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mercredi 25 mars 2026

Jim HARRISON « Chants de déraisons »

 


L’année 2025 aura été celle de Jim Harrison (1937-2016), avec pas moins de quatre publications. Outre l’imposant « Métamorphoses » fort de plus de 1100 pages dans la collection Quarto de Gallimard, sont parus la très dispensable novella inédite « Blue moon on Kentucky » chez Héros-Limite, ainsi que la réédition du beau recueil de poèmes « Théorie et pratique des rivières »chez Les Belles Lettres, et pour finir l’année en beauté la parution de cet inédit, là aussi recueil de poèmes, avec l’envoûtant « Chants de déraisons » de 2011 paru récemment dans la formidable collection Amériques du Réalgar qui frappe ici un grand coup.

Une étrangeté : si ce recueil est présenté sous le titre « Chants de déraison » (l’original de 2011 s’intitulait « Songs of unreason »), sur mon exemplaire figure en couverture « Chants de déraisons » avec un S à la fin, alors que la page de titre reprend bien « Chants de déraison » au singulier, ainsi que le dos du livre. Mais c’est avec le S non amputé que je le présente ici. Toutefois, le visuel de ma chronique ne prend pas en compte ce S puisque je n'ai pas trouvé photo l'associant sur le net. Cette chronique est aussi un hommage à Jim Harrison décédé il y a tout juste 10 ans, il manque toujours.

« Presque toute ma vie j’ai remarqué que certaines de mes pensées étaient ataviques, primitives, totémiques. C’est parfois perturbant pour un homme plutôt cultivé. Dans cette suite j’ai voulu examiner ce phénomène » prévient Jim Harrison dès le début du recueil.

Tous les thèmes de l’œuvre de l’auteur sont ici associés, assemblés et expurgés : les bribes autobiographiques, les instantanés de vies et de voyages, les souvenirs – en une belle mélancolie -, la nature par les oiseaux, les rivières, les arbres. La vieillesse s’invite au menu (l’auteur a alors 72 ans), tout comme les fantasmes, mais aussi les chevaux, les chiens, tous dans une approche radicalement différente de celle de ses romans et novellas.

Recueil écrit vers la fin de sa vie, il montre un Harrison toujours hanté par la mort de sa sœur à l’âge de 19 ans d’un accident de voiture avec son père, décédé lui aussi. Il y a cette séquence où l’auteur se rend sur les lieux de l’exécution du poète tant aimé Federico Garcia Lorca, et la maladie qui en découle presque fatalement. L’image du Poète est bien présente, notamment dans ce « Avertissement du poète » : « Il partit en mer / dans un dé de poésie / sans voiles ni rames / ni ancre. Quelle chance / ai-je ? pensa-t-il. / Des centaines de milliers / de lunes se sont noyées ici / sans la moindre pierre tombale ».

Ici pas de traits d’humour, le texte est resserré, privilégiant l’émotion. Sur les pages de gauche, de brefs poèmes de quelques vers libres, comme des aphorismes. Sur la droite, des poèmes plus longs mais jamais de plus d’une page, en vers libres ou en prose. Des peintures saisissantes, marquantes, avec la récurrence de la chienne Mary, qui apparaît presque autant que la série de poèmes sur les rivières.

De brèves anecdotes de voyages cohabitent avec des images de ses trois principaux lieux de vie : Michigan, Montana, Arizona, en une poésie des cinq sens, où le visuel se confond avec l’olfactif, l’auditif, dans une moindre mesure au tactile et au gustatif. Et en arrière-plan le combat d’une vie pour la nature : « j’ai vu deux pélicans morts. Il paraît qu’on les abat / parce qu’ils mangent les truites, corneilles abattues / parce qu’elles mangent les œufs de canards, loups abattus / parce qu’ils mangent les wapitis ou poursuivent un cycliste / à Yellowstone. Devrait-on nous abattre / parce que nous dévorons le monde et l’arrosons de vomi ? ».

L’imminence de la mort, sujet qui intéresse l’auteur sans pourtant le tracasser tant la fin de vie lui paraît immuable. Cette vieillesse qui le fait se retourner sur son parcours, ses acquis, cet amour désormais différent qu’il voue à la Femme.

Des 15 recueils de poèmes écrits par Jim Harrison, seuls 7 ont été traduits en France, c’est dire si sa poésie est moins cotée que ses romans et ses novellas, tous traduits. Pourtant, Jim Harrison s’est toujours considéré comme un poète avant d’être un romancier, un nouvelliste ou un essayiste. Espérons que ses poèmes inédits en français finiront par être traduits et publiés, car la poésie de Jim Harrison est l’une des plus belles, des plus sensorielles qui soient. Ce « Chants de déraisons » est une étape majeure pour leur reconnaissance, il est traduit par Brice Matthieussent.

https://lerealgar-editions.fr/

(Warren Bismuth)

dimanche 22 mars 2026

Armelle HERISSON « La mort malgré lui »

 


Deux époques se font face. D'un côté la deuxième guerre mondiale en Hongrie à partir de 1942 où nous suivons un certain Vilmos. De l'autre Laval, Mayenne, France en 1987 où le corps d'une jeune femme assassinée est retrouvé au pied d'une barre H.L.M. Le commissaire Ralu et son équipe sont sur les dents, cette mort mystérieuse paraît inextricable et Thomas, une nouvelle recrue qui a habité l'immeuble, ne comprend pas plus que ses collègues. Le bâtiment est ratissé, les occupants interrogés, y règne la misère mais surtout la méfiance, l'entre-soi.

Immersions à Rouen pour des morts inexpliquées à la même période (des gens se lancent dans le vide du haut de la cathédrale), puis dans le monde hippique où un cheval célèbre a disparu. À Laval, la morte est enfin identifiée : elle travaillait pour la presse à sensation. L'équipe de Ralu remonte le temps, mène une enquête minutieuse jusqu'à avoir enfin accès à des dossiers professionnels de la victime et recensent les affaires qu'elle avait en cours.

Côté Hongrie, le pays se rallie à l'Allemagne nazie et enrôle des jeunes recrues dans les rangs de la Waffen-SS, ce sont les « Malgré-nous » hongrois, une page oubliée de cette guerre. Contre leur gré, des gamins vont servir l'armée du Reich, c'est l'épisode historico-politique de ce roman foisonnant. La structure pourrait donner la nausée entre ces allers et retours passé/présent mais la plume alerte de Armelle Hérisson dont c'est le premier roman permet au contraire à l'intrigue de rester en place, de se développer à l'ancienne, c'est-à-dire avec des enquêteurs cherchant minutieusement des éléments sur le terrain. Le fait que l'affaire se situe en 1987 n'est pas anodin : l'autrice désire planter un décor d'avant l'explosion de toutes les nouvelles technologies afin de mieux relier les événements aux années 1940, le résultat est bluffant.

« Ils sont arrivés. Ils ont dit que j'étais mobilisé. Mon grand-père a dit que j'avais dix-sept ans et que je travaillais avec lui. Qu'il avait besoin de moi. Il a dit que je n'étais pas volontaire. L'officier a rétorqué que l'armée avait besoin de tous, qu'il n'était plus question de volontaires, que la limite d'âge était maintenant de dix-sept ans et que c'était l'ordre du Reich, et que c'était immédiat ».

Si l'insertion de l'épisode rouennais puis du cheval kidnappé peuvent paraître déstabilisantes tellement elles semblent n'avoir aucun rapport avec l'enquête en cours et surtout finir par rester dans les cartons des enquêteurs, la dynamique de l'écriture, le maillage compact, les traits d'humour font de ce roman un récit accrocheur, sans rebondissements inutiles, et surtout, et c'est à souligner comme force réelle, sans histoire d'amour en second plan, scènes qui souvent affadissent, alourdissent l'énigme et semblent n'être là que pour remplir un cahier des charges. Ici pas de chichis ni sous-vêtements affriolants mais un regard braqué sur les faits et les recherches de preuves.

La maîtrise de Armelle Hérisson est totale durant ces près de 400 pages, jamais son action ne mollit, jamais l'autrice n'en fait des caisses, elle reste sobre et tout en efficacité, en expliquant le destin des malgré-nous hongrois, un sujet peu traité, surtout en polar. Le roman est fait de silences, qui se comblent ou non, et ces silences font aussi partie des vilaines histoires familiales, ils les nourrissent. Le roman vient de paraître dans la célébrissime Série Noire qui frappe d'ores et déjà fort pour 2026.

(Warren Bismuth)

mercredi 18 mars 2026

Bob KAUFMAN « Sardine dorée suivi de Plus de jazz à Alcatraz »

 


Petit-fils d’esclaves, fils d’un juif et d’une noire, Bob Kaufman (1925-1986) a souffert avant même sa naissance. « Sardine dorée », le premier recueil de 1967, est une immersion au cœur de cette souffrance par des portraits déformés et quasi surréalistes lors de déambulations nocturnes dans des villes états-uniennes où la violence croise le regard de l’auteur. Des fragments, des bouts de chansons, quelques extraits écrits entièrement en majuscules. Comme pour crier, se révolter, exister.

« Mon visage est brûlé de lune ». Poète noctambule appartenant à la Beat generation, Bob Kaufman hurle désespérément. Ses poèmes sont des chansons (de jazz bien entendu, musique présente tout au long du recueil, Kaufman était né à la Nouvelle-Orleans) désenchantées hantées par la mort, le néant. « Dans mes yeux caverneux, le pauvre coq / a filé en gueulant, désertant ma pendule sans aiguilles. / Dieu, tu es juste un frigo vide ; / avec un enfant mort à l’intérieur, incognito, / dans les décombres du bric-à-brac moderne ».

L’exercice est parfois obscur voire abscons, mais les sonorités, mais le rythme. Et l’on se laisse bercer par cette musique, par ces photographies : « Je mets mes yeux au régime, mes larmes ont pris trop de poids ». Poésie urbaine, glaciale, elle est aussi engagée, pour preuve ces immiscions anti-nucléaires ou contre la peine de mort. Car Kaufman n’est pas un poète tiède. Le premier recueil se termine par deux poèmes hallucinés en prose, sorte de scénario de film mettant en scène des amérindiens.

« Plus de jazz à Alcatraz » s’ouvre étrangement sur une nouvelle, celle d’un enfant découvrant la musique et le saxophone, suivie d’un exercice de style paroxystique, 13 pages épiques sans ponctuation ni majuscule écrites à la manière d’un cadavre exquis, d’apparence surréaliste et/ou sous effet d’une drogue puissante et dévastatrice.

Retour aux poèmes, certains de moins d’une page, frappés par la peur du nucléaire. Lisez ce beau poème « Que la paix soit avec toi », pacifiste mais sans espoir, écrit en 1983 et qui commence par ces vers libres (je garde les majuscules choisies) : « LES ARMES DE GUERRE SE SONT TUES, / CE N’EST PLUS COMME AVANT / LA FOULE NE RÉCLAME PLUS LE SANG. / LA PAIX N’EST PAS UN CHÂTEAU EN ÉCOSSE, / CE N’EST PAS LA PREMIÈRE BANQUE DU TEXAS, / CE N’EST PAS L’OREILLE DE GETTY. / UN CRI POUR LA PAIX SE FAIT ENTENDRE À BREST-LITOVSK, LE PAVILLON RÉPOND, PAR LA GUEULE DES CANONS ».

Le dernier poème du recueil, « Le voyage, le voyage Dharma, le voyage Sangha » sonne à la fois comme une profession de foi et prophétie. « LA ROUTE NE MÈNE QU’AU SOMMET DE LA MONTAGNE, / ON DIRAIT QU’IL N’Y A PAS D’AUTRE VOIE / LA VIE AU SOMMET D’UNE MONTAGNE / ET LE CIEL TOUT AUTOUR, / UNE VUE PANORAMIQUE / POUR HORIZON, / SUBSTITUANT LES IMAGES AUX MOTS », c’est en effet le dernier poème écrit par Kaufman peu avant son trépas. Il meurt misérable et presque oublié en 1986. Les éditions Le Réalgar font revivre cette voix singulière, poésie alliant jazz et cinéma, par sa belle collection Amériques, également coupable d’un autre recueil de Kaufman, « Des solitudes peuplées d’abandon » déjà traduit par Marie Schermesser en 2024 (le présent recueil est paru en 2025).

https://lerealgar-editions.fr/

(Warren Bismuth)

dimanche 15 mars 2026

Collectif « Femme, Rêve, Liberté »

 


[Cette chronique a été rédigée avant les événements en cours depuis le 28 février 2026 et la déclaration de guerre].

Le mouvement Femme, Vie, Liberté est né en Iran à la suite de l'assassinat de la jeunesse kurde Masha Jina Amini le 16 septembre 2022 par les agents de la patrouille de l'orientation islamique à Téhéran. Ce livre collectif écrit par des femmes est un témoignage précieux sur ce qu'elles vivent de nos jours en Iran, mais aussi une approche d'histoire de l'Iran du XXe siècle, ainsi qu'un clin d’œil à ce jeune mouvement auquel est empruntée une partie du nom, changeant toutefois « Vie » en « Rêve ». Les bénéfices sont reversés à Iran Human Rights, organisation non gouvernementale se battant contre la peine de mort.

Douze textes, douze autrices, certaines ayant préféré quitter leur terre natale iranienne, s'étant exilées à l'étranger. Ces textes sont souvent à la lisère de la nouvelle et du documentaire et/ou récit de vie, et dans chacun d'eux il y a peut-être un peu de tout ça. Mais il y a surtout la condition de la Femme en Iran et elle est atroce.

Nombreuses sont les évocations sur les manifestations en cours, à Téhéran notamment, la capitale, manifestations contre le régime autoritaire soumettant les femmes, les renvoyant à l'état d'esclaves. Alors elles se dévoilent, descendent dans la rue et crient leur révolte. De l'autre côté, la répression, les autorités armées qui épient, surveillent les femmes, frappent les manifestant.es.

Pour bien comprendre où le pays en est, certains textes se proposent de revenir sur le mouvement féministe en Iran qui fut pionnier et fédérateur dès la fin du XIXe siècle. La volonté de faire réentendre leurs voix poussent les femmes d'aujourd'hui, souvent jeunes, à se révolter contre le pouvoir malgré le danger, même si « tout ce que nous disons ou faisons se voit instrumentalisé précisément contre les personnes que nous soutenons ». Une certaine poésie s'invite en ces pages tout en dénonçant la régression sociale depuis la révolution de 1979.

Dans ces histoires, plusieurs jeunes femmes disparaissent. « Ils ont dit à la télé qu'on tire sur les jeunes avec flashballs, en visant leurs yeux ». Les mères, victimes de cette révolution, sont inquiètes. Quant aux pères, souvent défenseurs du régime et de ses lois abjectes contre les femmes, ils renient, dans un pays gangrené par une paranoïa galopante. Et que dire du hijab, que les femmes sont obligées de porter dehors, en classe, dans une soumission dès les premières années d'école.

Portraits de femmes sortant de prison, témoignages nombreux et toujours forts sur la condition féminine. Notons ce très beau texte en hommage aux 300 femmes armées qui ont envahi le parlement iranien en 1911, pour ne pas oublier, et bien sûr pour en prendre de la graine. Retour sur les élections truquées de 2009 qui ont entraîné un fort mouvement populaire. En parallèle, les figures d'hommes eux-mêmes soumis au régime, mais autoritaires envers leur propre famille, intraitables au foyer car dociles, serviles des lois drastiques et absurdes.

Le soulèvement du peuple est en cours, en partie contre la soumission au code vestimentaire. « Si quelqu'un contrôle ce que tu portes, c'est toi qu'il contrôle ». les témoignages de femmes victimes affluent, certaines ayant rompu avec les traditions. « Ce n'est pas seulement le foulard. Ce n'est pas seulement notre corps qu'ils ont recouvert de force. C'est notre âme, notre esprit et notre identité. Nous devions cacher nos vrais rires, nos vraies larmes, nos vrais mots, les amours, les danses, et toute petite trace de spontanéité et de sincérité, et ce n'est qu'alors que nous pouvions poser un pied dans la rue. Ils ont fait de nous des êtres qui ont tellement menti, tellement vécu dans le mensonge, que c'est à grand-peine que nous pouvons encore nous souvenir de ce que nous sommes ».

Des femmes empêchées, certaines victimes de la polygamie, des femmes enceintes rouées de coups par la police des mœurs en manifestation, d'autres blessées par balles, c'est le prix à payer pour se faire entendre contre une intolérable servilité. Car les femmes de ce livre font preuve d'un courage formidable, d'une défiance à toute épreuve. Forcées d'obéir, elles se rebellent, haussent le ton et existent malgré les incessantes patrouilles, malgré le risque de toute perdre. Car ce qu'elles veulent retrouver, c'est leur libre choix, leur féminité, leur âme. Et passent ainsi à l'action par le féminisme et le collectif.

Il serait inconcevable de ne pas nommer chacune des autrices de ce livre témoignage majeur, les voici par ordre d'apparition : Bahiyyih Nakhjavani, Asieh Nezam Shahidi, Azar Mahloujian, Aida Moradi Ahani, Sahar Delijani, Parisa Reza, Fariba Vafi, Fahimeh Farsaie, Nasim Marashi, Sorour Kasmaï, Zahra Khanloo et Rana Soleimani. Certaines d'entre elles vivent toujours en Iran, d'autres sont exilées, en Europe ou aux États-Unis, mais toutes restent sœurs de combat contre l'ignominie.

Une partie de ces textes sont inspirés des itinéraires familiaux des autrices, certaines ayant par ailleurs été emprisonnées. Qu'elles vivent aujourd'hui aux États-Unis, en Allemagne, en France, en Suède, qu’elles soient restées vivre en Iran, qu'elles aient contourné la censure, toutes se battent pour un même objectif : libérer la femme du carcan islamique. Les traductrices et traducteurs de ce recueil sont : Julie Duvigneau, Susanne Juul, Sorour Kasmaï (également autrice d'un des textes et éditrice du présent livre), Sylvie Le Pelletier-Beaufond, Didier Leroy, Pierre Ramond, Yvonne Rezvani, Joëlle Segerer, Marie-Catherine Vacher et Charlotte Woillez. L'illustration de couverture est signée Keyvan Mahjoor.

Ce livre ô combien collectif est paru en 2023 mais a fait son chemin depuis, fort de plusieurs retirages. Car il est plus que jamais d'actualité avec les événements en cours dans le pays déjà décrits dans cet ouvrage. Le lire c'est déjà mieux comprendre, mieux appréhender ce légitime soulèvement du peuple porté par les femmes. Paru dans la collection Horizons persans de chez Actes sud.

(Warren Bismuth)

mercredi 11 mars 2026

Kathleen Dean MOORE « Sur quoi repose le monde »

 


Des textes brefs sous forme de chroniques familiales, des émotions et des visions et analyses philosophiques (l’autrice est philosophe) empreintes de poésie, telle est la recette de ce documentaire à classer indéniablement dans la catégorie Nature Writing.

Écrit en 2004 mais traduit et publié en 2021 chez Gallmeister, « Sur quoi repose le monde » raconte et interroge. Raconte des vacances, celles que la famille s’offre chaque été en Alaska, sur Pine Island. De belles images, comme celle où Kathleen Dean Moore s’approche au plus près d’un banc de phoques avec son kayak. Ce livre est aussi une succession d’interrogations sur l’amour et sur l’avenir de notre planète, l’un n’allant d’ailleurs peut-être pas sans l’autre. Son mari, Frank, est scientifique. Ainsi nous assistons à des échanges riches sur la nature et la science.

L’autrice convoque plusieurs figures tutélaires de la pensée, notamment Descartes, qu’elle contredit illico sur le thème de la conscience tout en prenant la défense des animaux, les interactions du Vivant. « Il est vrai que je ne sais pas avec certitude quels animaux pensent, mais Descartes non plus, et cela paraît être une bonne raison pour ne pas tirer des conclusions hâtives sur ce qu’un animal a en tête. Comme c’est drôlement commode de croire que les humains ont le monopole de l’univers toujours présent à l’esprit. Si les gens ont l’intention de mettre les dauphins en captivité et de transformer la vésicule biliaire des ours en un élixir fortifiant, s’ils ont l’intention de racler complètement le fond de l’océan et de moudre l’arrière-train du cerf à queue noire en steak haché, s’ils ont l’intention de réduire les sites de nidifications des hiboux pour fabriquer du papier toilette et se persuader que ce n’est pas un problème, alors ils auront besoin de croire que les humains ont une âme et pas les autres animaux. Mais cela relève de la solution de facilité, pas de la vérité ».

Kathleen Dean Moore observe et retranscrit : la faune, les minéraux, les oiseaux surtout (elle est aussi ornithologue), et la beauté époustouflante d’un monde que l’on a désappris à regarder. Le livre sait se faire contemplatif, silencieux, on n’ose pas lire à voix haute pour ne pas déranger la nature, il est également bienveillant mais offensif contre les destructeurs de la planète, car l’autrice défend une écologie morale.

Puis c’est le tour d’une île de l’Oregon. Dean Moore a connu Aldo Leopold, en parle avec tendresse, tout comme de Thoreau qu’elle enseigne à ses étudiants. Des souvenirs de jeunesse refont surface, avant que l’urgence d’écrire ne reprenne. « Si le Nature Writing est une bonne chose qui a des effets bénéfiques – ce qui est le cas – et si vivre près de la terre nourrit les bons ouvrages de Nature Writing – ce que l’on a pu assurément vérifier -, alors les bénéfices de la vie et de l’écriture dans et sur les grands espaces l’emportent sur les nuisances ». Pourtant l’autrice vit en ville et s’en explique, mais a besoin de la nature pour écrire.

L’humour est bien présent quoique distillé avec parcimonie. Et l’observation reprend : le geai, par exemple, a pleine conscience du fait de dérober de la nourriture à l’un de ses congénères, et suite au vol, se comporte différemment.

Merveilleuses pages sur un petit barrage inutile dont le couple Dean Moore a financé le dynamitage pour libérer les truites cutthroat. Sur le thème des incendies, toujours très présents dans les régions boisées, l’autrice répond par l’intermédiaire du philosophe Héraclite. Mais il est temps de souffler, il est maintenant question de jardinage et de fleurs de jardins, avec quelques références à la bible, avant un cours d’étymologie bienvenu.

Certes, quelques chapitres présentent un moindre intérêt, mais dans l’ensemble ce documentaire riche est varié par les thèmes et fait un bien fou lors de la lecture. Et comme tout ce qui fait du bien, le tout se termine en musique. Livre traduit par Josette Chicheportiche.

https://www.gallmeister.fr/

(Warren Bismuth)


dimanche 8 mars 2026

Corinne MOREL DARLEUX « Du fond des océans les montagnes sont plus grandes »

 


En avril 2025, l'autrice Corinne Morel Darleux est invitée par l'organisation écologiste Under The Pole, spécialisée dans la plongée profonde en mer, à embarquer pour un mois sur le bateau Why. Direction les Caraïbes, les côtes du Honduras, plus précisément l'île de Roatán. Le but du voyage est l'observation et les prélèvements de corail dans des forêts minuscules situées sous la ligne de flottaison. Oui, des forêts sous-marines ! Ambiance conviviale sur le Why, échanges sur le thème de l'écologie, travaux et plongées de rigueur (scientifique).

Un constat : la région est victime de la déforestation à outrance. Là nous parlons des forêts visibles, émergées. Mais Corinne Morel Darleux va rapidement nous en présenter d'autres, immergées celles-ci, et nous voilà dans un monde féerique. Des forêts miniatures donc, possédant les mêmes caractéristiques que les forêts « terrestres », avec une nombreuse faune, des arbres bien sûr, ceci situé à 200 mètres de profondeur dans ce qui est appelée une zone mésophotique. Et l’autrice s'émerveille et nous fait en quelque sorte profiter de la vue de ces forêts animales marines.

De petites touches historiques viennent se glisser au cœur du récit qui se fait aussi alarmant : « Et c'est ainsi que ces dernières années, on a perdu près de 15 % des coraux dans le monde. Ces coraux qui abritent 25 % de la biodiversité marine alors qu'ils constituent à peine 0,1 % de la surface des océans, qui permettent à un habitant sur quinze dans le monde de subsister, qui enfin protègent les côtes de l'érosion, des vagues et des tsunamis ». Là encore, l'activité humaine, démultipliée, gigantesque : chalutage, utilisations de filets de pêche géants, alors on racle le fond des mers, on arrache tout, pour le profit de quelques-uns. Les récifs coralliens jouent en quelque sorte le rôle de douves d'un château, mais pour la biodiversité, et on les détruit sans aucun ménagement, sans scrupules. Autre activité humaine dévastatrice : le tourisme maritime. Imaginez ces paquebots de croisière de 250000 tonnes transportant 10000 passagers, voguant sur des flots renfermant des trésors. Et le tour est joué, on salope tout, encore et toujours.

Corinne Morel Darleux digresse et se disperse volontiers dans ce documentaire aux mille et une facettes : présentations de livres coups de cœur, sensations sur le bateau, souvenirs de la terre ferme, mais aussi bien sûr des découvertes naturalistes, comme celle-ci : d'autres mammifères, non humains, comme les cétacés, les cétacées plutôt, souffrent de la ménopause. Car « Du fond des océans les montagnes sont plus grandes » est un melting-pot, ce genre de livre fourre-tout dans lequel on picore en apprenant : manuel d'ethnologie, de zoologie, de biologie, guide de survie, évocations de précédents voyages autour du monde, lanceur d'alerte sur l'effondrement de la biodiversité et des écosystèmes à cause des activités humaines et du réchauffement climatique qui en découle. « Il aura donc fallu une glaciation et des millions d'années pour produire le charbon qu'en deux siècles nous aurons quasiment épuisé. Comment ne pas songer à l'ironie de cette histoire. Tous ces bouleversements, ces sédimentations, ce temps infini pour finalement servir à alimenter des applications loufoques et contribuer in fine à asphyxier, par le réchauffement climatique, les forêts tropicales et marines d'aujourd'hui. Des causes inverses produisant les mêmes effets, par l'inconséquence des hommes d'aujourd'hui... Quelle absurdité ».

Cap sur l'île d'Utila dont le sommet culmine à 235 mètres d'altitude, autant dire que la submersion de l'île à brève échéance paraît inéluctable. Un autre constat s'impose : au-dessous de 30 mètres de profondeur, les forêts animales marines sont préservées du réchauffement climatique, mais pour combien de temps ? D'autant que « la somme des savoirs qui disparaît en ce moment est incommensurable », on ne saurait mieux dire. Plus l'homme habite la terre, plus il la rogne et plus « le monde rétrécit ». Et il faut tout l'humour décalé et l'autodérision de Corinne Morel Darleux pour faire passer l'amère pilule.

Livre scientifique, écologiste, lanceur d'alerte, récit de voyage estampillé Nature Writing, journal intime, il aborde beaucoup de thèmes, sans les développer en profondeur, mais c'en est aussi sa force, obligeant le lectorat à se servir de ses doigts pour bien aller chercher sur le net l’information amorcée. Documentaire salutaire en ces temps de catastrophe en cours, il est paru fin 2025 chez les incontournables Libertalia.

https://editionslibertalia.com/

(Warren Bismuth)

mercredi 4 mars 2026

Frédéric PAULIN : Trilogie Tedj Benlazar

 


Confus, le chroniqueur réalise soudain qu’il n’a jamais présenté un seul des livres des excellentes et pertinentes éditions Agullo à son public médusé. Aussi, il décide, en accord avec lui-même, un tir groupé de trois titres en une seule chronique, une trilogie monumentale niveau documentation sur les relations entre la France et l’Algérie, mais pas seulement et loin de là, dont le premier tome s’intitule « La guerre est une ruse », citation empruntée à Mohamed Merah, un islamiste qui ne tardera pas à faire parler de lui.

« La guerre est une ruse » 2018


Débuts des années 1990, la situation politique bouge beaucoup en Algérie. Les élections désormais libres enregistrent des scores élevés pour les partis islamistes et le point de bascule pourrait être rapidement atteint, quelques années après les premières guérillas islamistes. C’est le point de départ de celle qui sera appelée la décennie sanglante ou encore la décennie noire.

Frédéric Paulin nous fait suivre le lieutenant Tedj Benlazar, homme en partie algérien mais exerçant pour les services de renseignements français. Il s’appuie sur de nombreux dossiers montés au fil des années par son comparse Remy de Bellevue de la DGSE, envoyé en Algérie en 1988 à l’époque du parti unique. Des éléments montrent qu’un camp de déportation existe aux portes du Sahara, le camp de Aïn M’guel et abrite des rebelles islamistes. Le climat se dégrade et les relations s’enveniment entre la France et l’Algérie, nous sommes à l’âge d’or de la Françafrique.

Froidement mais avec parcimonie, Frédéric Paulin raconte l’évolution politique de l’Algérie. « En 1990, 80 % des électeurs de Lakhdaria ont voté pour les islamistes aux élections municipales, et Mohamed Yabouche, membre du FIS, a été élu maire. La violence s’est déchaînée quand l’armée a interrompu le processus électoral. Les hommes du GIA sont descendus des montagnes. Des dizaines de policiers se sont fait tuer, les têtes coupées étaient jetées sur le parvis de la grande mosquée, les voitures explosaient dans les rues. Les gendarmes vivaient reclus et barricadés dans leur caserne, la population était abandonnée à son sort », alors qu’une guerre interne entre le GIA et le FIS éclate.

Tout se précipite : manifestations, ennemis du régime torturés avec les mêmes moyens que ceux de la France lors de la guerre d’Algérie, la violence s’intensifie et le FIS est interdit en janvier 1992 après la prise de pouvoir des militaires, l’état d’urgence est déclaré. « Le chaos s’annonce », et la France pourrait bien être débordée et menacée. Quant à la DGSE, elle est en embuscade et cherche à grappiller la moindre information sur les ennemis du régime. Le rôle du Département de Renseignement de la Sécurité (DRS) est éclairci et expliqué.

Ce premier volume revient amplement sur la montée de l’islamisme en Algérie en tant qu’entité politique de premier ordre. Il dépeint aussi les relations internationales entre l’Algérie et le gouvernement français de cohabitation sous le second septennat de François Mitterrand. Avec une écriture parfois quasi journalistique, rugueuse et sans emphase, Frédéric Paulin fait vivre ses protagonistes, au cœur d’un mouvement bien réel, moments historiques de point de rupture. Ses personnages sont d’ailleurs fort bien dépeints et parviennent à rendre l’atmosphère respirable. Roman ô combien noir qui se termine par l’attentat du RER station Saint-Michel-Notre-Dame en 1995. Le possible tant redouté vient de se réaliser : les islamistes viennent de frapper sur le sol français.

« Prémices de la chute » 2019


Des bandes organisées tirent sur des policiers dans le nord de la France, de nombreuses attaques à mains armées du côté de Roubaix pour ceux que l’on ne tardera pas à appeler « Le gang de Roubaix ». Al-Qaïda, l’organisation islamiste montante, pourrait bien être derrière ces exactions d’autant qu’elle a besoin d’argent pour étendre sa propagande internationale.

De son côté, Tedj Benlazar, agent de la DGSE, en héritier de son ami Rémy, décédé, vient d’être envoyé en ex-Yougoslavie pour glaner des renseignements sur la guerre qui fait rage en ce milieu des années 1990. Il assiste au siège de Sarajevo et à l’action de groupes islamistes venant d’Algérie où les frères musulmans égyptiens et saoudiens qui financent en partie l’armée bosniaque. Parallèlement en France, la fille de Tedj, Vanessa, semble s’être entichée d’un homme, Réif Arno, qui en connaît long, il est journaliste.

1993 En Algérie, les islamistes continuent leur pression et le tristement célèbre enlèvement des moines de Tibhirine attire l’attention. Les moines sont retrouvés décapités, Tedj est poussé vers la sortie par sa hiérarchie de la DGSE. Sa retraite va-t-elle s’avérer calme ? Rien n’est moins sûr. « Ça ressemble à une guerre, c’est une nouvelle guerre, une nouvelle forme de guerre ».

Laureline Fell est une responsable de la DST, femme énergique, courageuse et accessoirement investie dans le couple qu’elle forme avec Tedj, désormais recherché pour haute trahison du secret défense. Il part se cacher et change d’identité avant de couler des jours paisibles en Auvergne. Réif, quant à lui, collecte en 1998 des informations sur des attentats islamistes d’envergure à venir et qui pourraient bien être exécutés avec des avions. Mais personne alors ne le croit.

« De 1991 à 1995, des volontaires islamistes sont arrivés d’un peu partout sous couvert d’organisations humanitaires. Des moudjahidine qui revenaient de Tchétchénie ou d’Afghanistan et qui ont importé en Bosnie-Herzégovine le radicalisme wahhabite ». Quant au GIA, il a en partie été avalé par Al-Qaïda de Ben Laden. Ce deuxième volume est un hommage appuyé au journalisme d’investigation par la figure de Réif, c’est aussi des portraits de femmes actives et déterminées.

« Prémices de la chute » est l’histoire contemporaine des pays arabes comme une géopolitique de l’islamisme, avec de fortes ramifications dans les Balkans. Le volume se clôt sur les attentats du 11 septembre 2001 alors que l’action s’étend de 1996 à 2001 avec quelques incursions dans un passé (y compris avant 1996) qu’il faut connaître pour comprendre et appréhender le présent.

« La fabrique de la terreur » 2020


Le dernier volet de la Trilogie Benlazar parcourt les réseaux et ramifications islamistes de 2010 à 2015. En Tunisie, le peuple se soulève contre le Président Ben Ali alors qu'un jeune homme, Mohamed Bouazizi, s'immole dans les rues de Sidi Bouzid. C'est le début du Printemps Arabe. Ben Ali s'enfuit après 23 ans de pouvoir.

Laureline Fell travaille à la DCRI de Toulouse tandis que Tedj Benlazar, en quelque sorte le héros malgré lui des deux précédents volumes, âgé aujourd'hui 60 ans il se met en retrait. C'est sa fille Vanessa, désormais journaliste d'investigation, qui part à son tour sur le terrain. 2011, les islamistes Abdelkader et son frère Mohamed Merah sont pistés par les services de renseignements français. La toute nouvelle DCRI embauche Ihsane Chaoui, une femme parlant couramment l'arabe.

Vanessa se rend en Tunisie, la France bombarde la Libye de Kadhafi, l'occasion pour Frédéric Paulin de revenir avec force documentation sur les mouvements islamistes radicaux depuis le début le début des années 1990. Le Moyen-Orient est devenu une poudrière. En France, des groupes islamistes se forment dans la petite ville de Lunel près de Nîmes, des lycéens au profil de radicalisation s'embrasent en cours dès qu'il est question de sujets traitant du christianisme. Réif, dont la relation avec Vanessa bat de l'aile, est témoin direct des événements en tant que prof. Il est d'ailleurs passé à tabac.

La piste Mohamed Merah est en partie abandonnée par les Services français alors qu'il s'apprête à perpétrer une tuerie du côté de Toulouse. La faillite des services de renseignements est totale et incompréhensible. La DCRI, fusion de la DST et des Renseignements Généraux, deux services pourtant complémentaires, est l'une des inventions hallucinantes de Nicolas Sarkozy, alors Président de la République Française. La DCRI deviendra bientôt la DGSI.

Dans cet ultime volet, il faut géographiquement s'accrocher. Nous allons de la France à la Tunisie en passant par la Turquie, la Syrie, l'Iran, mais loin de faire du tourisme au Moyen-Orient. Car Paulin analyse la géopolitique, les forces en action ainsi que les accords plus ou moins officiels entre divers pays, en un quasi documentaire d'une certaine prise de pouvoir d'Al-Qaida puis de Daech et autre État Islamique, des groupes se développant notamment par les réseaux sociaux où leur discours et leurs vidéos horribles sont très regardés et commentés. La Belgique est pointée à son tour du doigt, avec une radicalisation évidente du côté de Molenbeek, banlieue de Bruxelles.

Par moments, la partie fictionnelle semble presque absente tant les éléments historiques l'emportent, et qu'ils soient racontés par des personnages inventés par l'auteur n'y change rien. Car ces personnages sont nombreux, complexes, se croisent et s'entrecroisent, et la lecture doit se resserrer sur un plan, celui de la partie réelle, d'autant que - et ce n'est que mon point de vue au conditionnel – les peintures des protagonistes sont peut-être un brin moins réussies que lors des deux premiers volets.

De traques en fiascos, de revendications en actions, d'êtres vivants en cadavres, nous sommes témoins de ce tissage complexe des diverses forces islamistes. Jusqu'à ce point qui semble alors culminant : l'attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, attentat que pourtant l'auteur laisse à l'état de grossier résumé, et encore...

Mais l'auteur se dirige, comme aimanté, du côté du combat des Kurdes contre Daech, notamment dans la région de Kobané, en Syrie, près de la frontière turque. Et il paraît indéniable qu'il y a du respect voire de l'admiration pour la lutte de ce peuple en partie ignoré des médias et laissé à l'abandon par la classe politique. Ces pages font partie des plus belles du volet, elles laissent planer comme une lueur d'espoir.

Retour en France, avec ces nombreux attentats low-cost survenus avec pour ainsi dire des bouts de ficelles, en une sorte d'artisanat du djihad alors que la propagande bat son plein. Mais le Moyen-Orient est aussi frappé par des bombes, Daech est en partie financé par une multinationale française, le monde marche sur la tête. Frédéric Paulin tient à soigner sa fin, nous révéler ce qu'il advient de ses personnages. D'ailleurs, cette fin est sans doute ce qu'il y a de plus romanesque dans ces plus de 1000 pages d'une trilogie particulièrement réussie et documentée. Quant à la fin des fins, elle est un horrible retour à la réalité, la vraie, avec l'attentat sanglant contre le Bataclan le 13 novembre 2015. Une trilogie à lire, pour comprendre mais aussi pour ne pas oublier.

« Tu n'as pas compris : les Américains et leurs alliés, ils ne veulent plus aider personne, ils ont peur. Ils ont peur comme jamais, ils croient que nous, les pauvres, tous les pauvres du monde entier, on veut venir chez eux les tuer ».

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(Warren Bismuth)