Désiré Kaboré, jeune burkinabé de 22 ans, arrive un matin de décembre dans Paris, sans papiers. Il doit rejoindre son cousin Alphonse à Pantin qui s'est proposé de l'aider et lui assurer un avenir. Conseiller informatique, Alphonse est à Paris depuis 20 ans. Désiré doit traverser la capitale française, à pied... et il neige ! Le jeune africain découvre cette substance froide qui glisse sous les semelles. Sa traversée de Paris pourrait se compliquer.
Les chapitres alternent entre Koudougou dans le Burkina Faso, les racines de Désiré, et Paris, qu'il explore. Brillant à l'école, il n'a pu pourtant trouver son bonheur dans son pays, d'autant que l'État Islamique y sévit de plus en plus. Il veut devenir un Benguisse (un africain vivant en France). Truffée de policiers, de publicités et de boutiques aux noms prestigieux, la ville de Paris l'impressionne. Ainsi il déambule dans le froid, s'arrête, savoure ou se révolte. Il est venu chercher la paix après les tensions en expansion dans son pays. « L'insécurité chronique régnait au nord du Burkina Faso où sévissaient bandits et groupes terroristes islamistes. Les gens fuyaient vers les grandes villes, plus sûres, Ouagadougou s'était ainsi gonflée de centaines de milliers de réfugiés ».
Désiré n'a plus de père, aime sa famille qu'il appelle d'ailleurs à partir de son portable alors même qu'il marche dans Paris. Mais son trajet est aussi prétexte à une introspection sur son passé récent, notamment son voyage de neuf mois depuis sa terre natale pour échouer à Paris : pensée pour Abdou, son ami d'infortune rencontré en Libye et actuellement coincé à Vintimille en Italie, pays que Désiré a lui aussi vu, passage obligé des grandes migrations africaines. Pensées pour des amours de passage devant lesquelles Désiré ne sait plus trop comment se placer. Alain Denizet en profite pour expliquer simplement et pédagogiquement les nombreuses étapes d'un migrant, les écueils et les quelques joies, en insistant sur la dangerosité d'une telle décision, celle de partir, l'aventure pouvant se muer en drame profond.
Désiré découvre aussi la France par les chaînes info qui se projettent dans les bars (où il fait chaud) ou dans les vitrines. Les actualités lui paraissent bien futiles à côté de la situation électrique au Burkina Faso et à ce qu'il a vécu depuis son départ. « Du Burkina, il n'avait pas été question. Cent morts, n'était-ce ni suffisant ni assez désespérant ? Malaise et incompréhension le disputaient à l'amertume : sur les chaînes du Burkina, la situation de la France était commentée et analysée ». L'auteur revient sur le quotidien en Afrique noire par les images de Désiré qui sont peut-être les siennes propres puisque Alain Denizet a enseigné huit ans au Niger et au Burkina Faso.
Ce roman humaniste suivant au plus près le parcours de Désiré s'étend sur une seule journée, c'est aussi le premier de l'auteur. Désiré va-t-il rallier Pantin et serrer Alphonse dans ses bras ? C'est toute la question de ce roman dont l'écriture simple est fluide et précise. Désiré incarne cette jeunesse d'Afrique noire fuyant la guerre, espérant trouver un avenir meilleur en France et qui prend des risques inconsidérés pour l'atteindre. La neige est un personnage à part entière et détient des clés cruciales, tout comme le téléphone portable de Désiré. Par la sobriété du style et le vocabulaire choisi, « Nuit blanche » pourrait parler aux jeunes générations comme aux plus anciennes. Un autre intérêt : le roman est parcouru d'expressions et phrases provenant d'Afrique noire qui donnent au récit de la vérité, du vécu, de l'authenticité. Il vient de paraître chez Ella Éditions d'Eure-et-Loire, Alain Denizet étant par ailleurs spécialiste de l'histoire de la Beauce et de l'Eure-et-Loire.
https://www.ella-editions.com/
(Warren Bismuth)

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