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mercredi 30 septembre 2026

Sigolène VINSON « Le butor étoilé »

 


Une femme, la narratrice, se voit confiée une mission bien spéciale : répertorier le nombre de butors étoilés aux abords d'un petit étang de Provence. Au même moment, la jeune Dedou, 15 ans, fille adoptive de Hélène, disparaît. La narratrice est séparée de Marc depuis 4 ans mais ne cesse de penser à lui, elle lui envoie des lettres, interceptées par Damien, la cinquantaine, responsable d'un data center qui enregistre les cris d’oiseaux avant de les analyser.

La jeune femme est épaulée par Nathalie, ornithologue, parle à la nature, qui lui répond en une éblouissante osmose. Car « Le butor étoilé » est peut-être avant tout un roman onirique, peuplé d'images de livres de contes, sorte de fable écologique au cœur de laquelle notre narratrice observe l'étang, la nuit, alors qu'un loup rôde et qu'une partie de la population accuse déjà le canidé d'avoir attaqué et tué Dedou.

Peu à peu, Damien se mue en animal, sous les yeux de son père Kader, la nature reprend des droits que jamais elle n'aurait dû perdre. Damien se réincarne, on pense évidemment au très beau livre de Hélène Lanscotte « Ma femme, cette animale » (Cheyne éditeur). La nature est décrite méticuleusement, c'est la force du roman. La jeune femme pêche la palourde en pensant à Marc, ou peut-être à Damien, qui forcément doit penser à elle. D'ailleurs, la trame amoureuse vient gâcher ce qui aurait pu être un grand roman, les amours sonnent comme des passages obligés de l'adolescence alors que les protagonistes sont adultes et mêmes mûrs. Les personnages sont à peine esquissés, même Roland, le chasseur à la mauvaise vue. Mais dès que l'objectif se resserre sur l'extérieur, les bords de l'étang, la faune et la flore, le texte devient magie et pétillance.

« Un phénomène notable avait donné lieu à une nouvelle veille, la lagune avait atteint un taux de salinité jamais relevé, comme si elle s'était chargée en sel dans le but de nous porter tous, de hisser le village au-dessus du niveau de la mer et peut-être l'amener à hauteur du loup. Si les rhizomes retenaient un corps prisonnier, l'étang, par sa nouvelle composition, allait nous le restituer ». Et ce qui est restitué en priorité, c'est un charnier animal... Quant au butor, viendra ? Viendra pas ? C'est l'une des questions que pose le roman.

Sigolène Vinson décrit la nature à merveille mais peine à faire vivre ses personnages, c'est dommage car « Le butor étoilé » s'annonçait comme un grand roman, hélas il n'en est rien, même si certaines pages de Nature Writing donnent des frissons. Roman paru en 2025 et réédité en poche en 2026 au Tripode, il restera comme une belle tentative écologique. Sigolène Vinson fut miraculeusement épargnée lors de la tuerie contre Charlie Hebdo en janvier 2025, gageons qu'elle aura encore de belles pages nature à partager.

https://le-tripode.net/maison

(Warren Bismuth)

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