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mercredi 12 mars 2025

Ariadna CASTELLARNAU « Brûlées »

 


Surprenant texte ! Sentiment premier d’un recueil de nouvelles, puis l’esprit se brouille, se questionne. Est-ce plutôt un roman ? Ou des fragments, une suite sans logique, des papiers épars ? Il faudra attendre la fin du récit pour que la lumière soit (en partie) faite.

Après une catastrophe d’ampleur (appelée « le mal »), un monde tente de survivre, héritier de l’ancien, ou plutôt du nouveau monde. Du désastre ayant plongé la terre dans le chaos, nous ne saurons rien. Des habitants des villes partent se réfugier à la campagne ou dans les bois, pour certains il s’agit d’un retour ainsi que d’un souvenir de l’enfance. Dans un climat post-apocalyptique, des femmes prennent leur destin en main, au risque d’abandonner leurs enfants qui devront être livrés à eux-mêmes.

Des cadavres, certains encore vivants mais cadavres tout de même, des humains transformés en animaux, plus grand-chose ne subsiste. Les objets rescapés de « l’avant » sont pillés, la fin semble proche. Même l’or de ne vaut plus rien. C’est un monde redevenu moyenâgeux, la technologie a complètement disparu, seule la survie compte. Les habitants que nous suivons n’ont aucune nouvelle du reste du monde, ils évoluent en vase clos, cherchant pour certains une petite place pour mourir.

Les chapitres sont comme des instantanés d’une vie terrestre à l’agonie, des loques surgissent de nulle part, et les Prieurs sont partout. Ce sont des errants qui n’ont plus rien pour vivre. Ils marchent sur leurs genoux et réclament de l’aide. Mais comment en obtenir car les mieux portants sont également malades, faibles et affamés ?

« Le ciel s’obscurcit et s’éclaircit à mesure que les rafales dispersent les nuages ici et là. Peut-être pleuvra-t-il plus tard, ou peut-être ne tombera-t-il pas une seule goutte d’eau de tout le prochain mois. Les cendres des incendies saturent le ciel en provoquant des changements de temps radicaux ». Car incendies il y a eu. Un peu partout. Les villages alentour sont encore fumants.

Et incendies il y aura, car les familles commencent à dresser des bûchers, de vêtements, de jouets, de vieux objets, du monde d’avant, comme s’il fallait en faire disparaître tout témoignage par le feu, dans une société dynamitée ou même un simple « ça va ? » demande une longue réflexion.

« Alors elle sentit la présence du garçon dans son dos et s’arrêta brusquement. Elle voulait lui expliquer qu’elle ne pouvait pas l’emmener. Que le salut était individuel, que le monde qui s’annonçait était aussi dur que ça. Mais elle qui avait vécu loin ne dit rien. L’enfant devrait apprendre tout cela tout seul, si jamais il survivait ». Et si ce monde-là n’était pas si éloigné du nôtre ?

Le talent de ce texte est dans son opacité. Non seulement l’autrice laisse planer le doute sur les causes de la catastrophe, mais elle ne donne aucune indication géographique et très peu d’indices pour délimiter « l’avant », stoppé par « le mal ». On ne saura pas grand-chose des personnages qu’elle met en scène dans un paysage étouffant, déshydraté, vidé de sa substance. Une série de brèves nouvelles ? Tout l’indique jusqu’à la réapparition de certains protagonistes, et là tout s’imbrique intelligemment, comme un puzzle en pleine construction, avec de petites touches concernant des scènes déjà évoquées, et qui reviennent, contées par d’autres lèvres. Pour le reste, Ariadna Castellarnau n’explique rien, laissant libre cours à notre propre imagination, nous laissant carte blanche pour imaginer le passé.

Roman intimiste bien qu’il traite de l’état de notre planète toute entière, il est peuplé de zombies mais aussi de personnages plus forts, les femmes notamment, car les hommes se sont écroulés sous leurs médailles, leurs acquis, et ce sont les femmes qui désormais pilotent l’avenir. C’est ainsi que « Brûlées » peut être vu comme un roman féministe, avec ces héritières des sorcières que l’on a brûlées jadis. Quand soudain, une envie de guirlandes pour égayer ce décor apocalyptique…

Fable féministe donc, mais aussi dénonciation de la surconsommation, du superflu, pour l’autosuffisance et le retour aux valeurs simples de l’existence. Car cette dystopie n’est pas tragique, elle laisse entrevoir une porte de sortie, encore faut-il faire l’effort de tout reprendre de nous-même et d’oublier le vieux monde, celui que l’on a pourtant nommé le nouveau, dans lequel nous vivons. Ariadna Castellarnau, catalane dont c’est ici le premier roman, nous embarque dans un imaginaire crépusculaire tout en nous faisant acteurs. Elle déjoue tous les plans structurels, et il nous faut nous armer de patience pour trancher quant au format. Paru originellement en 2018 aux belles éditions de L’ogre, il vient juste d’être réédité en poche chez le même éditeur, collection Sirènes. Il est de ces petits livres originaux et comme artisanaux que l’on se flatte d’avoir lu. Il est superbement traduit de l’espagnol par Guillaume Contré.

https://editionsdelogre.fr/logre/

(Warren Bismuth)

dimanche 30 avril 2023

Six autrices « L’étrange féminin »

 


Ce recueil de nouvelles est bien étrange, comme son titre le laisse présager. Ici pas question de rester les pieds sur terre, et nous allons même parfois flirter avec le fantastique. Six autrices contemporaines offrent chacune un récit, une nouvelle. Trois d’entre elles s’appuient sur des références littéraires, trois autres vont partir de leur seule imagination.

Pour les premières, nous retrouvons la nouvelle intitulée « Une robe couleur de souffrance », où Clara DUPUIS-MORENCY part de « La marquise de Sade » de RACHILDE, femme fascinée par la violence, dans un long poème gothique en prose et empli de souffrance. Hélène FRAPPAT s’inspire de la vie de Mary SHELLEY (la créatrice de « Frankenstein ») au XIXe siècle dans un récit fort et sombre, « Cette nuit ne finira donc jamais », où elle revient sur la mort de la mère de la petite Mary lorsque celle-ci n’a que 11 jours, cette même Mary qui, une fois adulte, perd son enfant et se voit en meurtrière. Doublement. Marie COSNAY choisit le classique « Les hauts de Hurlevent » de Emily BRONTË pour dresser un parallèle entre ce qu’elle y a lu adolescente et les échos avec son propre parcours dans les Landes. Un texte exigeant, qui convoque par exemple Énée et Didon.

Les trois autres textes, de pure invention ceux-ci, sont aussi signés par trois autrices. « La femme du fleuve » de Caroline AUDIBERT est un récit glacial où un violent orage tourne au déluge sous lequel se trouvent notamment deux véhicules. Le style de cette nouvelle est puissant et proprement apocalyptique, c’est celui qui entame le présent recueil.

Dans « Jaune vif, veiné de noir », Bérengère COURNUT présente une forêt onirique aux débuts de la création avec une créature mi-animale mi-minérale, dans un texte obscur, préhistorique et savamment mythologique.

Le recueil se clôt sur « Niglo » de Karin SERRES, un autre texte fort curieux où des translucides vivent dans un aquarium de laboratoire humain, celui des « nage-pas ». Les translucides sont avant tout utilisés pour servir de réservoirs à organes. Karin SERRES se plaît à nous plonger à la fois dans l’aquarium ainsi que dans un univers énigmatique.

Vous l’aurez compris, c’est le style fantastique qui prime ici, comme le laisse d’ailleurs présager la couverture datée du recueil. Bien que différents, les six textes choisis ont tous ce point commun de nous balader entre réalité possible, passé supposé et déformation du réel, interprétation. Ils sont à la fois imprégnés d’un gothique cher au XIXe siècle tout en restant très modernes sur la forme, tous avec une forte dose de poésie comme désespérée (pas toujours), ainsi que féminisme parfois sous-jacent. Ce livre sorti en 2020 aux éditions du Typhon en pleine pandémie est peut-être passé un peu inaperçu, il vaut le coup de faire un petit détour, ne serait-ce que pour les six écritures très accrocheuses des autrices ici présentes, et leurs univers originaux et désarmants, univers rendu plus distendu encore par les dessins de Jérôme MINARD.

https://leseditionsdutyphon.com/

 (Warren Bismuth)

lundi 13 mars 2023

Niki-Rebecca PAPAGHEORGHIOU « Le Grand Fourmilier – petites proses »

 


De Niki-Rebecca PAPAGHEORGHIOU on ne sait presque rien. Sa vie semble être passée sous tous les radars. Grecque née en 1948 d’un père gréco-russe, elle a décidé de quitter ce monde en 2000. Voilà pour la biographie. Pour l’œuvre c’est autre chose, car la poétesse a publié, certes peu, mais tout de même. Enfin, en Grèce. Car en France, c’est la première fois que ses poèmes sont traduits, dans ce superbe volume de Cheyne éditeur paru en 2017 (il l‘avait été en 1993 dans sa langue et son pays originaux).

 

« Le grand Fourmilier » fourmille de petites trouvailles en prose, d’images gracieuses ou répugnantes. Les textes s’inscrivent dans un monde extérieur et souvent onirique et intemporel. Des bestioles divines ou possiblement amenées par le Diable lui-même. Quelques lignes suffisent pour créer une ambiance, une séquence, pour des fables pouvant s’orienter vers le fantastique, la mythologie, le surréalisme, en particulier dans l’allégorie. Ainsi « Naufrage » : « Le bateau a sombré, corps et biens. La méchanceté des voyageurs surnageait cependant. Un petit poisson en a avalé un peu et s’est empoisonné. Terrifiés, les requins se sont éloignés ».

 

Les images arborent une couleur claire mais leur signification l’est beaucoup moins. Rassuré pourtant, je note qu’il est agréable de se perdre dans les lignes de Niki-Rebecca PAPAGHEORGHIOU, qu’il reste toujours quelque chose de son monde bigarré peuplé de femmes, de forêts, d’être surprenants comme sortis d’un univers parallèle, peut-être un brin kafkaïen, comme ce personnage de « L’invisible », qui se nomme comme le héros de KAFKA, et cette bête sorti d’on ne sait où : « La bête est invisible, me dit K. Prends ce fusil vide et va la trouver. J’errais des journées entières et cherchais dans les sombres forêts. En Amazonie. Derrière les rideaux aux plis profonds. Dans tous les tiroirs fermés à clé. Mais la bête ne voulait pas se montrer. Une nuit, je veillais tout en sueur pensant à elle. Alors elle daigna apparaître sur le rebord de la fenêtre. Une boule touffue, hirsute. Avec de ces oreilles émouvantes. C’est la première fois que je me montre à un être humain, me dit-elle. Pourrais-tu, peut-être, me caresser ? ».

 

Avec une écriture sensible, sensuelle, la poétesse fait de ses 49 scénettes des errances solitaires, faussement candides, dans lesquelles son personnage de La Femme est victime de la violence des Hommes, en des couples irréconciliables, une souffrance habillée en couleurs chatoyantes, rendant tous nos sens en éveil et masquant un féminisme pourtant bien présent par un voile discret. Niki-Rebecca PAPAGHEORGHIOU ne laisse rien au hasard, jusqu’à la chute, profonde, mystérieuse et soignée, avec le dernier texte, bref, coupant, « Exhortation » : « Ô hommes, Athéniens, Corinthiens, psychiatres et autres ! Vous m’avez bien amochée », quelques mots préfigurant la fin même de l’autrice.  Recueil fort, original, il est de ces sortes d’aimants qui vous attirent irrémédiablement.

 

Si vous souhaitez grappiller quelques miettes supplémentaires, sachez que le périodique annuel de poésie « États provisoires du poème », après s’être refait une beauté en 2016 avec un numéro – le 16 – consacré à la Grèce, propose deux textes inédits en français de la poétesse grecque. Et en parlant de ce périodique, après un changement avec ce numéro sur la Grèce, il continuera quelques années en proposant des focus sur un pays : le Japon en 2017, puis un superbe numéro consacré aux Etats-Unis en 2018, l’ultime numéro en 2019 étant un spécial Russie avant de se saborder. Je vous conseille chaudement ces derniers numéros.

 

Mais revenons au présent livre : traduit et merveilleusement préfacé par Evanghelia STEAD, il est éblouissant par sa force à pouvoir nous évader un moment d’un monde devenu trop grand et trop abscons. Il est disponible en édition bilingue dans la superbe collection D’une voix l’autre de Cheyne éditeur.

https://www.cheyne-editeur.com/

(Warren Bismuth)

jeudi 22 septembre 2022

Anton TCHEKHOV « Histoires trompeuses »

 


Ce petit recueil de sept nouvelles d’à peine 90 pages est un petit bijou d’humour et de délicatesse. Choix savamment pesé puisqu’il s’agit ici non seulement de nouvelles méconnues du grand Anton TCHEKHOV, mais de surcroît toutes animées du même thème plus ou moins diffus : Méfiez-vous des apparences !

Nouvelles écrites entre 1886 et 1889, elles nous montrent un TCHEKHOV facétieux, singulier, léger et faussement naïf, qui s’amuse à détourner temporairement l’attention de son lectorat pour le précipiter dans les dernières lignes vers une chute inattendue.

Dans ce recueil, nous allons tour à tour croiser un narrateur aux prises avec la peur, un vieil homme surgissant nuitamment dans un cimetière, une liste de visiteurs d’un conseiller d’Etat dont une signature mystérieuse revient régulièrement, un vent se faisant l’écho d’une déclaration d’amour, un voyageur par le train se croyant célèbre et vexé de ne jamais être reconnu, un mendiant à qui un bon samaritain propose des tâches rémunérées chez lui, enfin un prisonnier volontaire enfermé quinze années suite à un pari audacieux (et l’occasion pour TCHEKHOV de dénoncer la peine de mort).

Les deux premières nouvelles, gothiques, sont peut-être encore plus proches de celles de MAUPASSANT ayant trait au fantastique que toutes les autres de TCHEKHOV. Les deux écrivains, chacun fort de plusieurs centaines de contes et nouvelles, pouvaient être déjà comparés à bien des égards (stylistique, atmosphérique, d’une approche empathique ou moqueuse, mais se refusant à tout jugement de valeur), mais ici cette sororité paraît encore plus frappante.

Les cinq nouvelles suivantes passent du burlesque à l’inquiétude, d’un certain théâtre de boulevard à un climat plus intérieur, plus feutré, tout à la russe. Chaque chute est soignée, et si l’on rit c’est parfois avec une certaine culpabilité, tellement certains personnages, de par leur posture, leurs sentiments ou leurs pensées peuvent provoquer une sorte de pitié embarrassée au sein du lectorat.

Ce recueil savoureux est un plaisir de lecture. On y retrouve un TCHEKHOV pétillant et novateur, à la fois sobre et exubérant dans certains plans où il laisse agir en toute liberté son imagination débordante. 90 pages de pur bonheur, et cette joie de se gausser de ces situations grotesques ou tragiques. Sélection de grande qualité, traduite par Sophie BENECH, la directrice de ces mêmes éditions Interférences qui ne cessent de nous distiller à petites doses (voilà une maison qui ne fait pas dans la surenchère éditoriale !) des textes intelligents, audacieux car loin des chemins tout tracés. Les couvertures sont de toute beauté, et, vous l’aurez compris, le contenu inventif.

Ces mêmes éditions avaient sorti quelques jours avant la pandémie une biographie de TCHEKHOV par Korneï TCHOUKOVSKI. De ces mêmes éditions, je vous avais présenté il y a quelques mois l’excellent recueil de nouvelles « Faits divers » signées Léonid ANDREÏEV ainsi que plusieurs autres titres auparavant. Pour les puristes de TCHEKHOV, l’occasion de redécouvrir l’auteur par des textes originaux et assez loin de son travail habituel, pour les autres la chance de lire enfin cet écrivain par des nouvelles simples d’accès et véritablement jubilatoires. Recueil paru en début d’année dans la collection de domaine russe d’Interférences, il serait dommage de s’en priver.

http://www.editions-interferences.com/

 (Warren Bismuth)

lundi 29 août 2022

Jorge Luis BORGES « L’auteur et autres textes »

 


Le challenge < Les classiques c’est fantastique > des blogs Au milieu des livres et Mes pages versicolores rend hommage ce mois-ci à la littérature d’Amériques centrale et du sud avec le thème « Sur un air latino ». Des Livres Rances est allé explorer un recueil de poésie de Jorge Luis BORGES.

Jorge Luis BORGES (1899-1986) est un poète argentin prolifique qui a grandement influencé la littérature internationale. Ce recueil de poésie parut en 1960 puis fut traduit en France à partir de 1965.

Poésie en prose sur la moitié de l’ouvrage, elle se mue soudain en vers libres. De petites historiettes en forme de mini scènes de vie (mais elles pourraient être issues de l’imagination de l’auteur) comprenant des touches historiques plus ou moins accentuées. Elles peuvent paraître parfois énigmatiques, dans une atmosphère fantastique, qui n’est pas sans rappeler le climat de Leopoldo LUGONES (1874-1938), lui-même argentin (le premier texte lui est d’ailleurs dédié) et déjà présenté sur ce blog.

BORGES rend hommage à des figures publiques, des célébrités disparues, avec une prééminence pour la silhouette de Jules CÉSAR. Ces morts célèbres apparaissent en revenants, de manière pouvant être gothique (on pense à Edgar Allan POE), surgissant des ténèbres de l’Histoire ancienne, celle des périodes obscurantistes, ou plus contemporaine. L’écriture, particulièrement envoûtante, est soignée, d’une précision totale, ramassée, expurgée à l’extrême. « Dans l’étable, presque à l’ombre de la nouvelle église de pierre, un homme aux yeux gris et à la barbe grise, étendu dans l’odeur des animaux, cherchait humblement la mort, comme on cherche le sommeil. Le jour, fidèle à de vastes lois secrètes, déplace sans cesse et mélange les ombres dans l’humble enceinte. Dehors, des terres labourées, un caniveau aveuglé de feuilles mortes et quelque trace de loup dans la boue noire où commencent les bois. L’homme dort et rêve, oublié ».

Dans cette omniprésence de la mort se succèdent d’anciens dictateurs et héros fictifs, charpentés, parfois issus d’autres auteurs, comme ce portrait de Don Quichotte : « Vaincu par la réalité, par l’Espagne, don Quichotte mourut dans son village natal aux environs de 1614. Miguel de Cervantes lui survécut peu de temps. Pour l’un et pour l’autre, pour le rêveur et pour le rêve, cette trame entière consista dans l’opposition de deux mondes : le monde irréel des romans de chevalerie, le monde quotidien et banal du XVIIe siècle ».

Car ce sont bien des oppositions, deux mondes qui s’affrontent ici, l’ancien et le nouveau (du moins lors de la rédaction des poèmes), les êtres réels et ceux inventés de toutes pièces. Il est fort difficile de ne pas penser à l’univers onirique, païen et abstrait de Fernando PESSOA, dont l’ombre planant sur le texte « Borges et moi » pourrait bien être son double tout en se défendant d’être celui de BORGES : « Je ne sais pas lequel des deux écrit cette page ». Ambiance pouvant se faire mythologique, voire surréaliste, pour revenir sur terre, notamment grâce à la figure de Robert Louis STEVENSON. Et puis cette récurrence de l’apparition du tigre.

Textes brefs et empruntant à divers styles et diverses ambiances, ils sont puissants et mêlent savamment la réalité et un monde parallèle, peut-être, tout compte fait, pas si éloigné du nôtre. Recueil de grande qualité pouvant s’apparenter à une ouverture d’esprit originale dans le fond comme dans la forme.

 (Warren Bismuth)



dimanche 7 mars 2021

Guy de MAUPASSANT « Le horla »

 


S’il est inutile de revenir sur cette longue nouvelle où un homme entre peu à peu dans la démence au quotidien, nouvelle très connue et par ailleurs extrêmement bien construite dans une ambiance gothique et terrifiante à la manière d’Edgar Allan POE, il est en revanche intéressant de s’arrêter quelque peu sur cette curieuse édition de Tendance Négative parue en 2019.

Il existe deux textes originaux du « Horla », c’est le second, celui de 1887, qui a été ici retenu. « Le horla » est habité d’une atmosphère de folie, embrouillée, embrumée, qui va crescendo. Les éditions Tendance Négative désirait mettre en valeur cette montée en puissance vers la perte de repères et de cohérence. Et force est de reconnaître que l’objet proposé est à la hauteur.

Cette édition est basée sur les sensations visuelles : une page imprimée, certes, mais précédée à chaque fois de deux feuilles de calques, ce qui donne une page de texte d’aspect classique mais imprimée sur trois pages. Le début de la nouvelle étant sans aspérités, les calques sont sobres : découpages plus ou moins en paragraphes, de manière équilibrée. Pour la lecture, ce choix s’avère déconcertant : il faut attendre d’avoir lu toute la page, c’est-à-dire les deux claques plus la page papier imprimée, pour tourner ensuite trois pages d’un coup.

La présentation du livre l’annonce bien : « Utiliser des claques pour matérialiser cet être transparent et son influence nous est apparu comme une évidence. Cette matière brouille la lecture comme le Horla brouille la vision du narrateur. Les paragraphes, les phrases et les mots s’éparpillent au rythme des angoisses du personnage. Les calques, qui fonctionnent ici par paires, permettent aussi de renforcer l’hypothèse de son probable dédoublement de personnalité ».

 


Ce qui est imprimé sur la page papier étant précédé de deux calques, la lecture de cette troisième feuille est moins aisée, plus floue, ceci revêt une certaine importance lorsque le récit se faisant plus angoissant, l’impression des mots se fait plus « explosée », ne suit plus de logique, présente une certaine confusion, comme dans le cerveau malade du personnage central du « Horla ». La lecture devient hachée, déconstruite, des gouttes de sueur semblent se former sur nos fronts, la vue semble se brouiller, les images s’obscurcir. La tête finit par tourner, et l’on se sent au cœur même de cette nouvelle teintée de fantastique et d’épouvante.

Tendance Négative est une minuscule maison d’édition : cinq titres classiques visuellement revisités à leur catalogue à ce jour. Cette édition moderne permet d’appréhender « Le horla » d’un œil nouveau et d’éveiller des sens parfois en veille lors d’une lecture. Pour redécouvrir ce texte incontournable, rien de tel qu’une parution qui le met en valeur. Et c’est une très originale idée de cadeau, dont je fus par ailleurs l’heureux bénéficiaire.

https://www.tendancenegative.org/

(Warren Bismuth)

mardi 10 décembre 2019

Stéphane LEVALLOIS « Leonard2Vinci »


Un scénario résolument futuriste voire farfelu pour une BD bien calée dans l’air du temps pour le thème : pour célébrer les 500 ans de la disparition de Leonard de VINCI en cette année 2019, Stéphane LEVALLOIS met les bouchées doubles, et en partenariat avec le Louvre (ici co-éditeur) qui propose une immense exposition, il y va de son trait de crayon avec ce roman graphique fou fou.

En l’an 15018 (donc un peu après demain tout de même), un vaisseau, le Renaissance, renfermant les derniers vestiges des humains en vie après une attaque extra-terrestre, dérobe un tableau de VINCI exposé au musée du Louvre, « Sainte Anne, la vierge et l’enfant jouant avec un agneau ». Par chance, une empreinte digitale du peintre est retrouvée sur l’œuvre, c’est ainsi que ce cher Leonard est tout simplement cloné. Ce clone pourrait bien, afin de sauver la planète terre, faire revivre les « machines infernales » inventées tout au long de sa vie par de VINCI.

En effet, n’oublions pas que Leonard de VINCI fut aussi reconnu pour son sens très développé de la science, dessinant de nombreux croquis de machines diverses (dont la première voiture automobile, le premier homme volant ou le premier char d’assaut), fonctionnant selon des engrenages, de l’eau, la pression de l’air, des turbines, etc. Dans cette BD, ces machines ressuscitent, ou plutôt sont enfin réalisées (de VINCI n’a, pour la plupart d’entre elles, jamais fabriqué ces appareils). Comme une partie de ces créations était destinée à l’armée et à la défense, il suffira de s’inspirer du maître pour enfin fabriquer concrètement les engins.

Une BD en noir et blanc (sauf pour les peintures de VINCI, que LEVALLOIS a souhaité reproduire à l’identique, donc en couleurs), un scénario de science-fiction assez décoiffant, cette combinaison pourrait rebuter. Il n’en est rien, car c’est un plaisir de voir évoluer ces machines folles du génie, appuyées par des dessins complexes, parfois volontairement chaotiques (il en va de la survie de la terre tout de même !) et profonds sur le relief, certaines vignettes constituant une double page. L’histoire en elle-même, quoique peu sobre, reste simpliste, mais portée par ses exubérances graphiques, et sans l’aide du numérique, elle devient très plaisante, nos yeux s’arrêtant pour un temps long sur certains dessins sophistiqués. Le format de la BD étant plutôt grand, il est possible d’observer à loisir certains détails.

En fin de volume, l’auteur revient sur le travail accompli pour réaliser ce projet, sur les croquis pris en exemple, sur la trame qu’il en gardera. Les éditions Futuropolis n’ont peut-être jamais aussi bien porté leur nom, ce sont elles qui viennent d’éditer cette BD, en 2019 donc, pour fêter dignement un certain cinq centième…


(Warren Bismuth)

mardi 4 juin 2019

Leopoldo LUGONES « Les forces étranges »


Tout au long de ce recueil de treize nouvelles, les événements, situations, personnages bizarres vont se succéder, la tension va battre son plein, la sueur va perler sur les fronts.

Douze nouvelles courtes dans lesquelles le fantastique va côtoyer la science-fiction voire l’anticipation : une machine sonore infernale et désintégratrice, de fines granules de cuivre pleuvant sur le monde, un homme mystérieux à l’ombre immobile, un petit tour en 1099 en pleines croisades avec Pierre l’Ermite comme guide, un crapaud maléfique, une musique permettant la mise en lumière au sens propre, l’arrivée des premiers êtres humains sur terre jusqu’au déluge, mais aussi des chevaux devenant conscients, qui s’humanisent et se révoltent, des fleurs noires inodores qui pleurent, un homme qui tente de transmettre la parole à un singe afin de faire sauter le chaînon manquant (darwinien ? Sans doute ma nouvelle préférée), un Satan déguisé en pèlerin qui veut faire prendre vie à une statue de sel.

La treizième et dernière nouvelle est la plus longue, 50 pages à elle seule, c’est aussi la plus ardue : pas vraiment une nouvelle, plutôt un cours très pointu, très exigeant et très particulier de physique, de science naturelle, sur la formation de la terre, ses entités, les termes sont très techniques et parfois abscons pour tout novice – dont je fais ire-et-mais-diablement partie. Selon ce récit, l’homme doit rester à sa place, c’est la Terre qui gouverne puisque c’est elle, (peut-être aidée de Dieu, qui sait ?), qui s’est façonnée elle seule. « Cet équilibre infiniment instable – dénué de durée, car il serait aussitôt rompu par la plus infime permanence dans l’un ou l’autre état qui le compose ; et dénué de temps, car être ou ne pas être concomitants – est ce qu’on nomme existence. Cesser d’exister revient à la fin de cet équilibre, au fait que l’être entre dans un état inconcevable. Dans notre univers, ce qui commence à être se nomme matière et ce qui cesse d’être se nomme énergie, mais il est évident que ces choses figurent ici en tant qu’entités abstraites. Cependant, comme les manifestations polaires de la vie permutent, ce qui commence à être, c’est-à-dire la matière, provient de l’énergie, et vice versa ». Ce récit reprend à lui seul la plupart des thèses évoquées dans les nouvelles précédentes.

Particularités de ce recueil : il fut écrit par un argentin, Leopoldo LUGONES, qui vécut entre en 1874 et 1938, passa sur l’échiquier politique de l’anarchisme au fascisme. Ces nouvelles furent rédigées entre 1897 et 1906, et apparaissent enfin pour la première fois sous ce recueil complet traduit en français.

Bien sûr, l’influence d’Edgar Allan POE est très forte, ainsi que celle de Herbert George WELLS, entre science pionnière, anticipation, science-fiction et sueurs froides. On peut entrevoir aussi l’aspect gothique d’une Mary SHELLEY, en plus halluciné, en plus apocalyptique. Parfois viennent se glisser comme subrepticement des références mythologiques, se croisent des êtres fantastiques, des situations supranaturelles. La plupart de ces nouvelles sont rédigées à la première personne, se présentant comme des contes servant à faire partager une histoire vécue et invraisemblable (le fantastique). C’est ici peut-être que se situe une sorte de chaînon, de relais entre LUGONES et MAUPASSANT (le prince des nouvelles). Pas spécifiquement le MAUPASSANT des contes et nouvelles fantastiques, mais bien celui de toute une œuvre sur formats courts (il en a écrit près de 300 durant sa courte vie), dont LUGONES semble ici s’inspirer des structures, des squelettes. Et puisque nous en sommes au cocorico, il nous faudra ajouter que la figure de Jules VERNE se dessine sur certaines pages de ce recueil, pour l’aspect scientifique, précurseur, de chercheur tous azimuts.

Mais il serait ingrat d’oublier de préciser que le dessin de couverture de 1887 et signé Odilon REDON est de toute beauté et fait magnifiquement écho au contenu du livre. Tout comme nous rappellerons que la traduction d’Antonio WERLI retranscrit à merveille l’atmosphère gothique et très fin de XIXe siècle du recueil, et que sa préface est très instructive sur le bonhomme LUGONES. Quant au titre du recueil, il colle parfaitement au contenu global.

Leopoldo LUGONES fut adulé par Jorge Luis BORGES. Quidam éditeur nous offre la chance de le redécouvrir aujourd’hui. Le charme désuet du style permet de replonger dans cette atmosphère très spécifique des fictions gothiques du XIXe siècle. Le recueil vient de sortir, il est bien sûr à lire en noir et blanc, armé d’un fusain de préférence, durant un printemps maussade et gris (je pense que cela fonctionne aussi pour la période automnale).


(Warren Bismuth)


lundi 4 février 2019

Manuel CANDRÉ « Des voix »


Une lecture qui m’a laissé sans voix, justement, les bases me manquant cruellement concernant les sujets abordés dans ce roman original et déstabilisant. Mais réflexe positif : j’ai dû me documenter pour suivre cette intrigue de haute voltige référentielle et stylistique.

En effet, ce livre peut être vu comme une réécriture de la Kabbale et de l’existence fantasmée du Golem. Entre foi, légendes, contes, l’auteur nous guide dans les rues du ghetto de Pragol (réécriture de Prague), dans la nuit seulement éclairée par les becs de gaz quelques centaines d’années moyenâgeuses en arrière. Un ghetto peuplé de fantômes, de spectres, de morts, dirigé par Rabbi Viggel, être opaque à la fois bienfaiteur et malfaisant. Pratiquant l’exorcisme pour faire fuir les démons, il  userait en fait d’endorcisme, son exact contraire. Il finira par se couper la gorge.

Immersion au présent ou presque, le XXe siècle chargé de ses malheurs, des malheurs rappelant ceux de jadis. Les ghettos, les morts, les zombies. Parallèle historique.

Jacob, le narrateur-Golem, entendant des voix, comme une obsession, errant dans le ghetto humide, froid et venteux. Des voix, toujours des voix. Incompréhensibles. Bruits de fond. Avec elles, avec l’aide des habitants, ces spectres appuyés par Rabbi, doivent tous se rendre au Transval, sorte de terre promise.

Rabbi Viggel en appelle au Reversement ainsi défini « Ce qu’il ambitionnait (Rabbi) c’était le remplacement pur et simple des vivants par les morts, et non seulement de les influencer et de les remplir de terreur le temps d’une nuit magique ».

Le récit est peuplé de fantômes, mais aussi de messes (noires), de magie (noire aussi), de créatures étranges, d’ombres en pagaille, de brume, d’êtres plus ou moins maléfiques, mystérieux toujours. Le tout s’étend du Moyen Âge à nos jours, entre réalité et légendes. Il y est question de la bataille d’Olomouc, de la nuit de Walpurgis, de sorcières, de la Shoah finalement, en un long monologue suffoquant, de longues phrases frappées de parenthèses, les pensées suspendues, interrompues, un soliloque de souffrance, d’errance et de terreur.

Rassurez-vous, le Transval, après bien des difficultés, va être atteint, tel un firmament. Mais il va irrémédiablement se rétrécir comme peau de chagrin. Dans ce roman gothique et fantastique, les traits d’humour sont pourtant nombreux (il faut réussir à les capter à l’instant T, ils passent souvent inaperçus), l’auteur aimant jouer avec les mots. Derrière l’oppression extrême du récit, de petits moments de grâce épars, pour nous délivrer en partie du joug de cette écriture d’une rare noirceur, ce ton résolument glacial qui ne laisse que peu de marge de manœuvre. Un roman « pluvieux que jamais » qui vient de paraître chez Quidam Éditeur.


(Warren Bismuth)

dimanche 15 juillet 2018

John HERDMAN « La confession »


Un roman qui dérange beaucoup. Qui dérange car il pousse le lecteur jusque dans ses derniers retranchements, un lecteur qui ne sait analyser ce qu’il vient de lire, y donner un nom, s’en faire une idée précise, « cataloguer » ce récit de manière rationnelle. Mais je m’explique.

Léonard Balmain est un écrivain écossais qui répond à une petite annonce banale : un certain Torquil Tod cherche un « nègre » pour écrire ses mémoires, une sorte d’autobiographie écrite par une tierce personne. Rapidement, Balmain rencontre Tod, les deux hommes font affaire et le projet est lancé. Sur les propres pistes et aveux de Tod, Balmain va devoir mener à bien cette expérience, il va titrer l’ouvrage « Une simple obsession ». Fin de la première partie.

La seconde est consacrée au contenu du livre lui-même (la fausse autobiographie), le parcours de Tod, sa rencontre avec Abigail, une femme d’une immense emprise sur lui, passionnée de magie blanche, mystique et se définissant elle-même comme sorcière. Ils vont vivre dans une communauté hippie au cœur des années 70, avec ses règles et ses excès. D’un chapitre à l’autre, l’horreur va se contextualiser, les rites païens poussés à l’extrême font que l’on assiste impuissants à une scène atroce : un infanticide cannibale ! Attention, ce passage n’est pas une énième volonté de faire du gore, du trash gratuit pour émouvoir le lecteur en mal de sensations, il a une signification toute particulière appuyant un peu plus l’attrait de Tod pour l’Apocalypse et le fait qu’il est convaincu que certaines prophéties annonçant la fin du monde pour l‘année 1981 vont fatalement se réaliser.

La fausse autobiographie terminée, Balmain donne son propre point de vue sur ce qu’il vient d’écrire, c’est-à-dire son avis sur les confessions pour le moins déstabilisantes de Tod. Quant à la dernière et courte partie précédant la postface, je ne peux absolument rien en dire, tout le livre et ses secrets réside dans ces quelques pages, pages qui font douter un peu plus encore le lecteur, si toutefois il était jusqu’à là sûr de ce qu’il avait lu.

En refermant ce roman, une question nous hante : qu’est-ce que nous venons de lire ? En effet, l’auteur dynamite les clichés psychologiques ou psychanalytiques voire métaphysiques, nous oblige à nous poser des questions profondes que l’on ne perçoit pas souvent dans une lecture, il nous force à être actifs. Niveau ambiance, c’est à la fois classique, gothique avec un je ne sais quoi de thriller psychologique diablement efficace. C’est un peu Edgar Allan POE qui prend en stop Daphne du MAURIER sous le regard amusé du plus tarabiscoté des HITCHCOCK qui aurait ouvert une bible afin de la détourner. John HERDMAN est écossais, donc bien sûr il n’est pas interdit de penser à « L’étrange cas du docteur Jekyll et de mister Hyde » du grand STEVENSON (qui reste aujourd’hui, permettez-moi de pleurer, plus connu pour son chemin dans les Cévennes que pour son œuvre pourtant riche). Plus on avance dans la lecture, plus la question du dédoublement se pose, je n’en dis pas plus, mais ce point m’a particulièrement désorienté et m’a précisément ramené à STEVENSON.

Un roman qui ne peut laisser de marbre, qui peut être lu, perçu de diverses manières, chaque lecteur devant se faire sa propre approche, sa propre (ses propres ?) conclusion. J’avoue ne pas être absolument certain des miennes, mais c’est paradoxalement ce qui rend ce récit très fort, très puissant, la magie des mots, des phrases et leur interprétation. Dans un roman, la logique veut que plus on avance dans la lecture, plus on obtient de réponses à nos questionnements. Eh bien ici c’est précisément le contraire : le début est simple, structuré, très cartésien, puis le doute s’installe jusqu’à l’éclosion d’une profonde migraine.

Voilà un bouquin qui rend zinzin, qui exige la camisole, je ne sais pas si je dois féliciter ou condamner l’excellent Quidam éditeur pour cet exercice côtoyant la folie, originellement sorti en 1996 mais paru pour la première fois en version française en cette année 2018. Cet éditeur est bien sûr à suivre, nous en reparlerons d’ailleurs très prochainement par le biais d’une autre nouveauté, qui sera peut-être un peu plus reposante que cette « confession » qui a mis nos nerfs à dure épreuve. Bravo et merci en tout cas à l’auteur, à l’éditeur, mais organisez-vous une période de sieste après fermeture de l’ouvrage, il vous faudra un repos bien mérité après pareille aventure un brin fantastique. Listez bien vos questions, vous aurez besoin de place, et éventuellement d'un filet pour amortir votre chute après une telle expérience qui pourrait presque être qualifiée de paranormale.


(Warren Bismuth)