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dimanche 30 août 2026

Marcel PAGNOL « Topaze »

 


C'est reparti ! Je veux bien sûr parler du challenge mensuel « Les classiques c'est fantastique » du blog Au Milieu Des Livres, qui rempile pour une année supplémentaire avec cette saison estampillée 7, où encore une fois les thèmes alléchants vont faire sortir Des Livres Rances de sa zone de confort. Tant mieux. Le premier thème est ouvert à tous les vents (marins), il a pour nom Marcel Pagnol, et Moka nous propose de passer l'été avec lui.

Tiens, si je me coulait dans la peau de nombre d'écrivains ouverts sur le monde et me mettais à parler... de moi ? Rassurez-vous, ce ne sera pas long. Enfant, je n'ai pas été élevé dans le culte de la culture ni de la lecture. Nous n’avions qu'une très modeste bibliothèque, un beau meuble (certes brinquebalant) mais bien vide. Parmi les quelques livres trônant figuraient pour la plupart des romans à couvertures rigides des éditions France Loisirs ou des documentaires sur la guerre d'Algérie. Mais je me souviens de quelques pièces de théâtre de Marcel Pagnol en format poche, et je me rappelle parfaitement leurs couvertures. Celle de « Topaze » était ornée du visage de Fernandel (qui avait incarné le personnage au théâtre), était parue chez Presses Pocket. En faisant une simple recherche, j'ai retrouvé une date de parution chez cet éditeur pour ce titre précisément : 1976. Ça colle. Je me souviens que Marcel Pagnol (et peut-être même « Topaze ») est l'un des premiers auteurs (le premier ? La mémoire ne me revient pas si précisément) dont j'ai ouvert un livre. Quant à savoir si j'ai lu Topaze ? Là non plus, je n'ai pas d'indice, mais je suis persuadé de l'avoir tout au moins parcouru. Je crois simplement savoir comme je viens de l'écrire que Pagnol fut sans doute, par le biais de ces quelques titres disponibles chez mes parents, le premier auteur que j'ai lu, d'où une certaine tendresse de le retrouver près de 50 ans plus tard. Fin de l'autobiographie, vous pouvez vous réveiller.

« Topaze », écrit en 1928, est une pièce en quatre actes dont le personnage principal s'appelle justement Albert Topaze. Il est prof dans une école de ville, à la maison Muche, alors que les classes ne sont pas encore mixtes. Homme naïf mais incorruptible, il s'applique à donner des cours de morale, tout en étant attiré par Ernestine, la fille du directeur de l'établissement, monsieur Muche, homme qui joue à l'aristocrate, au caractère autoritaire mais qui s'aplatit dès lors que surgissent des puissants. Un lâche. L'ami de Topaze, Tamise, lui donne force conseil afin de séduire la jeune femme. Fort de ces informations, Topaze tente un rapprochement physique, mais est vite repoussé par Ernestine. Il est exclu de l'école.

Le conseiller municipal de la ville est un homme fat, prétentieux, suffisant et surtout peu probe et magouilleur pour acquérir des marchés payés par la municipalité, on dirait aujourd'hui des conflits d'intérêts. À la suite de circonstances assez spéciales, il embauche Topaze, alors chômeur, comme homme d'affaire, le propulsant propriétaire d'une grosse entreprise gérée en sourdine par la mairie. Toujours naïf, Topaze accepte. Il vient d'entrer dans un monde géré par le fric et la cupidité.

Sur un ton léger et humoristique, Marcel Pagnol traite pourtant un sujet délicat : la corruption des élites. Plus précisément, celle du peuple fréquentant ces élites d'un peu près. Quant à Topaze, son air niais en fait le pigeon rêvé : « Cher monsieur, en affaires, il est souvent très bon de prendre l'air idiot, mais vous poussez la chose un peu loin ». Topaze n'est qu'un prête-nom à la grosse entreprise nébuleuse du conseiller municipal, tout ceci pour les yeux d'une femme, Suzy, dont Topaze est entiché, alors qu'elle est la maîtresse de l'élu. Sur fond de mensonges et d’hypocrisie, de machiavélisme même, la pièce garde ce ton printanier et désinvolte, Topaze réalisant qu'il est le dindon de la farce. Il est victime d'un système et devient soumis et las, d'autant qu'un journaliste véreux entre en piste et que tout le système semble gangrené. À moins que...

« Mais non, vous ne regrettez rien, puisque vous avez obtenu ce que vous désiriez : un homme de paille soumis et timide ; ainsi, vous gagnez de l'argent, et vous vivez dans une sécurité trompeuse auprès de celui que vous aimez ; vous l'aimez, cet homme, cet abominable gredin, cet abcès politique, cette canaille enflée qui verra quelque jour fondre sa graisse jaune au soleil des travaux forcés ! ». À ce stade, la morale chère à Topaze l'a emporté, le discours de Pagnol aussi. C'est mal connaître l'auteur, qui contre toute attente renverse la table, transformant cette pièce gentillette en fable immorale.

Ce fut un plaisir de retrouver Pagnol. Bien sûr l'anecdote contée au début de cette chronique y est pour beaucoup, le style de la pièce est daté et peut sentir la naphtaline et la poussière d'antan. Il n'empêche. Et puis c'est étonnant de le voir lui-même, Pagnol, comme hypnotisé par la malhonnêteté des personnages de son invention. Quant aux images, on les perçoit, en noir et blanc bien sûr, elle représentent elles aussi un pan de la jeunesse révolue, ont un petit goût de madeleine. Et si comme la madeleine il ne faut sans doute pas trop en abuser, mais une petite de temps en temps fait passer le goût du temps.

(Warren Bismuth)



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