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jeudi 20 août 2020

LES SECRETS DE DES LIVRES RANCES (1) : pourquoi ce nom ?

 

Aujourd’hui s’inaugure une nouvelle rubrique, celle des coulisses du blog. Elle sera ponctuelle, faite d’anecdotes ou de réponses à des questions que peut légitimement se poser le lectorat. Elle m’a été en quelque sorte soufflée indirectement par le blog Ça sent le book (http://casentlebook.fr/) et son excellente rubrique « Les coulisses du blog ». Je commencerai avec la question la plus fréquemment posée sur les réseaux sociaux : pourquoi un tel nom ?

Retour éclair sur la genèse du blog pour dévoiler ce mystère. En 2017, alors que je participais au webzine L’Hirsute depuis 2014 (https://hirsutefanzine.wordpress.com/), il m’a été proposé de faire naître en parallèle un blog littéraire. Si ce projet ne vit jamais le jour (les circonstances en restent opaques et incertaines à ce jour), l’idée fit son chemin.

Si ce projet avorta, j’en avais néanmoins imaginé le nom : Des Livres Rances. En effet, à cette époque je projetais à court terme la lecture du roman « Délivrance » de James DICKEY sorti chez Gallmeister. Et dans ce titre m’apparût le mot « Livre » mêlé à « Délivrance », je voulus convertir cette apparition en concrétisation et proposai tout naturellement à ma partenaire de ce blog fantôme d’attribuer à celui-ci le nom de « Des Livres Rances » (donc une « délivrance » fragmentée et un brin provocatrice), proposition validée pour un blog inexistant.

En août 2017, L’Hirsute se saborda, l’occasion de fonder un blog littéraire, car je ne pouvais imaginer un futur sans faire partager mes idées de lecture intensive. Le nom choisi quelques mois plus tôt me revint à la mémoire. Dès le lendemain de l’annonce de la fin de L’Hirsute, Des Livres Rances naissait, le 7 août 2017.

Ce nom fut l’objet de pas mal de polémiques et controverses, notamment celle ayant trait à ce terme : « Rances ». Pourquoi accoler un nom si horrible et vilainement connoté à la plus belle des passions : la lecture ? Explication :

Sans vouloir m’étaler sur mon passé, je dois revenir sur une partie de mon parcours : je suis en effet issu de la mouvance punk radicale que j’ai découverte au beau milieu des années 80 lorsque les crêtes se dressaient déjà à grands renforts de colle à bois ou bière de piètre qualité (gâchis certes), multicolores et improbables. Toujours fidèle à ce mouvement dont l’une des forces (et peut-être des faiblesses) est la provocation, dans les actes mais aussi dans les mots et le langage, il était tout naturel de désacraliser la notion de pureté de la littérature, et ce simple mot « rances » entrait en collision violente avec « livres » qui le précédait. Mariage peut-être guère harmonieux, agressant les tympans (comme le punk, en fait), néanmoins il représente ce parcours qui fut le mien, désacralisation, jeux de mots agressifs et foireux, et en filigrane cette image de la liberté, l’une des plus belles valeurs disponibles sur terre, mais paradoxalement l’une des plus difficiles à acquérir et dompter.

Certain.es n’ont pas du tout apprécié le « rances ». Cependant je persiste : il est placé ici comme une tache volontaire, car l’essentiel me paraît ailleurs. Mais lisons l’une des définitions du mot « rance » dans le dictionnaire : « Se dit d’un corps gras qui, au contact de l’air, a pris une odeur forte et une saveur rance ». Odeur forte ne signifie pas forcément odeur pestilentielle ni désagréable, et dans « saveur rance » il y a « saveur », le « rance » pouvant être subjectif et appartient à chacun.e d’entre nous. En revanche, je ne possède aucun début d’explication pour justifier ce « corps gras », faites donc fonctionner votre propre imagination !

Dernièrement, un commentaire sur les réseaux sociaux m’a interpellé : un homme a fait preuve d’une imagination inédite, il a entrevu dans le nom du blog un lien entre les mots « livre » et « errance ». Grâce lui soit rendue ! Car ce terme « errance » est lui aussi représentatif d’une partie de mon parcours, qu’il soit au sein du mouvement punk, personnel, familial ou professionnel : des errances sans fin, mais qui toutefois m’ont forgé et forcément influencé, y compris dans le choix de mes lectures. De ce jour, ce mot « errance » associé à « livres » m’a paru très pertinent, même si le terme peu heureux de « rances » reste bien sûr la matrice du baptême et que son reniement voire son bannissement ne sont pas au programme.

Aujourd’hui, ce blog a un peu plus de trois ans, il se porte mieux que jamais après des moments difficiles, les fameuses errances, dont le doute et parfois l’envie de tout foutre en l’air, faire acte d’autodestruction littéraire, d’autodafé numérique. Mais la vie reprend toujours ses droits, et la mort de « Des Livres Rances » n’est plus du tout à l’ordre du jour. Ce blog est peut-être « rance » mais il me porte, il est une partie de ma chair, il est l’objet même de mon désir de partage. C’est vous, que ce soit dans le lectorat, l’édition ou l’écriture, qui m’avez permis de tenir, de LE tenir, et pour vous en remercier du plus profond de mon âme, je ne peux que vous promettre de nombreuses nouvelles publications, la passion au ventre, avec ou non une saveur rance.

(Warren Bismuth)

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