Après avoir exploré le théâtre des Balkans dans toutes ses aspérités, dans tous ses combats, les éditions L’espace d’un Instant mettent en relief avec ce volume le théâtre d’Afrique subsaharienne francophone, et plus précisément celui du Mali, dans cette nouvelle et très belle collection offensive Sens Interdits.
Deux pièces de théâtre pour un même manifeste, deux textes de détermination féministe. « Cousu main » est un jeu de mots presque imperceptible avec « Coups humains ». Ecrite en 2019 cette pièce met en scène une petite fille de 8 ans et sa mère, ainsi qu’une voix. Une guerre vient plomber tous les espoirs, quand des hommes arrivent, violent et frappent. D’un côté la résignation d’une mère qui a connu toute sa vie l’humiliation, le joug patriarcal. De l’autre une enfant résolue, prête à s’imposer dans son statut de femme, de combattante, dans sa volonté à faire évoluer les comportements masculinistes.
« Je ne veux plus être cette petite qui s’est vue arracher son enfance, son innocence et son avenir. J’ai déjà enterré le sang d’entre mes jambes, j’ai enterré l’espoir d’être une mère, d’être une femme. Je veux garder l’espoir d’être autre chose qu’une morte vivante. Je veux juste sortir de cette misère. J’habite en elle et elle habite en moi depuis si longtemps ». Quant aux monologues de La voix, ils interviennent brutalement et sont d’une grande résonance devant le désarroi de la mère.
« Tafé fanga ? / Le pouvoir du pagne ? » de 2020 présente sept femmes dont certaines refusent le destin conventionnel qui semble leur avoir été attribuées. Elle clament leur désir d’égalité, d’équité dans un monde moderne qu’elles souhaiteraient débarrassé de son sexisme et de ses altérités dues au genre. Ces femmes échangent, revendiquent, dénoncent. Quand un poème de Marie-Charlotte Siokos vient conclure les débats.
Brillante préface de Pénélope Dechaufour qui revient notamment sur les manifestations féministes de 1929 au Nigeria. Les deux pièces quant à elles sont complémentaires, la première intimiste, la seconde tournée vers l’extérieur, vers l’avenir dans sa globalité, dans son universalité. « Pourquoi avoir le même nombre de partenaires sexuels que vous vous dérange tant ? Tout à coup on est des putes, des frustrées, des hystériques parce qu’on veut la même chose que vous ? Mais tiens donc… Serait-ce parce que vous avez peur de nous ? ».
« Cousu main + Le pouvoir du pagne ? » de la jeune autrice Jeanne Diama, 30 ans, vient de paraître chez L'espace d’un Instant pour une découverte tout en revendication et en finesse du théâtre africain.
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(Warren Bismuth)
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