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dimanche 1 février 2026

Petr ZELENKA « Thérémine »

 


Ce n’est pas tous les jours que l’on fait connaissance avec une pièce de théâtre biographique, l’exercice étant périlleux bien qu’original. L’action s’étend de 1927 à 1938 à New York. En 1927 débarque un inventeur venu pour une série de concerts, Lev Sergueïevitch Termen ou Thérémine, inventeur d’un instrument de musique révolutionnaire duquel on joue sans contact direct grâce à une antenne : « La distance entre la main droite et cette antenne détermine la hauteur du son tandis que la distance entre la main gauche et cette antenne-ci détermine son intensité ». C’est le premier instrument électrique de l’Histoire, il porte le nom de son inventeur, Thérémine, un russe qui en a joué en 1922 devant Lénine et qui compte bien développer son invention, en la faisant notamment connaître outre-atlantique.

Après une série de concerts, Thérémine reste à New York, accompagné par son impresario Goldberg, son cousin est arrêté tandis qu’une des relations amicales de Thémérine, Lucie Rosen, engage un détective pour le filer, quand survient un certain Hoffman, se présentant à Thérémine comme scénariste à Hollywood désireux de tourner un film sur sa vie. 

« Toute révolution musicale est aussi une révolution politique », et Thérémine en est un parfait exemple. Lui le russe s’éternisant sur les terres américaines ne serait-il pas un espion à la solde des bolcheviks ? Sa femme vient lui rendre visite, les retrouvailles ne sont pas des plus joviales et, si elle décide de rester à son tour dans le pays, ils ne se voient guère.

Thérémine est alors en pleine gloire : concerts triomphants, son instrument lancé sur le marché est désormais fabriqué à de très nombreux exemplaires. Mais tout à coup, la mouche dans le lait : 1929 et son crash boursier géant. La réputation de Thérémine s’étiole, le succès n’est plus qu’un lointain souvenir, les concerts ne font plus recette et Thérémine est endetté.

Avec humour et en prenant de grandes libertés avec la réalité comme le rappelle Grégoire Blanc dans sa préface, le tchèque Petr Zelenka raconte la vie d’un homme russe oublié, celui dont le plus récent synthétiseur est pourtant l’héritier direct. Thérémine fut un pionnier, peut-être un génie, en tout cas un agent à la solde du pouvoir russe. Ses proches perdent sa trace en 1938. Il vient en fait de retourner en Russie. La pièce reste en suspens, avec cette ombre d’un homme qui disparaît soudainement.

Ce que le texte de Zelenka ne dit pas, c’est que le bon Lev est considéré comme mort avant de réapparaître dans les années 1980, bien vivant. Il ne meurt à l’âge enviable de 97 ans qu’en 1993. Mais sa rencontre avec Lénine aura eu en tout cas des suites… Cette petite épopée d’un homme pris entre les tenailles d’un pouvoir absolu est parue aux éditions l’espace d’un Instant fin 2025, la préface est signée Georges Blanc, la traduction Katia Hala et le tout se lit presque comme un roman.

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(Warren Bismuth)

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