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dimanche 20 septembre 2026

Leon Ray LIVINGSTON « D'un océan à l'autre »

 


En avant-propos, méfions-nous de ce faux ami, le sous-titre « Sur la route avec Jack London ». Si Leon Ray Livingston (1872-1944) revendique pleinement cette appellation, c'est-à-dire ses aventures avec un Jack London à l'aube de son prestige en 1894, les documents historiques sont pourtant tenaces et ne font état d'aucun contact entre les deux hommes avant 1907. Dans « D'un océan à l'autre », Livingston raconte sa vie de hobo, de vagabond du rail aux côtés de Jack London, tous deux liés à la vie à la mort pour « brûler le dur » (se déplacer sur, sous ou dans des trains clandestinement, sans payer). Si l'un et l'autre ont largement pratiqué la clandestinité dans les trains étasuniens, il semble impossible qu'il l'ait fait ensemble, comme le rappelle Thierry Beauchamp (également traducteur) dans sa très éclairante préface sur le contexte de ce livre.

Livingston imposteur ? Reconnu de son vivant comme affabulateur, mégalomane, adorant se mettre en scène même pour des anecdotes auxquelles il n'a nullement participé, il faut pour le moins attaquer ses récits avec la prudence nécessaire (il était surnommé N°1, vous voyez le genre). N'avons-nous pas connu nous-mêmes ce pote encombrant, qui parle fort, qui gesticule et se vante, qui prend aux autres leurs propres anecdotes pour en faire sienne, qui se place sans cesse en avant, en héros, en redresseur de torts, qui ne peut s'empêcher d'inventer sa vie (la vraie ayant dû sans doute être un brin décevante), d'une manière un peu beauf et surtout pathétique. Méfiance donc. Mais ce qui est certain, c'est que Livingston a bel et bien vécu une jeunesse mouvementée, faisant le trimard depuis ses 13 ans.

Ceci dit, « D'un océan à l'autre » est un document de première bourre sur le monde des hobos, ces vagabonds qui sautaient sur les trains pour voyager à l’œil, prétextant la recherche d'emploi dans une autre ville souvent alors inconnue. Ce monde est ici dépeint sans ombre, pleinement. La (fausse) rencontre avec Jack London aurait eu lieu en 1894, ils auraient convenu de « suivre la piste enfumée » ensemble (brûler le dur, donc), London déjà en partie attiré par l'alcool, Livingston en abstinent.

« D'un océan à l'autre » est un document important sur le fonctionnement des trains de l'époque ainsi que sur les compagnies ferroviaires et leurs employés, qui cherchent à chasser les resquilleurs afin d'être bien vus, ces resquilleurs jouant au chat et à la souris avec les contrôleurs et les flics, des vagabonds sans foi ni loi qui parfois se dépouillent entre eux, certains peuvent même être armés. Les trimardeurs se nomment « touristes » ente eux. Et bien sûr l'alcool coule à flot, la déveine colle aux basques.

Quelques scènes marquent les esprits, je pense à cet employé du rail qui use d'un lourd morceau de fer lesté au bout d'une corde qu'il fait descendre entre deux wagons à la manière d'un pendule pour déloger les clandestins. Nombreuses sont les personnes que les hobos rencontrent durant leurs périples. En effet, entre deux voyages, ils se frottent aux habitants pour aider, gagner de quoi bouffer, ou bien ils font la manche pour obtenir de quoi être hébergés une nuit dans des hôtels spéciaux pour hobos. Ils savent pertinemment qu'ils risquent la prison, voire des peines de travaux forcés. Le document regorge d'expression ferroviaires ou propres aux hobos, et rien que ceci est un petit régal.

Dans « D'un océan à l'autre », guigne et veine cohabitent quasi quotidiennement. Pour ce qui est des souvenirs personnels, bien sûr Livingston se donne le beau rôle, bien sûr il brille en société, il gouaille jusqu'à plus soif et fat marrer ses comparses par de bons mots toujours pertinents. Mais il ne faut pas prendre ce récit au pied de la lettre, plutôt comme un recueil de divers témoignages. Il se lit un peu comme un roman d'aventures avec un fond avéré mais des personnages réels dans lesquels l'auteur se love de manière fictive.

Pourquoi « D'un océan à l'autre » n'est écrit qu'en 1917, soit 23 ans après les faits ? Jack London est mort l'année précédente, peut-être que dans la tête de Livingston, il ne pourrait plus témoigner des mensonges le concernant dans ce livre ? Mais ceci n'est que pure spéculation. En revanche ce qui est certain, comme le rappelle Thierry Beauchamp dans sa préface, c'est que Charmian, la veuve de Jack London, s'oppose à la sortie du livre en l'état : « Elle lui demanda [à Livingston, ndddlr] de ne jamais plus associer le nom de son défunt époux à l'alcool et de ne jamais plus insinuer qu'il ait pu être aidé à écrire ses œuvres ». Et d'une manière élégante et faussement farceuse, Charmian conclut par ce cinglant « Si j'étais « méchante », je pourrais révéler que Jack et vous n'avez jamais été compagnons de route », ce qui paraît d'une grande limpidité sur la création pure et simple de cette amitié entre Livingston et London, Charmian ayant découvert le bien peu honnête subterfuge.

« D'un océan à l'autre » est paru en 2026 aux éditions du Sonneur, déjà coupables du merveilleux « Vagabonds de la vie » de Jim Tully, justement sur le monde des hobos, Tully ayant lui-même bien connu cette existence. Pour aller plus loin dans cet univers, il faudra absolument vous reporter à un autre auteur ayant été très tôt embarqué dans ce mode aventurier, et qui rassemble ses souvenirs dans un somptueux livre, « Les vagabonds du rail ». Son nom ? Jack London !

https://www.editionsdusonneur.com/

(Warren Bismuth)

mercredi 16 septembre 2026

Michel DOUARD « Avant impact »

 


De nos jours, un astéroïde de deux kilomètres de diamètre se dirige irrémédiablement vers la terre et devrait plus précisément entrer en contact avec la France, provoquant des dégâts hors norme partout en Europe. Le gouvernement français décide de protéger ses compatriotes en les aidant dans leur exil vers des pays étrangers et lointains. Ce sont des personnages qui fuient le point d’impact que Michel Douard met en scène. Parmi eux, Luis, ex footballeur professionnel qui doit quitter Tours ; Lucie, son mari et leur fils Tom, autiste, s'enfuient de Paris ; Tonio et David qui s'apprêtent à être libérés d'une prison de Lyon ; Bilal qui fuit Montpellier. Dans un mouvement inverse, Warren, citoyen des États-Unis, vient sauver sa grand-mère, résidente malade dans un Ehpad de luxe à Thonon-les-bains. Quant à Ayan, somalien au passé cabossé, il est en Libye et lui aussi souhaite regagner la France pour d'autres raisons.

Dans ce roman choral, Michel Douard dépeint de très nombreux personnages aux ramifications diverses, tout d'abord en des scènes brèves saisies dans le moment qui précède la panique, car l'Europe entière pourrait bien disparaître suite à la chute de l'astéroïde, et chaque habitant ou presque organise son départ. Mais déjà les pillages commencent, notamment ceux de tableaux du musée d'Orsay. Les banques ferment et la France semble plongée dans une atmosphère d'avant guerre.

« Avant impact » est à ce moment de lecture un roman pré-apocalyptique en forme de parabole, celle de la migration en temps de guerre avec des populations quittant leur pays pour échouer ailleurs, en sécurité, sauf qu'ici ce sont les européens qui doivent aujourd’hui quitter leurs terres, créant un effet miroir sur les voies de migrations, les demandeurs devenant les anciens accueillants, et vice-versa. « Pour la réussite du plus grand exode qu'ait connu l'humanité, les Français doivent se soumettre aux règles de l'état d'urgence. Accepter, au moins dans un premier temps, la destination qui leur est imposée et le moyen de transport qui a été prévu pour chaque famille ».

Les scènes indépendantes du roman, celles de chaque personnage suivi, vont pourtant finir par s'emboîter et ne plus faire qu'une. Car la fuite se passe en partie par mer (les aéroports étant attaqués) dans un roman sans cesse en mouvement, alors qu'un bistrotier breton, avant les embarquements, accueille les démunis et écoule gratuitement ses stocks en attendant l'apocalypse. C'est sans doute le plus beau portrait du récit, hélas il s'éclipse après seulement quelques pages.

« L'astéroïde mesure près de deux kilomètres de diamètre et va nous frapper avec un angle de 80°. Ça veut dire un cratère de près de cinquante kilomètres de circonférence, une boule de feu qui enflammera tout, arbres et habitations, presque instantanément sur un rayon de sept à huit cents kilomètres avec un vent soufflant à quatre kilomètres par seconde. En bonus, vous ajoutez un tremblement de terre de magnitude 9 qui sera ressenti sur les mêmes distances... ».

Soudain le roman prend une tournure de thriller maritime et c'est là que le bât blesse. Michel Douard privilégie l'action à la psychologie des personnages avec lesquels le lectorat passe pourtant de plus en plus de temps. Les caractères sont esquissés mais jamais fouillés, restant à l'état de brouillon mal défini. Pourtant il va nous falloir passer encore plus de 200 pages avec les protagonistes, qui ne cessent d'ailleurs de se multiplier. « Avant impact » bascule dans un roman de gangsters en mode maritimo-viriliste. Les testostérones tournent à plein régime et l'omniprésence d'une figure du récit, Freddy, est telle qu'elle écrase le scénario, le rendant confus. Car Freddy c'est le mal absolu, on l'aura immédiatement compris, mais l'auteur insiste tant et plus sur les prises de lignes de coke, d'insultes, d'alcool, de scènes de gros bras, car son Freddy est sans cesse prévisible, il est de ces personnages qui n'apportent rien au scénario dès qu'ils sont en représentation et volent la vedette tout en tirant l'énigme vers le bas.

C'est dommage, car « Avant impact » s'annonçait bien par ses 150 premières pages (il en comporte tout de même 396). Hélas la seconde partie est éloignée à ce point de la première que nous avons le sentiment d'avoir été propulsés sur un autre plateau, où le huis clos veut jouer un rôle de « suffocateur », mais ne parvient qu'à emmêler le scénario. Les bastons, les intimidations remplissent le cadre et le cahier des charges mais plus grand-chose de réellement « humain » ne se produit, plus rien ne vibre. Même le drame à venir semble avoir été comme oublié, on préfère jouer les cadors sur des bateaux à destination de l'Afrique.

« Avant impact » avait tout d'une histoire séduisante, il se révèle un roman un peu fouillis duquel on cherche finalement à s'extraire tant les personnages sont des croquis inachevés. Il vient de paraître chez City, et malgré sa première moitié alléchante, il ne m'a guère convaincu. En outre il n'évoque jamais (en 400 pages tout de même) les conséquences d'une catastrophe telle que celle décrite sur le désastre nucléaire avec des centrales rasées de la surface de notre sol. Et ceci est pour le moins curieux.

J'ai reçu ce livre dans une version « épreuves non corrigées », je suis désolé de ne pas pouvoir défendre ce roman qui m'aura laissé un goût amer de travail peu approfondi.

(Warren Bismuth)

dimanche 13 septembre 2026

Baptiste MORIZOT & Laurent NEYRET « Liberté, dignité, habitabilité »

 


[Préambule]

Lorsque j'ai créé ce blog en août 2017, résonnait facétieusement cette petite phrase irréaliste : « à ma 1000e publication, j'arrête ». J'étais alors persuadé que cet événement n'adviendrait jamais, le chiffre 1000 me paraissant hors d'atteinte, à des décennies du présent de 2017. Pourtant, à peine plus de 9 ans plus tard, nous y voilà. Et je devrais donc, au nom de la probité, tenir parole, et stopper toute activité sur ce blog à cette minute même, faire mes adieux sans ce tonnerre d'applaudissements, sans ces confettis pleuvant du plafond, sans ce coup du chapeau qui précède la sortie de scène. Mais parole d'ivrogne (que je ne suis pourtant plus depuis fort longtemps), mon implication dans ce travail bloguesque est réelle et presque totale. À vraie dire, je n'envisage pas à ce jour une vie sans lui, même si cette dernière est bien entamée. Alors je continue. Parce que les liens créés avec d'autres blogs mais aussi simples humains, parce que cette envie d'écrire, de partager, de découvrir et faire découvrir, parce que les challenges (mensuel et trimestriel), parce que les partenariats avec des maisons d'éditions (merci !), autrices et auteurs (itou !). Parce que tout cela combiné me procure un vrai plaisir, une activité culturelle épanouissante, un but, parce que cela semble logique pour prolonger mon métier de bibliothécaire. Et parce que vous m'apportez beaucoup. Je ne sais pas si je dois écrire « cap sur la 2000e », mais en tout cas The show must go on, alors allons-y gaiement, main dans la main. Et ce plaisir est accentué par la chronique du jour, un manifeste crucial pour les droits du Vivant.

Un « Tracts Gallimard » grand format fort bien venu en cette période d'effondrement de la biodiversité et du mépris du Vivant. Un juriste, Laurent Neyret, et un philosophe, Baptiste Morizot que l'on ne présente plus, unissent leurs forces et leurs compétences pour un texte à quatre mains d'une soixantaine de pages. Un texte important.

Morizot et Neyret ont travaillé dix ans sur ce texte, véritable plaidoyer pour les droits de la nature, du Vivant. Le mot clé est habitabilité. Afin que la planète soit habitable par toutes et tous, pour toutes et tous, qu'il n'y ait pas de petits malins (l'humain par exemple) qui en fasse sa propriété, son hochet, son joujou. Le texte est en fait rien moins qu'une proposition de loi, le « Principe habitabilité ».

« Le Principe habitabilité, dans cette logique, ne vise pas à empêcher chaque atteinte environnementale – pas plus que la dignité n'a empêché tous les crimes. Il vise à nous faire collectivement recouvrer la vue. Une valeur protégée ne supprime pas le mal, elle supprime la tranquillité du mal. La possibilité de faire le mal en paix. Elle retire au crime sa banalité. Elle rééquipe la conscience collective. Et c'est alors qu'une société peut réellement se défendre. Car nul ne peut combattre efficacement ce qu'il ne reconnaît pas encore comme un crime. La dignité a nommé ce qu'on ne doit jamais faire à un humain. Le Principe habitabilité nomme ce qu'on ne doit jamais faire à un monde ».

Le mouvement du « Principe habitabilité » est déjà créé, il suffit d'en faire une force collective, en proposer un nouveau système, celui qui admet l'interdépendance entre l'humain et la nature, souhaite en vider la notion d'anthropocentrisme. Oui mais il y a le poids des multinationales. Il faudra rendre certaines de leurs pratiques illégales, les faire payer, cher. Car notre monde a besoin d'une boussole, de valeurs qui ont eu tendance à s'évaporer dans l'air (pollué). L'effondrement que l'on perçoit de plus en plus clairement, ne signifie pas obligatoirement la mort mais « La fermeture des possibles », c'est-à-dire une condamnation à cette mort.

Et l'évidence, qui frappe, dans ce texte bref mais dense : « Sans pollinisateurs, tous les humains ne mourraient pas de faim. Le blé, riz, le maïs – les calories de base – sont pollinisés par le vent. Certains pourraient peut-être survivre. Mais 75 % des cultures vivrières dépendent des pollinisateurs pour leur rendement ou leur qualité : les fruits, les légumes, le café, le cacao, les amandes. Sans eux, on perd la diversité des nutriments qui fait la santé, la robustesse immunitaire, mais aussi les saveurs, les textures, les couleurs. On perd les cuisines du monde. On perd les fêtes où l'on partage des fruits. On perd la possibilité de transmettre des recettes à ses enfants. C'est l'appauvrissement d'une forme de vie où manger n'est pas seulement se nourrir, mais se renforcer, se guérir, goûter, partager, célébrer ».

Les deux auteurs rappellent le rôle crucial des forêts. Sans elles nous n'existons pas, nous avons pourtant tendance à l'oublier. Il en est de même pour les récifs coralliens. Autre rappel : celui des guerres passées, mortifères et polluantes pour longtemps. « Nous avons condamné l'Agent Orange comme crime de guerre. Mais ce que nous faisons à nos milieux et nos corps, et aux possibles de la vie autour de nous et en nous, nous ne le nommons pas. C'est plus lent, plus diffus, plus ordinaire – donc invisible. Pourtant la structure est identique : destruction des producteurs d'habitabilité, atteinte aux corps, transmission intergénérationnelle, fermeture des possibles ».

Dans un discours alarmiste mais non désespéré, les deux auteurs, tout en ayant conscience de l'ampleur de la tâche, entrevoient une possible éclaircie : ils n'oublient pas que le procès de Nuremberg a fait évoluer les mentalités sur les crimes de guerre, espèrent que le « Principe habitabilité » ouvrira des possibles pour ne plus détruire ce qui nous nourrit, ce qui nous fait vivre, tout simplement. Ainsi nous retrouverons une dignité du Vivant. Le chemin est encore long, mais rien n'est inexorable.

Sous-titré « Donner au siècle la valeur qui lui manque », ce texte est profond et salutaire. Il nous met en face de nos crimes, ou tout du moins de notre complicité, notre passivité. Les tribunaux devront être armés pour sanctionner sévèrement les manquements au respect de l'habitabilité. Ce manifeste très fort est paru cette année, il est à distribuer, à faire circuler urgemment.

(Warren Bismuth)

dimanche 6 septembre 2026

Olga TOKARCZUK « Les Pérégrins »

 


« Les Pérégrins » sont celles et ceux qui pratiquent la pérégrination, par le biais de voyages, ceux mêmes qui forment la jeunesse, mais pas seulement. Et Olga Tokarczuk déploie tout son génie pour en parler, par des nouvelles de longueurs variées, mais aussi de petites brèves, comme philosophiques, punaisées comme des aphorismes, coincées entre deux nouvelles, parfois au cœur d'une seule et même nouvelle à rallonge. Après être revenue sur le processus d'écriture, elle se lance. Et c'est un feu d'artifice. Des personnages esquissés mais déjà aboutis pour des nouvelles sur le thème du voyage, un tourisme agrémenté d'un besoin de rencontrer l'autre, de le connaître un peu mieux, d'échanger et de s'ouvrir au monde. Des tranches de vies, des témoignages réels ou inventés, dans des aéroports des gares des avions des trains, sur des bateaux en une mosaïque du savoir. Car dans ce monde en perpétuel mouvement qui donne un peu le tournis, Olga Tokarczuk sait pourtant s'arrêter pour disséquer. Car il est beaucoup question d'anatomie, contemporaine comme ancienne, avec plusieurs arrêts autour du XVIIe siècle. Ces nouvelles fouillent le passé, telles des archéologues décidés à mettre à jour une trouvaille d'importance.

« La ligne Irkoutsk-Moscou. L'avion décolle d'Irkoutsk à huit heures du matin et arrive à Moscou à la même heure – huit heures du matin, le même jour. C'est le moment où le soleil se lève ; ainsi, tout le vol s'effectue à l'aube. On demeure dans le même instant, qui s'étire comme un immense et paisible. Maintenant, aussi vaste que la Sibérie. Ce devrait être un moment propice à la confession de toute une vie. Le temps s'écoule à l'intérieur de la carlingue, mais ne ruisselle pas à l'extérieur ».

Le nomadisme décrit dans le résumé du livre est plutôt un ensemble de voyages par des personnages aisés (le nomadisme est tout de même souvent associé à la pauvreté) même s'ils font bien sûr connaissance de vagabonds (peu). Ici le nomadisme est perçu comme un simple mouvement perpétuel de population par le biais de transports souvent assez chers, et le travail de l'autrice consiste à ratifier ces moments, car « Le papier a été inventé pour véhiculer des idées », notamment ici celles ayant trait à la science, à l'anatomie jusqu'à la momification, en un travail pour la mémoire collective. Laisser des traces afin qu'elles soient découvertes par les futurs archéologues, justement. « Autrefois, on implantait les aéroports à la périphérie des grandes villes, comme leur complément, à l’instar des gares. Mais, de nos jours, ils ont acquis suffisamment d'autonomie pour avoir leur propre identité. Et, dans un avenir très proche, on pourra dire des villes qu'elles sont les annexes de l'aéroport, dédiées au travail et au repos. On sait bien que la vraie vie rime avec le mouvement ».

Entre nouvelles à structure charpentée et amorces d'essais, ce livre étonne et pétille, il renferme le savoir, tout le passé du monde en « Atlas du corps humain » aux pointes de fantastique, tout en saupoudrant généreusement de révolte ingénieuse. Fin et subtil, il crée des ponts entre ses histoires, voyageant à la fois par les inventions de tous temps autour du monde mais aussi géographiquement dans ce même univers, tout en nous entretenant de bizarreries, de la cruauté des hommes, de la souffrance des animaux. Car Olga Tokarczuk est conscientisée par la souffrance animale régie par l'Homme, et elle la dénonce. « Tu sais, le vrai Dieu est animal. Oui, Il se cache dans les animaux ! Et parce qu'il est tellement proche de nous, nous ne Le remarquons pas. Il se sacrifie pour nous, Il meurt tous les jours pour nous. Il nous nourrit de Sa chair, nous vêt de Sa peau et nous laisse tester des médicaments sur Lui, pour que nous puissions vivre mieux et plus longtemps ».

« On dirait que la mémoire est un tiroir bourré de documents ». Cet ample patchwork de la connaissance sait impressionner jusque dans la narration que l'autrice contrôle de manière impressionnante, discourant de thèmes brûlants comme l'euthanasie (toujours une histoire de corps), entrecoupant ses nouvelles d'anecdotes couchées en quelques lignes et fort possiblement des récits de vie personnelle, en une possible autofiction distillée.

L'enterrement de Frédéric Chopin est relaté et décrit avec les yeux de Louise, sa sœur. La mosaïque s'étend sur plusieurs continents, plusieurs époques. « Pareil savoir avait quelque chose d'inhumain ».

« Les Pérégrins », objet littéraire non identifié, fut écrit en 2007 et traduit en 2010 par Graźyna Erhard pour le superbe éditeur Noir sur Blanc.

« Un jour, un ami m'a dit qu'il n'aimait pas voyer seul. Dès qu'il voyait quelque chose d'extraordinaire, d'inédit, de beau, il brûlait d'envie de partager son enchantement avec quelqu'un, à tel point qu'il se sentait malheureux s'il n'avait personne à ses côtés. À mon avis, en voilà un qui n'est pas fait pour être pérégrin ».

https://www.leseditionsnoirsurblanc.fr/

(Warren Bismuth)

mercredi 2 septembre 2026

Marie-Hélène LAFON « Le pays d'en haut »

 


Le pays d'en haut, c'est bien sûr le Cantal, plutôt son nord, juché à 1000 mètres d'altitude, celui que Marie-Hélène Lafon s'évertue à décrire depuis 25 ans. La collection Versant intime invite un auteur, une autrice, à se dévoiler dans le jeu d'une interview menée par Fabrice Lardreau. Et ici c'est Marie-Hélène Lafon qui s'assied sur le canapé.

Grandir sur une terre de moyenne montagne dans une ferme isolée, entourée de champs et de bois, c'est le parcours de l'autrice qui a pourtant su très vite qu'elle quitterait ses terres natales pour étudier ailleurs, loin à la grande ville. Ce n'est d'ailleurs pas la seule à avoir choisi cette option, le Cantal étant par nature une « terre notable d'émigration ». La montagne, la vraie, la haute, elle l'a découverte par le biais de la télévision, quand, jeune, elle suivait avec toute sa famille les étapes du Tour de France. Elle analyse ici la différence entre moyenne et haute montagne.

À l'instar de Annie Ernaux qu'elle connaît par ailleurs, Marie-Hélène Lafon est un transfuge social, ayant tourné le dos à sa « classe » pour s'émanciper et s'affranchir. Sa classe à elle, c'est la paysannerie par héritage, où l'on se doit de reprendre le domaine agricole, ce que Marie-Hélène Lafon se refusera à entreprendre. Elle a rejoint un pensionnat religieux de Saint Flour à l'âge de 12 ans et en livre ici ses souvenirs. C'est en 1980, à 18 ans, qu'elle s'exile à Paris pour ses études.

Marie-Hélène Lafon se définit volontiers comme orgueilleuse, et passe chaque année plus de deux mois dans le Cantal. Car si elle a quitté le mode de vie de sa famille, elle reste profondément attachée à elle ainsi qu'aux terres noires du Cézallier, une région isolée et tourmentée entre Cantal et Puy-de-Dôme. Cette terre, couplée avec l'indispensable marche en nature, lui permet de diluer son esprit afin de préciser sa pensée, chaque mot se mettant alors en place dans le cadre d'un projet littéraire.

Dans ce beau témoignage, Marie-Hélène Lafon raconte son enfance avec pudeur et sobriété, ainsi que ses techniques d'écriture : « J'ai toujours le sentiment que mes livres comportent trop de gras, un trop-plein dont je me méfie énormément. La poésie représenterait pour moi l'épure ultime, dans laquelle le blanc monte, mange la page, la noie de silence. Je cherche constamment à élaguer. Ce souci de l'épure est sans doute lié à l'austérité et au dénuement des paysages arasés dans lesquels j'ai grandi. La boucle se boucle... Il y a une volupté du dénuement, une ivresse de l'âpreté ». Car sa terre est fertile, y compris pour son œuvre littéraire qui s'abreuve des paysages uniques du haut Cantal. Mais n'y voyez là aucune nostalgie. Non seulement l'autrice la réfute mais condamne ce sentiment, tout comme elle se défend avec justesse d'être une autrice de terroir, justement par l'absence totale de cette nostalgie. Puis, toujours calmement, elle s'engouffre « dans les plis de silence ».

L'exercice de cette collection est aussi pour les invités de présenter quelques textes qui les ont marqués, qu'ils ont envie de partager avec leur lectorat avec une amorce qu'ils ont rédigée. Ici, ils sont appelés « Lectures montagnardes ». Ce sera d’abord presque naturellement le texte de la chanson « La montagne » de Jean Ferrat, puis un extrait des « Chroniques des justes altitudes » d'Alexandre Vialatte, suivi de quelques paragraphes des « Carnets du grand chemine » de Julien Gracq, enchaînant par un extrait issu de « Ennemonde et autres caractères » de Jean Giono ». La littérature contemporaine est aussi représentée avec un extrait de « Au commencement du septième jour » de Luc Lang, l'exercice se terminant par quelques lignes d'un poème de Philippe Jaccottet.

Ce livre nous éclaire sur la personnalité de Marie-Hélène Lafon même si elle a su nous guider tout au long de son œuvre. Il est paru en 2019. L'autrice a continué son chemin depuis et demeure une autrice à part dans le paysage littéraire français.

(Warren Bismuth)


dimanche 30 août 2026

Marcel PAGNOL « Topaze »

 


C'est reparti ! Je veux bien sûr parler du challenge mensuel « Les classiques c'est fantastique » du blog Au Milieu Des Livres, qui rempile pour une année supplémentaire avec cette saison estampillée 7, où encore une fois les thèmes alléchants vont faire sortir Des Livres Rances de sa zone de confort. Tant mieux. Le premier thème est ouvert à tous les vents (marins), il a pour nom Marcel Pagnol, et Moka nous propose de passer l'été avec lui.

Tiens, si je me coulais dans la peau de nombre d'écrivains ouverts sur le monde et me mettais à parler... de moi ? Rassurez-vous, ce ne sera pas long. Enfant, je n'ai pas été élevé dans le culte de la culture ni de la lecture. Nous n’avions qu'une très modeste bibliothèque, un beau meuble (certes brinquebalant) mais bien vide. Parmi les quelques livres trônant figuraient pour la plupart des romans à couvertures rigides des éditions France Loisirs ou des documentaires sur la guerre d'Algérie. Mais je me souviens de quelques pièces de théâtre de Marcel Pagnol en format poche, et je me rappelle parfaitement leurs couvertures. Celle de « Topaze » était ornée du visage de Fernandel (qui avait incarné le personnage au théâtre), était parue chez Presses Pocket. En faisant une simple recherche, j'ai retrouvé une date de parution chez cet éditeur pour ce titre précisément : 1976. Ça colle. Je me souviens que Marcel Pagnol (et peut-être même « Topaze ») est l'un des premiers auteurs (le premier ? La mémoire ne me revient pas si précisément) dont j'ai ouvert un livre. Quant à savoir si j'ai lu Topaze ? Là non plus, je n'ai pas d'indice, mais je suis persuadé de l'avoir tout au moins parcouru. Je crois simplement savoir comme je viens de l'écrire que Pagnol fut sans doute, par le biais de ces quelques titres disponibles chez mes parents, le premier auteur que j'ai lu, d'où une certaine tendresse de le retrouver près de 50 ans plus tard. Fin de l'autobiographie, vous pouvez vous réveiller.

« Topaze », écrit en 1928, est une pièce en quatre actes dont le personnage principal s'appelle justement Albert Topaze. Il est prof dans une école de ville, à la maison Muche, alors que les classes ne sont pas encore mixtes. Homme naïf mais incorruptible, il s'applique à donner des cours de morale, tout en étant attiré par Ernestine, la fille du directeur de l'établissement, monsieur Muche, homme qui joue à l'aristocrate, au caractère autoritaire mais qui s'aplatit dès lors que surgissent des puissants. Un lâche. L'ami de Topaze, Tamise, lui donne force conseil afin de séduire la jeune femme. Fort de ces informations, Topaze tente un rapprochement physique, mais est vite repoussé par Ernestine. Il est exclu de l'école.

Le conseiller municipal de la ville est un homme fat, prétentieux, suffisant et surtout peu probe et magouilleur pour acquérir des marchés payés par la municipalité, on dirait aujourd'hui des conflits d'intérêts. À la suite de circonstances assez spéciales, il embauche Topaze, alors chômeur, comme homme d'affaire, le propulsant propriétaire d'une grosse entreprise gérée en sourdine par la mairie. Toujours naïf, Topaze accepte. Il vient d'entrer dans un monde géré par le fric et la cupidité.

Sur un ton léger et humoristique, Marcel Pagnol traite pourtant un sujet délicat : la corruption des élites. Plus précisément, celle du peuple fréquentant ces élites d'un peu près. Quant à Topaze, son air niais en fait le pigeon rêvé : « Cher monsieur, en affaires, il est souvent très bon de prendre l'air idiot, mais vous poussez la chose un peu loin ». Topaze n'est qu'un prête-nom à la grosse entreprise nébuleuse du conseiller municipal, tout ceci pour les yeux d'une femme, Suzy, dont Topaze est entiché, alors qu'elle est la maîtresse de l'élu. Sur fond de mensonges et d’hypocrisie, de machiavélisme même, la pièce garde ce ton printanier et désinvolte, Topaze réalisant qu'il est le dindon de la farce. Il est victime d'un système et devient soumis et las, d'autant qu'un journaliste véreux entre en piste et que tout le système semble gangrené. À moins que...

« Mais non, vous ne regrettez rien, puisque vous avez obtenu ce que vous désiriez : un homme de paille soumis et timide ; ainsi, vous gagnez de l'argent, et vous vivez dans une sécurité trompeuse auprès de celui que vous aimez ; vous l'aimez, cet homme, cet abominable gredin, cet abcès politique, cette canaille enflée qui verra quelque jour fondre sa graisse jaune au soleil des travaux forcés ! ». À ce stade, la morale chère à Topaze l'a emporté, le discours de Pagnol aussi. C'est mal connaître l'auteur, qui contre toute attente renverse la table, transformant cette pièce gentillette en fable immorale.

Ce fut un plaisir de retrouver Pagnol. Bien sûr l'anecdote contée au début de cette chronique y est pour beaucoup, le style de la pièce est daté et peut sentir la naphtaline et la poussière d'antan. Il n'empêche. Et puis c'est étonnant de le voir lui-même, Pagnol, comme hypnotisé par la malhonnêteté des personnages de son invention. Quant aux images, on les perçoit, en noir et blanc bien sûr, elle représentent elles aussi un pan de la jeunesse révolue, ont un petit goût de madeleine. Et si comme la madeleine il ne faut sans doute pas trop en abuser, mais une petite de temps en temps fait passer le goût du temps.

(Warren Bismuth)



mercredi 26 août 2026

Barbara KINGSOLVER « Petit miracle et autres essais »

 


Les 23 textes qui composent cet essai de 2002 ont été écrits au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Biologiste de formation, Barbara Kingsolver nous embarque dans son univers, celui de la nature sauvage, en nous demandant de nous méfier des images toutes faites : « Les ours et les loups sont nos ennemis archétypaux de contes de fées, et par ces contes, ce que nous apprenons à nos enfants c'est uniquement, et perpétuellement, à les tuer, plutôt qu'à passer devant eux sur la pointe des pieds en les laissant dormir ».

En 2002 le réchauffement climatique est déjà à l’œuvre et la biodiversité commence à s'effondrer. Les responsables sont en partie les multinationales, sans limites ni scrupules. Barbara Kingsolver nous entraîne dans les beautés majestueuses de la nature, les canyons notamment, avant qu'il ne soit peut-être trop tard. Elle en profite pour glisser quelques réflexions philosophiques, culturelles ou religieuses, dressant un portrait peu reluisant d'une Amérique égoïste et toute puissante ne demandant qu'à soumettre l'autre partie du monde.

La nature et sa luxuriance, ses apports sans cesse renouvelés pour le simple confort humain, pour la vie même aussi, bien sûr. L'autrice s'appuie régulièrement sur des pensées d'auteurs de Nature Writing, plusieurs textes sont écrits à quatre mains avec son mari, Stephen Hopp.

La vie des rivières, l'évolution de notre rapport à la nature, l'alerte prononcée sur l'état catastrophique de la biodiversité – l’autrice prévoit un effondrement majeur imminent - avait-elle tort ? - c'est un véritable manifeste écologique que Barbara Kingsolver a concocté. Nous, humains, désirons posséder la nature, la contrôler, la faire nôtre, il n'y a pas plus grande erreur possible sur terre. L'autrice et poétesse s'en explique avec délicatesse et détermination, tout comme elle condamne scientifiquement les OGM, qui font partie de cette volonté de contrôle.

Ce livre est aussi la vie de la forêt au Mexique, les vestiges Mayas et leurs pyramides. Mais retour chez soi avec le circuit de la nourriture dans le monde, circuit qui interroge, qui fait peur, qui rend coupable. Kingsolver est pour une consommation locale, la plus propre possible, pour une décroissance calculée et consciente, contre la surconsommation actuelle (les exemples donnés par l'autrice sont saisissants). « En moyenne, un produit alimentaire servi à un consommateur américain a parcouru presque deux mille kilomètres pour arriver jusqu'à lui. Si l'individu moyen mange à peu près dix produits par jour (et la plupart d'entre nous en mangent plus), en l'espace d'une année sa nourriture aura parcouru presque huit millions de kilomètres sur la terre, sur la mer et dans les airs. Représentez-vous un camion chargé de pommes, d'oranges et de laitues iceberg qui ferait dix fois par an l'aller-retour de la Terre à la Lune rien que pour vous. Multipliez par le nombre d'Américains qui aiment manger – représentez-vous cette flotte de 285 millions de camions en route pour la Lune – et osez me dire que ce n'est pas le moment de revoir le scénario ! ».

Il est temps d'arrêter de lire ou d'écouter ce pitre de Jean-Marc Jancovici, le VRP nucléocrate du capitalisme vert, lisez plutôt Barbara Kingsolver qui pose les bonnes questions en tentant de donner les meilleures réponses possibles, sans aucune arrogance, contrairement à son homologue français. Les propos de Kingsolver sont réfléchis et élaborés, pertinents.

L'autrice a grandi dans une famille croyante et conservatrice, elle en garde encore quelques réflexes parfois inconscients. Elle parle ici peu d'elle, mais revient sur l’éducation qu'elle a donnée à ses deux filles dans une lettre destinée à l'une d'elles. Puis elle écrit à sa mère à qui elle confie un viol qu'elle a subi. De ses enfants, le propos se fait plus global, vers les alors récentes différentes tueries dans les écoles étasuniennes. Et de fil en aiguille, le 11 septembre, qu'elle analyse de manière humaniste, sans fatalisme ni fanatisme, brièvement. Ce qui l'intéresse est le global, le sort des sans-abris par exemple.

La littérature n'est jamais loin. Aussi, Kingsolver revient sur l'exercice de la nouvelle, sur ses débuts de carrière, sur le sexe en littérature avant d'amorcer un sujet plus épineux : le nationalisme. Si l'autrice se considère comme « libertaire civile », elle dit aimer son pays pour l'humanisme qu'il peut dégager, pas pour son incessant rapport de forces avant ses interlocuteurs internationaux. Pacifiste, elle est aussi adepte de l'autodéfense et se met à nu dans un texte courageux sur le sujet. Le livre se clôt par un manifeste pour la tolérance et contre la haine.

Vous l'aurez compris, lire Barbara Kingsolver c'est s’immiscer dans les pensées et les revendications d'une citoyenne engagée et aux valeurs complexes, c'est accepter de se faire maltraiter (à juste titre) pour mieux réfléchir à ce que nous sommes, c'est apprendre sur la nature, sur nous-mêmes, c'est se faire humble. Pour parvenir à ces questionnements, Kingsolver utilise l'humour, fin et subtil. Elle est une autrice qui peut aisément être rapprochée de ses consœurs Kathleen Dean Moore et Terry Tempest Williams. Je la découvre, mon prochain défi sera d'explorer plus en avant son œuvre, c'est dire si ce livre m'a convaincu. Je vous reparlera donc de Barbara Kingsolver, c'est une certitude. Le présent livre, paru chez Rivages en 2002, est traduit par Dominique Peters, Valérie Morlot et Julie Sibony.

(Warren Bismuth)