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mercredi 26 août 2026

Barbara KINGSOLVER « Petit miracle et autres essais »

 


Les 23 textes qui composent cet essai de 2002 ont été écrits au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Biologiste de formation, Barbara Kingsolver nous embarque dans son univers, celui de la nature sauvage, en nous demandant de nous méfier des images toutes faites : « Les ours et les loups sont nos ennemis archétypaux de contes de fées, et par ces contes, ce que nous apprenons à nos enfants c'est uniquement, et perpétuellement, à les tuer, plutôt qu'à passer devant eux sur la pointe des pieds en les laissant dormir ».

En 2002 le réchauffement climatique est déjà à l’œuvre et la biodiversité commence à s'effondrer. Les responsables sont en partie les multinationales, sans limites ni scrupules. Barbara Kingsolver nous entraîne dans les beautés majestueuses de la nature, les canyons notamment, avant qu'il ne soit peut-être trop tard. Elle en profite pour glisser quelques réflexions philosophiques, culturelles ou religieuses, dressant un portrait peu reluisant d'une Amérique égoïste et toute puissante ne demandant qu'à soumettre l'autre partie du monde.

La nature et sa luxuriance, ses apports sans cesse renouvelés pour le simple confort humain, pour la vie même aussi, bien sûr. L'autrice s'appuie régulièrement sur des pensées d'auteurs de Nature Writing, plusieurs textes sont écrits à quatre mains avec son mari, Stephen Hopp.

La vie des rivières, l'évolution de notre rapport à la nature, l'alerte prononcée sur l'état catastrophique de la biodiversité – l’autrice prévoit un effondrement majeur imminent - avait-elle tort ? - c'est un véritable manifeste écologique que Barbara Kingsolver a concocté. Nous, humains, désirons posséder la nature, la contrôler, la faire nôtre, il n'y a pas plus grande erreur possible sur terre. L'autrice et poétesse s'en explique avec délicatesse et détermination, tout comme elle condamne scientifiquement les OGM, qui font partie de cette volonté de contrôle.

Ce livre est aussi la vie de la forêt au Mexique, les vestiges Mayas et leurs pyramides. Mais retour chez soi avec le circuit de la nourriture dans le monde, circuit qui interroge, qui fait peur, qui rend coupable. Kingsolver est pour une consommation locale, la plus propre possible, pour une décroissance calculée et consciente, contre la surconsommation actuelle (les exemples donnés par l'autrice sont saisissants). « En moyenne, un produit alimentaire servi à un consommateur américain a parcouru presque deux mille kilomètres pour arriver jusqu'à lui. Si l'individu moyen mange à peu près dix produits par jour (et la plupart d'entre nous en mangent plus), en l'espace d'une année sa nourriture aura parcouru presque huit millions de kilomètres sur la terre, sur la mer et dans les airs. Représentez-vous un camion chargé de pommes, d'oranges et de laitues iceberg qui ferait dix fois par an l'aller-retour de la Terre à la Lune rien que pour vous. Multipliez par le nombre d'Américains qui aiment manger – représentez-vous cette flotte de 285 millions de camions en route pour la Lune – et osez me dire que ce n'est pas le moment de revoir le scénario ! ».

Il est temps d'arrêter de lire ou d'écouter ce pitre de Jean-Marc Jancovici, le VRP nucléocrate du capitalisme vert, lisez plutôt Barbara Kingsolver qui pose les bonnes questions en tentant de donner les meilleures réponses possibles, sans aucune arrogance, contrairement à son homologue français. Les propos de Kingsolver sont réfléchis et élaborés, pertinents.

L'autrice a grandi dans une famille croyante et conservatrice, elle en garde encore quelques réflexes parfois inconscients. Elle parle ici peu d'elle, mais revient sur l’éducation qu'elle a donnée à ses deux filles dans une lettre destinée à l'une d'elles. Puis elle écrit à sa mère à qui elle confie un viol qu'elle a subi. De ses enfants, le propos se fait plus global, vers les alors récentes différentes tueries dans les écoles étasuniennes. Et de fil en aiguille, le 11 septembre, qu'elle analyse de manière humaniste, sans fatalisme ni fanatisme, brièvement. Ce qui l'intéresse est le global, le sort des sans-abris par exemple.

La littérature n'est jamais loin. Aussi, Kingsolver revient sur l'exercice de la nouvelle, sur ses débuts de carrière, sur le sexe en littérature avant d'amorcer un sujet plus épineux : le nationalisme. Si l'autrice se considère comme « libertaire civile », elle dit aimer son pays pour l'humanisme qu'il peut dégager, pas pour son incessant rapport de forces avant ses interlocuteurs internationaux. Pacifiste, elle est aussi adepte de l'autodéfense et se met à nu dans un texte courageux sur le sujet. Le livre se clôt par un manifeste pour la tolérance et contre la haine.

Vous l'aurez compris, lire Barbara Kingsolver c'est s’immiscer dans les pensées et les revendications d'une citoyenne engagée et aux valeurs complexes, c'est accepter de se faire maltraiter (à juste titre) pour mieux réfléchir à ce que nous sommes, c'est apprendre sur la nature, sur nous-mêmes, c'est se faire humble. Pour parvenir à ces questionnements, Kingsolver utilise l'humour, fin et subtil. Elle est une autrice qui peut aisément être rapprochée de ses consœurs Kathleen Dean Moore et Terry Tempest Williams. Je la découvre, mon prochain défi sera d'explorer plus en avant son œuvre, c'est dire si ce livre m'a convaincu. Je vous reparlera donc de Barbara Kingsolver, c'est une certitude. Le présent livre, paru chez Rivages en 2002, est traduit par Dominique Peters, Valérie Morlot et Julie Sibony.

(Warren Bismuth)


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