De nos jours, un astéroïde de deux kilomètres de diamètre se dirige irrémédiablement vers la terre et devrait plus précisément entrer en contact avec la France, provoquant des dégâts hors norme partout en Europe. Le gouvernement français décide de protéger ses compatriotes en les aidant dans leur exil vers des pays étrangers et lointains. Ce sont des personnages qui fuient le point d’impact que Michel Douard met en scène. Parmi eux, Luis, ex footballeur professionnel qui doit quitter Tours ; Lucie, son mari et leur fils Tom, autiste, s'enfuient de Paris ; Tonio et David qui s'apprêtent à être libérés d'une prison de Lyon ; Bilal qui fuit Montpellier. Dans un mouvement inverse, Warren, citoyen des États-Unis, vient sauver sa grand-mère, résidente malade dans un Ehpad de luxe à Thonon-les-bains. Quant à Ayan, somalien au passé cabossé, il est en Libye et lui aussi souhaite regagner la France pour d'autres raisons.
Dans ce roman choral, Michel Douard dépeint de très nombreux personnages aux ramifications diverses, tout d'abord en des scènes brèves saisies dans le moment qui précède la panique, car l'Europe entière pourrait bien disparaître suite à la chute de l'astéroïde, et chaque habitant ou presque organise son départ. Mais déjà les pillages commencent, notamment ceux de tableaux du musée d'Orsay. Les banques ferment et la France semble plongée dans une atmosphère d'avant guerre.
« Avant impact » est à ce moment de lecture un roman pré-apocalyptique en forme de parabole, celle de la migration en temps de guerre avec des populations quittant leur pays pour échouer ailleurs, en sécurité, sauf qu'ici ce sont les européens qui doivent aujourd’hui quitter leurs terres, créant un effet miroir sur les voies de migrations, les demandeurs devenant les anciens accueillants, et vice-versa. « Pour la réussite du plus grand exode qu'ait connu l'humanité, les Français doivent se soumettre aux règles de l'état d'urgence. Accepter, au moins dans un premier temps, la destination qui leur est imposée et le moyen de transport qui a été prévu pour chaque famille ».
Les scènes indépendantes du roman, celles de chaque personnage suivi, vont pourtant finir par s'emboîter et ne plus faire qu'une. Car la fuite se passe en partie par mer (les aéroports étant attaqués) dans un roman sans cesse en mouvement, alors qu'un bistrotier breton, avant les embarquements, accueille les démunis et écoule gratuitement ses stocks en attendant l'apocalypse. C'est sans doute le plus beau portrait du récit, hélas il s'éclipse après seulement quelques pages.
« L'astéroïde mesure près de deux kilomètres de diamètre et va nous frapper avec un angle de 80°. Ça veut dire un cratère de près de cinquante kilomètres de circonférence, une boule de feu qui enflammera tout, arbres et habitations, presque instantanément sur un rayon de sept à huit cents kilomètres avec un vent soufflant à quatre kilomètres par seconde. En bonus, vous ajoutez un tremblement de terre de magnitude 9 qui sera ressenti sur les mêmes distances... ».
Soudain le roman prend une tournure de thriller maritime et c'est là que le bât blesse. Michel Douard privilégie l'action à la psychologie des personnages avec lesquels le lectorat passe pourtant de plus en plus de temps. Les caractères sont esquissés mais jamais fouillés, restant à l'état de brouillon mal défini. Pourtant il va nous falloir passer encore plus de 200 pages avec les protagonistes, qui ne cessent d'ailleurs de se multiplier. « Avant impact » bascule dans un roman de gangsters en mode maritimo-viriliste. Les testostérones tournent à plein régime et l'omniprésence d'une figure du récit, Freddy, est telle qu'elle écrase le scénario, le rendant confus. Car Freddy c'est le mal absolu, on l'aura immédiatement compris, mais l'auteur insiste tant et plus sur les prises de lignes de coke, d'insultes, d'alcool, de scènes de gros bras, car son Freddy est sans cesse prévisible, il est de ces personnages qui n'apportent rien au scénario dès qu'ils sont en représentation et volent la vedette tout en tirant l'énigme vers le bas.
C'est dommage, car « Avant impact » s'annonçait bien par ses 150 premières pages (il en comporte tout de même 396). Hélas la seconde partie est éloignée à ce point de la première que nous avons le sentiment d'avoir été propulsés sur un autre plateau, où le huis clos veut jouer un rôle de « suffocateur », mais ne parvient qu'à emmêler le scénario. Les bastons, les intimidations remplissent le cadre et le cahier des charges mais plus grand-chose de réellement « humain » ne se produit, plus rien ne vibre. Même le drame à venir semble avoir été comme oublié, on préfère jouer les cadors sur des bateaux à destination de l'Afrique.
« Avant impact » avait tout d'une histoire séduisante, il se révèle un roman un peu fouillis duquel on cherche finalement à s'extraire tant les personnages sont des croquis inachevés. Il vient de paraître chez City, et malgré sa première moitié alléchante, il ne m'a guère convaincu. En outre il n'évoque jamais (en 400 pages tout de même) les conséquences d'une catastrophe telle que celle décrite sur le désastre nucléaire avec des centrales rasées de la surface de notre sol. Et ceci est pour le moins curieux.
J'ai reçu ce livre dans une version « épreuves non corrigées », je suis désolé de ne pas pouvoir défendre ce roman qui m'aura laissé un goût amer de travail peu approfondi.
(Warren Bismuth)

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