbo "Prière aux vivants pour leur pardonner d'être vivants et autres poèmes" éditions de Minuit

 


Esther Bol "Crime #AlwaysArmUkraine" éditions L'espace d'un Instant

 


Rika Benveniste "Louna" éditions Signes et Balises

 


Eve S. Philomène "Comme une fougère" éditions Le Ver à Soie

 


James Welch "L'hiver dans le sang" réédition Le Livre de poche

 


Ron Rash "Réveiller les morts" éditions Corlevour

 


Jack London "Les mains de Midas" éditions Tendance Négative

 


Geneviève Brisac "Anna Akhmatova, portrait" éditions Seghers

 


Marion Dacko & Arnaud Pocris "Les Gergoviotes, des étudiants en résistance" Presses Universitaires Blaise-Pascal

 


Charlotte Monégier "Ne t'inquiète pas des tempêtes" éditions Calmann Levy

 


Gaston Couté "La chanson d'un gâs qu'a mal tourné" éditions Wallâda (réédition)

 


Le dessin illustrant ce palmarès vous est une fois de plus offert par LN. Un immense merci à elle !

 (Warren Bismuth)

mercredi 30 octobre 2024

Corina CIOCÂRLIE « CineROMAn »

 

Corina Ciocârlie nous invite au voyage, à l’un de ces voyages immobiles où c’est par la pensée, la réflexion et l’imagination que le lectorat traverse un paysage. Ici ce sera Rome, comme l’indique facétieusement le titre de l’ouvrage, par ailleurs sous-titré « Ville éternelle, regards croisés ». Mais ce n’est pas un voyage commun que l’on va effectuer, puisque ce sont des écrivains ou des réalisateurs qui vont nous servir de guides.

Corina Ciocârlie a glané ses informations dans de nombreux livres, de nombreux films. La liste des « participants », une soixantaine, est aussi impressionnante que variée. Parmi les plus connus, côté littérature : Joachim Du Bellay, Lord Byron, Johann Wolfgang von Goethe, Stendhal, Edgar Allan Poe, Nikolaï Gogol, Alexandre Dumas, Gustave Flaubert, Herman Melville, Mark Twain, Emile Zola, André Gide, Michel Butor, Patrick Modiano, Thomas Bernhard, Jean-Paul Sartre, Marguerite Duras et tant d’autres. Face caméra sont convoquées des scènes de Roberto Rossellini, Vittorio de Sica, Luchino Visconti, Federico Fellini, Pier Paolo Pasolini, etc. Mais c’est peut-être avant tout par le prisme des héros de leurs œuvres que l’autrice nous amène à découvrir la ville.

Tous vont nous engouffrer dans les ruelles de la ville de Rome, nous en montrer les joyaux historiques et architecturaux, mais pas tous empruntant le même itinéraire, bien au contraire. En allant chacun à sa vitesse. Car « CineROMAn » est avant tout la promenade littéraire et cinématographique d’une ville, de son histoire, de ses grandes heures.

Est-ce un guide touristique ? Mmh… Pas si sûr… Mais il y a de ça. D’ailleurs, Corina Ciocârlie informe à chaque page, ainsi ce « Le mot touriste vient de tour, ce Grand Tour d’Italie que les jeunes aristocrates des pays du nord de l’Europe se voyaient offrir dès le début du XIXe siècle, histoire de parfaire leur savoir-vivre et leurs connaissances en matière d’art ». Car l’Italie est réputée dans ce domaine, et Rome avant tout.

« CineROMAn » est une manière originale de découvrir une ville par le truchement des arts et de la culture dans une longue déambulation par procuration. Les visites « touristiques » de Rome sont une institution, elles sont déjà attestées vers l’an mille. On peut ne pas y trouver ce que l’on est venu débusquer : « Ils cherchaient Jules César et ils tombent sur les affiches du Duce », tout comme l’on n’est pas forcément venu chercher ce que d’autres se précipiteraient à visiter. Ainsi certains font l’impasse sur les monuments ou lieux célèbres en préférant le chemin buissonnier, flâner à l’affût de l’inconnu, l’insolite.

La littérature prend une place importante dans l’ouvrage (« Le voyage en Italie est devenu un genre littéraire, on n’y peut rien »), le cinéma également, nombreux sont les touristes ou les autochtones qui s’amusent à recréer une scène de film, sur les lieux mêmes du tournage, imitant les mimiques des stars.

Ce voyage immobile est riche en enseignements, il est comme le plan déplié et détaillé d’une ville tissé par de nombreux artistes internationaux sur plusieurs siècles en une sorte de superpositions de couches historiques. Au centre de ce plan, le Tibre, le Colysée, le Vatican. Mais pas seulement. Un exemple parmi tant d’autres : les illusions d’optique de la galerie Spada. Je prends le pari que ces pages vous feront interrompre votre lecture afin de vous connecter sur la toile et rechercher des photographies du lieu afin de vous rendre compte par vous-même. En parlant de photographies, nombreuses sont celles qui accompagnent le présent volume afin de mettre en images les propos de l’autrice.

Rome est aussi la ville – moins que Venise peut-être – des amoureux. Ici les amours sont souvent cachées, secrètes, énigmatiques, comme peut l’être la ville dans laquelle les amants se perdent. Pour eux comme pour nous, Rome défile, ne dort pas, les portes cochères s’ouvrent et nous découvrons une ville inédite, avec la fascination qu’elle exerce et son ampleur, son histoire. Un voyage pour pas cher, prenant pour guide Corina Ciocârlie qui dans un travail vertigineux de documentation, une bibliographie / filmographie conséquente, nous tend son fil d’Ariane afin que nous explorions « son » trésor, Rome. Le livre, toujours impeccablement présenté, vient de sortir aux éditions Signes et Balises, il est une immersion totale dans les rues et les parcs, les monuments et les passages secrets de la ville de Rome. Pour finir laissons la parole à Stendhal qui écrit à propos de Rome « Si j’avais le pouvoir, je serais tyran, je ferais fermer le Colysée durant mes séjours à Rome ».

https://www.signesetbalises.fr/

(Warren Bismuth)

mercredi 17 juillet 2024

Christos CHRYSSOPOULOS « L’oiseau de Prométhée »

 


Cette pièce de théâtre grecque met en scène quatre amis de différentes nationalités, anciens étudiants à Athènes en 2008 dans le cadre du programme Erasmus, qui se retrouvent dans un restaurant de cette même ville quinze ans plus tard. Ils tentent de se remémorer ce qu’ils ont vécu ensemble, dans la chaleur d’un pays alors en crise.

Les quatre protagonistes sont interrompus par l’auteur énonçant des faits politiques majeurs de la Grèce contemporaine. 2008 : assassinat d’un jeune homme de 15 ans par la police, s’ensuivent d’immenses manifestations dans un pays touché de près par l’inflation, le chômage et la corruption. La dette du pays est abyssale et les solutions impossibles à trouver. S’invitent dans le texte trois personnages d’importance : la chancelière allemande, la présidente française du Fonds Monétaire International et le premier ministre grec. Eux aussi échangent à propos de la situation politique critique et se révoltent contre l’Union Européenne.

Soudain Prométhée, titan de la mythologie grecque, surgit pour un monologue révolutionnaire. « Pour l’être humain, se soulever est une action, mais aussi une menace. On fait cette démarche d’aller à la rencontre de soi-même tout en rejoignant les autres dans l’espace public, non pas pour dépenser son argent, travailler ou se distraire, mais pour réfléchir, pour rencontrer les gens et leur faire connaître son désir. Et ça, c’est une prise de risque ».

Les quatre amis reprennent leur conversation quand une sombre affaire de portefeuille trouvé, ancienne, vient ranimer des différends. La discussion d’envenime et tourne en dispute. Les phrases sont martelées, répétées, et ne sont pas sans rappeler l’atmosphère suffocante de la récente pièce « Proches » de Laurent Mauvignier. Pièce articulée en quatre tableaux : les jeunes gens discourant, les trois élites internationales, l’auteur dans son rôle de rapporteur des faits politiques et Prométhée qui vient raviver la flamme sociale.

« Les gens sont des monstres ». Car oui, le peuple est à bout de souffle et la révolte gronde. « L’oiseau de Prométhée » est indéniablement une tragédie grecque moderne, où le contemporain vient faire écho au classique. Elle est ambitieuse par le fait qu’elle propose quatre plateaux en moins de 125 pages, et que jamais Christos Chryssopoulos ne perd le fil de sa pensée, qu’il déroule intelligemment et pertinemment tout au long de son récit. Il fait vivre quatre atmosphères complémentaires.

Cette pièce est d’un grand intérêt dans sa manière originale d’évoquer la crise financière grecque, d’en dénoncer les rouages, d’en tirer une leçon. Christos Chryssopoulos ne laisse pas son lectorat dans l’ignorance, il prend la parole pour étayer, préciser les échanges entre ses personnages, il distille çà et là quelques pages journalistiques sur la situation politique de la Grèce. Le ton est grave mais jamais miséreux.

Parallèlement à son écriture, « L’oiseau de Prométhée » fut joué pour la première fois à Rouen en novembre 2023, au moment où était publié le texte aux éditions Signes et Balises de Anne-Laure Brisac. C’est d’ailleurs elle qui traduit ici cette pièce, comme elle a déjà traduit tous les livres de Christos Chryssopoulos parus en France. L’aventure continuera d’ailleurs prochainement, avec un autre ouvrage de cet auteur, « Alma », toujours chez Signes et Balises, alors que les éditions La Contre Allée s’apprêtent à faire paraître « Marseille, toujours ».

https://www.signesetbalises.fr/

(Warren Bismuth)

mercredi 12 juin 2024

Rika BENVENISTE « Louna »

 


Sous-titré « Essai de biographie historique », ce méticuleux documentaire est bâti pierre par pierre. Il n’est pas une biographie à proprement parler, ou plutôt il est bien plus que cela. S’il s’attache à retracer la vie de Louna Assaël (1910-1998), il est une vraie mine d’informations sur la vie des juifs de Thessalonique au XXe siècle, et bien plus encore.

Louna est une juive illettrée, de ces anonymes que l’on ne remarque pas, qui ne laissent pas de traces, qui ne font pas de bruit, qui semblent vivre tranquillement leur petite vie. C’est aussi la tante de Rika Benveniste, spécialiste de l’Histoire juive, qui part à sa rencontre après son décès, et va chercher les indices de parcours de Louna ainsi que dans ses souvenirs personnels de nièce, ce qu’elle appelle la « Microhistoire », dans une quête de repères par les lieux que Louna a fréquentés, traversés. Les indices sont maigres, le travail de recherche n’en est que plus conséquent.

Louna est née à Salonique en 1910, ville redevenue Thessalonique en 1912, l’histoire tragique rattrape déjà l’intime. Sa langue maternelle est le judéo-espagnol mais elle parle – mal – le grec. Elle devient couturière avant de se marier en 1931, la même année que le déclenchement d’un pogrom sur Thessalonique. Juive, elle est déportée le 27 mars 1943 à Auschwtiz, elle y arrive le 3 avril où on lui attribue le matricule 40077. Charlotte Delbo se souviendra de l’arrivée de ce convoi. Les chiffres de Rika Benveniste laissent cois : « Des 1 100 000 Juifs qui sont déportés à Aucshwitz, 865 000 sont immédiatement assassinés ; seuls 200 000 franchissent les portes du camp. Pour les personnes qui y sont déportées de toute l’Europe nazie, la mort est la règle et la survie, l’exception ». Un nouveau calvaire commence. Souvent malade, Louna passe 18 mois au sinistre Block 10.

Pendant que Louna souffre, certains médecins jouent un rôle barbare dans le camp, notamment par les stérilisations forcées de femmes, entraînant des séquelles et des traumatismes. Les faits sont dans ce livre patiemment examinés et décrits.

Les indices sur les conditions de détention de Louna sont épars, les informations manquent, encore une fois. Le camp d’Auschwitz est évacué en janvier 1945. Louna a déjà rejoint celui de Bergen-Belsen, à 850 kilomètres de là. Puis elle revient en Grèce. Nous sommes alors à l’exacte moitié du récit, tout comme à l’exacte moitié de la vie de Louna.

Une nouvelle vie. Encore. Guerre civile grecque, naissance d’organisations pour l’accueil des anciens déportés grecs appelés otages. Une nouvelle lutte est entamée, pour la restitution des biens des déportés revenus. Louna est sans abri, sans rien, elle est tout d’abord hébergée dans une synagogue, puis un « Dortoir » jusqu’à la fin des années 60 tandis que Thessalonique se développe à une vitesse folle. Un nouveau monde s’installe. Pour Louna, intégration dans un tout nouvel hospice en 1982 et demande de reconnaissance de « Combattante de la Résistance nationale ». Et ces quelque lignes, écrites par d’autres mains mais dictées par Louna, bouleversantes, sur la raison de cette demande. Pour la première fois du récit, Louna semble nous parler, le moment est solennel : « Durant l’occupation de notre patrie par les forces ennemies germano-italo-bulgares, j’ai été emmenée comme otage dans les camps allemands, d’avril 1943 à mai 1945, en raison de mes origines juives. Plus particulièrement : j’ai été arrêtée par les allemands à Thessalonique en mars 1943 et enfermée au camp Baron-Hirsch. Puis j’ai été transférée au camp de Birkenau où je suis restée pendant trois mois environ. D’août 1943 à avril 1944, j’ai été détenue au camp d’Auschwitz. D’avril 1944 à mai 1945, j’ai été internée au camp de Bergen-Belsen, en Allemagne, d’où j’ai été libérée le 2 mai par les forces anglo-américaines. Je suis rentrée dans ma partie en septembre 1945 après avoir été transférée aux quatre coins de l’Europe sous la supervision des Alliés. Je porte sur l’avant-bras gauche le numéro matricule 40077 ».

Le retour des déportés juifs est tellement difficile que beaucoup décident de s’exiler, aux Etats-Unis notamment, mais aussi en Palestine, clandestinement, jusqu’à la création de l’Etat d’Israël en 1948. Car derrière le parcours de Louna, c’est toute l’Histoire du peuple Juif du XXe siècle qui est ici développée. Celle de la ville de Thessalonique également, c’est ce qui donne un caractère universel au récit. Quant à Louna, elle est enterrée en 1998 dans le cimetière juif de Thessalonique. Le dernier chapitre du livre est lumineux, comme la chronologie en fin de volume.

Comme toujours aux éditions Signes et Balises, le travail et la présentation sont particulièrement soignés, des photos accompagnent le récit bien qu’aucune de Louna ne soit publiée, l’autrice préférant la laisser dans l’ombre, dans l’intimité, la laisser en paix surtout. Enfin. La très jolie préface est signée Annette Wieviorka, elle est sobrement intitulée « Kaddish pour Louna ». Le livre est agrémenté de très nombreuses notes qui constituent une vertigineuse bibliographie. Le tout est traduit par Loïc Marcou dont on imagine sans peine les heures passées à retranscrire le texte.

Dans cette quête, Louna est pourtant parfois oubliée pour laisser place à une grande fresque du XXe siècle vue par le prisme des juifs Grecs. Même les incendies ravageurs de la ville de Thessalonique des XIXe et XXe siècles sont ici consignés. Les détails foisonnent, se multiplient, s’enchaînent.

« Louna » est un livre aux multiples facettes. Intimiste, il l’est par la vie de Louna, une juive qui a connu tous les malheurs et drames du XXe siècle. Il apporte un langage universel par l’Histoire des juifs de Thessalonique au XXe siècle, il est même plus global par l’histoire même, mouvementée, de la ville de Thessalonique à cette période. Enfin il est un témoignage sur la barbarie nazie. Il est remarquable par ses longues recherches historiques, précises et minutieuses. Il s’inscrit parfaitement dans le petit mais déjà somptueux catalogue des éditions Signes et Balises, où plusieurs histoires se télescopent quasi à chaque fois, où l’on fait connaissance avec des anonymes au cœur d’un bouleversement mondial. Maison d’édition nécessaire par les contenus, mais aussi toujours par cet esthétisme, cette qualité, y compris dans la fabrication, la couverture à rabats et le papier, ce qui devient de plus en plus rare. « Louna » vient de sortir, précipitez-vous !

https://www.signesetbalises.fr/

(Warren Bismuth)

dimanche 31 décembre 2023

Coups de cœur Des Livres Rances 2023

 


L’heure du traditionnel bilan a enfin sonné, comme un passage obligé. En fait, non, pas obligé, souhaité. L’année 2023 m’a vu le nez plongé dans des livres de manière quasi compulsive, tel un refuge contre le monde extérieur (moche). En parallèle de ce désormais palmarès des coups de cœur des publications de l’année en cours, je me suis volontairement et en partie seulement enfermé dans ce que j’appelle mes cycles de décompression, un auteur que je prends et ne quitte plus pendant un temps plus ou moins long, en tout cas un temps jamais défini à l’avance.

En 2023, j’ai continué les enquêtes du shérif Longmire de Craig JOHNSON (chez Gallmeister), une série-cocon qui permet de reprendre de l’énergie, de moins penser et de s’amuser tout en apprenant. Comme chaque année depuis plus de seize ans, j’ai continué à avancer dans ma quête de l’œuvre de Georges SIMENON (je doute que je puisse en voir un jour la fin tant elle est énorme, mais l’exploration se poursuit), et cette année plus de dix romans durs m’ont accompagné. Mais deux évènements de lecture ont en partie rythmé la seconde partie de mon année : l’intégrale des nouvelles de Joseph CONRAD (centenaire de sa disparition en cette année 2024), et ce monde qui s’est (ré)ouvert à moi en plus de 1500 pages, une expérience unique et éblouissante, avec ce désir de n’en plus finir, d’aller jusqu’à la dernière ligne, et en redemander, relire quelques nouvelles. Une rencontre extraordinaire. Tout comme celle du « Cycle des bas-fonds » de Jim TULLY, porte-parole des miséreux des Etats-Unis aux débuts du XXe siècle, et lui-même vagabond durant sept années de sa vie. Les cinq tomes du cycle furent avalés quasi d’un trait, à la suite, sans voir le temps passer, une prodigieuse aventure sans foi ni loi.

J’ai encore raté mon pari, celui de moins écrire sur le blog en cette année. J’ai de nouveau publié une centaine d’articles (plus de 730 références étant désormais en ligne depuis 2017), je suis conscient que c’est beaucoup trop et que mon lectorat risque de se noyer. Promis, cette année j’essaie de faire mieux, c’est-à-dire moins, en me concentrant sur des séries en cours, ou des auteurs bien précis. Je sais que je proposerai chaque volet du cycle de Jim TULLY (le tout est déjà rédigé), ainsi qu’une double commémoration de centenaire : les disparitions de Joseph CONRAD et Franz KAFKA en 1924, à quelques semaines d’intervalle. Et bien sûr je continuerai à participer mensuellement au challenge « Les classiques c’est fantastique » dont vous avez peut-être intégré les règles fixées, un défi qui me tient particulièrement à coeur.

Si beaucoup de « vieilles » lectures m’ont marqué, j’ai pourtant trouvé le temps de lire des parutions de 2023, avec ces émotions toutes personnelles et je vous dévoile enfin cette liste coups de cœur des livres sortis en 2023, ceux qui m’auront procuré de la joie et/ou de l’émotion, simplement mais sincèrement. Des ouvrages qui auront attisé ma révolte, mon intérêt, ma curiosité. Voici le palmarès de l’année 2023 (pour des titres publiés la même année, j’insiste bien !), par ordre d’apparition sur le blog. J’espère que la superstition ne fait pas partie de vos attributions, car ce sont bien treize (oui, 13 !) publications qui sont ici concernées.

Le dessin lumineux en tête de cet article est signé LN, il me va droit au (coup de) cœur, immense gratitude. Je remercie ici chaleureusement les auteurices, les éditeurices qui m’ont fait confiance, m’ont soutenu indéfectiblement et ont trouvé un quelconque intérêt à mon travail, qui lui donnent du sens. Elles et ils se reconnaîtront. Sans eux je ne suis rien.

**** Coups de cœur 2023 ***

Doug PEACOCK « Itinéraire d’un éco-guerrier » Editions Gallmeister



https://deslivresrances.blogspot.com/2023/04/doug-peacock-itineraire-dun-eco-guerrier.html

 

Victoria YAKUBOVA « Chez moi » Editions L’espace d’un Instant

 


https://deslivresrances.blogspot.com/2023/04/victoria-yakubova-chez-moi.html

 

Evguéni TCHIRIKOV « Les juifs » Editions Mesures

 


https://deslivresrances.blogspot.com/2023/05/evgueni-tchirikov-les-juifs.html

 

Veronika BOUTINOVA « L’homme qui flotte dans ma tête » Editions Le ver à Soie

 


https://deslivresrances.blogspot.com/2023/05/veronika-boutinova-lhomme-qui-flotte.html

 

Erri DE LUCA « Itinéraires – Œuvres choisies » Editions Gallimard

 


https://deslivresrances.blogspot.com/2023/07/erri-de-luca-itineraires-uvres-choisies.html

 

Vassili GROSSMAN « Tout passe » Réédition Calmann-Levy

 


https://deslivresrances.blogspot.com/2023/06/vassili-grossman-tout-passe.html


Marcel NADJARY « Sonderkommando » Editions Signes et Balises

 


https://deslivresrances.blogspot.com/2023/08/marcel-nadjary-sonderkommando.html

 

Joseph CONRAD « Le retour » Réédition La République des Lettres

 


https://deslivresrances.blogspot.com/2023/09/joseph-conrad-le-retour.html

 

Catherine LITIQUE « Le Pair » Editions Le Réalgar

 


https://deslivresrances.blogspot.com/2023/09/catherine-litique-le-pair.html

 

Jospeh ANDRAS « Nûdem Durak – Sur la terre du KURIDSTAN » Editions Ici bas

 


https://deslivresrances.blogspot.com/2023/10/joseph-andras-nudem-durak-sur-la-terre.html

 

Elsa DORLIN, Jean-Pierre SAINTON & Mathieu RIGOUSTE

« Guadeloupe mai 67 » Editions Libertalia

 


https://deslivresrances.blogspot.com/2023/10/elsa-dorlin-guadeloupe-mai-67.html

 

Ali COBBY ECKERMANN « Ruby Moonlight » Editions Au Vent des Îles


 

https://deslivresrances.blogspot.com/2023/10/ali-cobby-eckermann-ruby-moonlight.html

 

Danielle BASSEZ « Le même et l’autre » Cheyne éditeur

 


https://deslivresrances.blogspot.com/2023/10/danielle-bassez-le-meme-et-lautre.html

Sur ce, prenez soin de vous et des vôtres, l’aventure continue.

 (Warren Bismuth)