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mercredi 4 mars 2020

Pierre TERZIAN « Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu »


Dans le cadre professionnel Pierre TERZIAN est parti quelques mois au Québec en tant qu’éducateur dans des garderies de la petite enfance. Ce qu’il y a vu, entendu, ressenti, il le livre dans ce récit.

En de brefs chapitres entrecoupés de paroles d’enfants, Pierre TERZIAN raconte « son » Québec : l’accent, la langue, la culture, la gentillesse, la bienveillance (on est loin de la France), l’humour d’un peuple. Car tout ceci est visible dans son quotidien au sein de garderies dans lesquelles il travaille avec son statut de contractuel, bringuebalé d’un lieu à un autre, pour quelques jours, quelques semaines.

À peine le temps de s’attacher aux gosses - les contrats sont trop courts -, alors il faut vite en profiter. Et c’est parti pour des portraits d’enfants, tout en douceur, dépeints avec tendresse, humour, affection. Ces enfants, il les aime, les bichonne, mais sait se montrer autoritaire (pas longtemps, le cœur prend vite le dessus). Et puis il y a les rencontres avec les adultes, que ce soit les personnes salariées avec lesquelles il va faire un bout de chemin, ou les parents des enfants, parfois un vécu long comme le bras, l’alcool, le lâcher prise, la déprime.

Mais la lecture de ce récit de vie n’est nullement un hymne à la noirceur. Pierre TERZIAN tient parfaitement son lectorat attentif avec sa patte, à la fois simple et très drôle, les anecdotes, de petites historiettes qui défilent là où on ne les attend pas, les mots des enfants que l’auteur a pris soin de relever avant de nous les offrir comme un cadeau précieux, un souvenir made in Québec. Parce que, excusez-moi, mais on se marre de bon cœur, avec les situations grotesques d’enfants ayant comme on le disait par chez moi, « le diable dans le cul », paraissent sur piles inusables et s’avèrent de fait des gamins épuisants.

« Je ne suis pas pédagogue. Je fais des erreurs. Mes journées sont des suites d’erreurs. Tout à l’instinct. À l’aveugle. Parfois j’imite les enfants méchamment et ils pleurent. Parfois je leur parle comme à des adultes et ils divaguent. Parfois je les ignore, pendant de longues minutes, et ils explosent. J’apprends à maîtriser les explosions, c’est-à-dire à en minimiser l’impact sur ma conscience ». Donner, mais ne pas oublier de se protéger.

C’est la tendresse qui tient la plume. TERZIAN garde ce recul à la fois chaleureux et émouvant malgré parfois les abus de certains enfants, plus difficiles à tenir, voire carrément hostiles ou ingérables, mais toujours ces gestes de l’éducateur, qui pourrait être durs, mais la main retombe, la pensée même de violence ne l’a jamais effleuré. Ici c’est le jeu qui prend toute la place, tout est axé sur lui, l’éducation comme l’éveil. « Parfois, je l’avoue : je joue avec les enfants. Et pourquoi pas ? J’en veux moi aussi, de cette couillonnade transcendante ». Alors absence de tabous, ça cause de pipi, de caca, de prouts, de vomi et de crottes de nez, la philosophie des gosses.

Et puis c’est le Québec quoi ! Donc le français TERZIAN peut être dépassé, il y a de quoi face à un enfant dont le prénom est De Niro par exemple. Lui, Pierre, est souvent appelé Patrick. Il se retrouve à trimer dans des garderies autonomes où les enfants sont rois, d’autres garderies, dites autochtones. Il fait part de ses sentiments, ses sensations, sait faire dans l’aphorisme. Ainsi à propos du burn-out « Il est la raison d’être du remplaçant. Comme la gastro, en plus méchant ».

Les interludes donc : de petites pensées dites tout haut par un ou des enfants, elles apparaissent pleine page entre deux chapitres, comme par exemple ce « J’ai mon doigt dans mes fesses ! Tcha-Tcha-Tcha ! ». Même si certains enfants sont plus difficiles à canaliser, il y a cette conscience qui semble en harmonie avec le lieu géographique : « J’en peux plus, je te jure. Pas une embrouille en six mois ! J’ai pas vu deux personnes s’engueuler dans la rue depuis que je suis ici ! ».

Ce bouquin très accrocheur, sans prétention aucune, vient de sortir chez Quidam, il est plein d’émotions et de liberté.

« Au Québec, on dit qu’on a une crotte de nez sur le cœur, quand on est triste. J’espère avoir laissé une petite crotte de bien-être dans le cœur des enfants ». Et à la prochaine Patrick !


(Warren Bismuth)

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