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mercredi 4 novembre 2026

Oakley HALL « Warlock »

 


Nous sommes toujours en automne, mais une nouvelle incursion s'impose au sein du challenge « Quatre saisons de pavés » du blog Au Milieu Des Livres, avec ce grand roman noir de 1958, qui comptabilise sans effort ses 760 pages, et s'avère un bouquin détonnant dans tous les sens du terme.

Année 1880, sud ouest des États-Unis près du Mexique, une petite ville, Warlock. Son shérif s'en est enfui à cause de la menace d'une bande de hors-la-loi voleurs de chevaux dirigés par Abe McQuown, les Régulateurs, venant de la ville voisine de Bright's City et semant la terreur. D'ailleurs, les shérifs ne restent jamais bien longtemps à Warlock, une ville minière. Sa mine, justement, la Medusa, dirigée par MacDonald, fait en grande partie vivre la ville. Un marshal par intérim est recruté. Il s'appelle Clay Blaisebell, un homme au passé trouble. À ses côtés, son ami Tom Morgan, engagé comme nouveau shérif en compagnie de Carl Schroeder. Le trio devrait permettre à l'ordre de régner sur Warlock.

Ces hommes au pedigree respectable se frottent très rapidement à la bande de McQuown, et le scénario est enclenché. Car « Warlock » est un roman d'affrontement, pas seulement physique, mais aussi psychologique, une guerre des nerfs, d'endurance. Car si la bande de Mcquown quitte la ville, c'est pour mieux y revenir, se venger et dominer. Mais Warlock, c'est aussi cette mine qui va mal, les salaires sont en baisse et les salariés envisagent une grève ainsi que la création d'un syndicat.

Le récit est régulièrement interrompu par le journal de Henry Holmes Goodpasture, droguiste à Warlock, qui explicite la situation par un regard un peu plus distant, moins passionné que certains des protagonistes, plus fluide. Il aide à une compréhension optimale des rivalités et des alliances. Car tout semble axé sur l'intérêt à Warlock, une ville « sans excès de bienveillance ». Et la frontière devient poreuse entre les membres de la bande McQuown et les représentants de l'ordre. Arrive Kate, une femme qui en sait long sur le passé du marshal Blaisedell. Kate va jouer un rôle important, elle est l'une des belles figures de ce western âpre et sans concession.

Tandis que la population est tiraillée entre la loi incarnée par Blaisedell et la sauvagerie de la bande de McQuown, des règlements de compte et des actes de traîtrises interviennent sur fond d'arrêté d’expulsion pris par Blaisedell contre l'avis du comité des citoyens, une nébuleuse créée par des habitants de Warlock. Le récit commence à être rythmé par les procès au tribunal de Bright's City ainsi que les va-et-vient des différents protagonistes entre cette ville et Warlock. Blaisedell est acquitté à l'issue d'un de ces procès, la poudre ne devrait pas tarder à parler.

« Warlock » est un western littéraire (un style frappant s'en dégage) d'une certaine violence psychologique, compte de nombreuses morts au cours de ce périple d'à peine un an (de août 1880 à juin 1881, sauf pour le dernier chapitre). L'enjeu étant de faire respecter la loi tout en s'installant durablement dans l'ouest. Les personnages sont foutrement bien dessinés, attachants et repoussants tout à la fois, car c'est bien l’ambiguïté qui fait le charme, l'attrait de ce roman fleuve. « Warlock » n'est pas un western banal. Tout d'abord, la nature ne joue aucun rôle, ne modifie pas la portée de l'histoire, les grands espaces sont très peu décrits. Ensuite, la grève des mineurs de la Medusa intervient au milieu de règlements de compte dans un cadre peu propice à un western. Il faut aimer le western pour lire « Warlock » me direz-vous avec une certaine irrévérence et sans filtre aucun. Non, du tout, vous répondrai-je avec une outrecuidance frisant l'irrespect. Car « Warlock » peut plutôt être perçu comme un roman noir (Oakley Hall a d'ailleurs plusieurs fois été publié par la Série Noire), et en voici la preuve par trois (j'ai toujours été nul en maths) : c'est un roman noir au goût de terre et de poussière. D'ailleurs, vous ôtez les chapeaux et les éperons des acteurs, vous remplacez les chevaux par des autos, les saloons par des bars et vous êtes confrontés à un roman noir tendance polar. L'ambiguïté, encore.

Mais ne perdons pas l'action de vue. La cavalerie du gouvernement des États-Unis va devoir intervenir pour remettre de l'ordre dans ce bourbier, et là encore, ce ne sera pas sans victimes, car Warlock reste cette poudrière incontrôlable. Les hommes y sont cupides, avides de pouvoir, sans scrupules, les anciennes amitiés se détricotent et les nouvelles sont basées sur les intérêts personnels. Bien sûr on pense à « Deawood » de Peter Dexter (1986), ultérieurement adaptée de manière magistrale dans la série de David Milch (l'une des plus belles séries qu'il m'a été donné de voir). Mais « Warlock » en est de loin son aïeul. Écrit en 1958, il est porté à l'écran dès l'année suivante sous le titre « L'homme aux colts d'or » par Edward Dmytryk avec, entre autres, Henry Fonda, Richard Widmark et Anthony Quinn (excusez du peu). Le roman a pourtant patienté exactement 50 ans avant d'être publié en France, par les défuntes éditions Passage du nord-ouest (qui ont existé entre 2003 et 2015). Depuis leur disparition, le même livre, avec la même traduction de David Boratav a été racheté par Rivages ainsi que par Gallmeister (dans leur collection poche Totem). Oui mais, la publication française originale chez le Passage du nord-ouest s'ouvre sur une magistrale analyse de Rick Bass, l'un de ces auteurs que j'aime avec passion. Lorsque vous saurez que ce livre fort de 760 pages m'est apparu dans un état quasi neuf dans une boîte à livres, vous comprendrez qu'il n'y a pas de hasard, il était forcément fait pour moi. Et le voyage à cheval fut grandiose, il me va falloir maintenant faire reposer mes muscles fessiers. Mais lisez « Warlock », si ce n'est pas un ordre c'est au bas mot un conseil d'ami.

« Je vois beaucoup de monde depuis ma fenêtre, incapable de dormir maintenant que le feu est éteint. Quel feu a-t-il été éteint, et quel autre allumé pour nous brûler éternellement et nous consumer tous ? Nous combattons le feu par de vaines quantités d'eau ou par le feu lui-même, au risque d'embraser la terre entière et de ne jamais l'emporter, de nous noyer dans les eaux que nous avons nous-mêmes versées, d'être brûlés dans l'incendie préventif que nous avons nous-mêmes déclenché. Comment les hommes peuvent-ils vivre tout en sachant que leur destin est simplement de mourir ? […] Est-il jamais possible d'étouffer ce qui mène les hommes à leur fin, ou cet instinct propre à chaque homme est-il au contraire voué à croître et à rentrer en conflit de manière hideuse avec celui des autres, tant que les hommes eux-mêmes n'auront pas été étouffés ? ».

(Warren Bismuth)



2 commentaires:

  1. Dis-moi, ce titre ne serait-il pas éligible à l'activité "Sous les pavés, les pages" ? Le mot "ville" apparaît 7 fois dans ton billet... :)

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    1. Des Livres Rances5 novembre 2026 à 10:43

      Je n'ai suivi que de très loin ce challenge, j'en ignore en partie la teneur, me concentrant sur les deux auxquels je participe. C'est toi derrière ce défi ?

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