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mercredi 8 avril 2026

Charlotte MONÉGIER « Le passage du nord-ouest »

 


Ludivine est journaliste et a été abusée sexuellement et psychologiquement par son mari Mike avec lequel elle a eu un enfant, Simon. Originaire de Normandie, elle est partie à Paris pour ses études de sociologie, a voyagé au Pérou grâce à une bourse d'études après avoir suivi durant une année des musiciens péruviens jouant dans le métro en échange de quelques pièces. Elle est aussi partie en Inde, c'est dans ce pays que se déroule une partie du nouveau roman de Charlotte Monégier.

L'originalité du texte réside dans sa conception : roman en prose entrecoupé de nombreux poèmes qui font pourtant partie intégrante de la narration : « Un soir, pas très loin du métro Vavin, / j'aidais Léo à transporter ses affaires - / basse, gants fourrés, / quelques CD qu'il avait pu enregistrer / et qu'il vendait cinq euros l'unité - / lorsque cette vérité m'est apparue : / la poésie, ça sert à vivre / avec un petit moins de chagrin ». Car pour Ludivine l'écriture est un refuge. Alors que sa féminité l'avait quittée au contact de Mike, s'était étiolée, Ludivine revit lorsqu'elle se sent en liberté, elle redevient femme.

En des chapitres brefs et épurés fermement épaulés par une écriture poétique, délicate et sensuelle, Charlotte Monégier déroule l'itinéraire tortueux de son héroïne, son voyage à Pondichéry en Inde, dans une incessante fuite en avant car « Fuir, c'est devenir celle qui part ». Et qui peut reprendre de zéro. Ludivine nous livre quelques secrets enfouis de son existence tandis qu'un renouveau semble l'habiter par ses voyages. La mère prend une place de choix bien que furtive : « Elle a traversé la vie en s'excusant toujours. Pardon. Pardon. Je ne fais que passer. Ne me fixez pas comme ça, vous vous trompez ». Cette mère victime elle aussi d'abus, de violences répétées.

« Le passage du nord-ouest », c'est un amour déclaré aux mots, à la poésie, à la liberté, mais jamais exalté. Simon grandit et s'épanouit, sa mère est souvent à ses côtés, guide et protectrice. Ce roman est aussi une suite de rencontres, belles comme dangereuses. Car Ludivine va croiser des êtres toxiques, rejoindre une secte bien malgré elle, avant de connaître un lieu libre et spirituel puis d'échapper à un tsunami.

« Un espace resserrée parmi les fjords du Canada », tel est ce passage du nord-ouest qui réserve de belles pages dans lesquelles on voyage beaucoup. Charlotte Monégier s'appuie en partie sur son parcours, sur ses expériences de l'autre bout du monde pour faire vivre « sa » Ludivine, une femme meurtrie mais debout, qui va devoir se battre pour trouver sa liberté, loin des hommes toxiques, car ce roman est un témoignage féministe sur la violence masculine. Charlotte Monégier laisse Ludivine en fin de récit alors qu'elle est enfin en sécurité, qu'elle va pouvoir enfin envisager un avenir serein avec son enfant.

« Le passage du nord-ouest » est à la fois un roman intimiste, un voyage dans diverses contrées mais aussi dans l'âme d'une héroïne forte et déterminée. Et il est bien sûr un texte hybride et remarquablement dosé entre prose et poésie, l'une s'abreuvant de l'autre en une parfaite symétrie. Il vient de paraître aux éditions Calmann Lévy dans la collection Ancrages.

(Warren Bismuth)

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