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vendredi 4 octobre 2019

Michel VITTOZ « Danses du destin »


Michel VITTOZ le confesse « Je suis un écrivain très lent. Entre mon premier roman, ‘Œdipe à Paname’ et ‘Danses du destin’, qui en est la suite, trente années se sont écoulées ». N’ayant pas lu « Œdipe à Paname » (Quidam Éditeur en prévoit une réédition pour 2020), je ne saurais me prononcer s’il faut l’avoir lu pour entamer « Danses du destin ». Cependant, ayant terminé ce dernier, je n’ai pas été choqué par la sensation d’avoir loupé une marche, ils me paraissent de ce fait dissociables.

Ce roman vous fera réapprendre le « Je, tu, il, nous, vous ,ils » d’après la plupart des titres de chapitres, certains récurrents. Nathan Lowenstein, dès le lever de rideau, tue Jacob, son propre père, ancien résistant durant la seconde guerre mondiale et maintes fois décoré à ce titre, un résistant devenu flic. Avant cet acte, Fannie, la sœur de Nathan, a été assassinée. Il y aurait comme un goût de vengeance dans l’air. Nathan désirerait devenir fou, pour tout oublier.

Marcel, le beau-père de Nathan, s’est attaché à lui, s’est comporté somme toute comme un vrai papa. Car Jacob le père biologique a disparu après la guerre. Lui et des dossiers secrets. Ensemble. Alors maman Louise a dû refaire sa vie.

Pas mal de personnages vont se succéder dans ce roman que l’on peut lire à la fois comme un polar, un roman noir ou un roman d’espionnage. Avec de vrais bouts d’Histoire du XXe siècle dedans : la deuxième guerre mondiale, quelques pincées de guerre d’Algérie, les bisbilles entre les différentes polices françaises, l’opacité des renseignements généraux, la politique avec ce Jules, ancien ministre démissionnaire dézingué, des flics ripoux sur fond de trafic d’armes, un tueur à gage à l’ancienne, une vieille dame – la fameuse Maman Louise - portée sur la bouteille qui a des « vapes » sur ses souvenirs douloureux mais qui finira sur le carreau avec une corde de piano en guise de ras le cou.

L’écriture de Michel VITTOZ est tour à tour posée ou agressive « À ce moment-là, fallait qu’il se fasse tuer et que je le tue. C’est tout. Lui, fallait qu’il crève et moi, il fallait que je change de monde. Que j’entre dans le monde des meurtriers, des assassins. Et celui-là quand on y est, on ne le quitte plus, y a pas moyen d’en sortir. Y a que la porte qui reste ouverte, celle qui donne sur le dernier trou ».

La trame de fond tout comme le climat peuvent rappeler les auteurs de romans noirs États-Uniens des années 1950, mais l’action est bien française, une France mal remise des exactions de 39/45, souffrant de son passé, même indirectement jusqu’aux générations suivantes, celles qui pourtant n’ont pas connu l’indicible. « Maman Louise, Marcel, je le sais maintenant, ils avaient tout fait pour m’éviter ça : revenir au cauchemar du passé. Parce que ma peur, c’est de là qu’elle venait, d’un cauchemar. Mais vrai, réel. Et pourtant c’était quelque chose que la réalité aurait jamais dû permettre. Y en a qui avaient ouvert les portes qu’il fallait pas et c’est entré dans le monde : l’horreur, juste l’horreur avec sa croix gammée ».

Quatrième roman de Michel VITTOZ en 30 ans de carrière, ce « Danses du destin »  de structure complexe est à la fois âpre et vif, rythmé, épuré mais dense, servi par une plume variée mais maîtrisée car l’auteur sait jongler avec les ambiances comme avec la narration : la polyphonie est de mise. Un roman sombre qui déterre quelques pages tout aussi noires de notre histoire commune, mais aussi de celles propres à des familles, marquant les descendances (du destin). « Danses du destin » vient de sortir dans la collection Les âmes noires de Quidam Éditeur. La suite, ou plutôt le commencement, dans quelques mois…


(Warren Bismuth)

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