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mercredi 1 juillet 2026

Luc FIVET « Bienvenue à Faubourg Bienveillant »

 


Après 27 ans de mariage Arthur et Isabelle Korner quittent définitivement Paris et chamboulent leur avenir professionnel. Un ras-de-bol de la capitale doublé d'une attirance pour un village où la vie semble tellement différente : Faubourg Bienveillant. Dès l'arrivée ils tombent sous le charme : quelques commerces, calme mais surtout ambiance conviviale. Ils font très rapidement connaissance avec certains des habitants, le courant passe.

Arthur souhaite devenir photographe professionnel (élément clé pour la dernière page du livre), déambule dans le village en vue de futurs clichés. Ici, c'est la bonne humeur, on se salue d'un pouce levé ou de doigts en forme de cœur, la bienveillance règne, ce qui change d'Isis, la fille du couple, qui vient parfois leur rendre visite, maussade, autocentrée, hypocondriaque et négative.

Mais déjà pointent au bistrot les sempiternelles discussions à propos des immigrés, que l'on aime pas, par ici, la vieille rengaine et les mêmes faux arguments toujours sortis de nulle part et hors contexte. Puis plus globalement les insinuations, la médisance. Et si Faubourg Bienveillant n'était qu'un vernis qui commence à se craqueler ? Si derrière la politesse ne cachait pas une certaine cupidité et l'exercice du profit ? Pourtant, « entre voisins, il faut bien s'entraider », et Isabelle rejoint des groupes de poterie, de yoga, de bien-être, de randonnées. « Mais tout ça sonnait un peu faux ».

De nombreux vendeurs ambulants pratiquant le porte-à-porte, rendent l'atmosphère de plus en plus pesante. Et chacun expose sa vie privée, en tout cas ce qu'il veut bien en montrer, sans discernement, sans pudeur. À ce stade de lecture, nous comprenons que nous voilà enfermés dans un roman diabolique : Faubourg Bienveillant : FB. Ce village est en effet une allégorie mordante et « vivante » de... Facebook ! Ici, chaque habitant représente une posture sur le célèbre réseau social : les marchands y incarnent la publicité mitraillant les fils d'actualité, puis il y a la voisine qui vous montre chaque jour le plat qu'elle a concocté, sans oublier ce vieux couple proverbial qui cite sans cesse des phrases de personnalités célèbres, phrases tronquées et parfois fausses. Est présent aussi l’indécrottable conspirationniste éclairé, et celui qui-a-un-avis-sur-tout, aussi insupportable que ces congénères, hautain et condescendant.

Derrière l'aspect jubilatoire du style, nonchalant et désinvolte, c'est bien la tristesse d'un monde où la communication, le paraître ont pris la place de l'humanisme, du vivre-ensemble. Mimétisme de la communication, effacement de la personnalité, portraits en trompe l’œil se terminant par des discussions saturées de brouhaha infâme, en une confusion totale où les conversations se perdent, se chevauchent, et que l'auteur Luc Fivet transforme en des séquences théâtrales jubilatoires, où chaque voisin devient un « follower ».

« C'est le mal de notre époque : penser qu'une simple opinion vaut réflexion ». Il en est de même pour le racisme ordinaire, la rumeur, la calomnie, tout ce qui pollue la tranquillité du village et son essence même, le vidant de sa substance initiale, le faisant évoluer en vase clos dans un univers irréel et superficiel dont la fuite est l'apanage dès qu'un sujet un peu brûlant (les migrants par exemple) est mis sur le tapis. La belle solidarité se détricote d'elle-même, la haine reprend ses droits, le mépris, l'entre-soi. L'illusoire, le futile, les courriers anonymes d'insultes règnent en maîtres dans le village, tout comme sur un certain réseau social. Il faut entrer dans les cases de la communauté sous peine d'en être exclu. Luc Fivet restitue avec pétillance et irrévérence les postures « Facebookiennes ».

Si votre activisme est un peu trop prononcé sur Facebook, lisez ce livre ! Petit bijou de cynisme, de lucidité, dénonçant un mal sociétal avec un humour corrosif. Cette petite merveille finissant de manière à la fois tragique et hilarante vient de paraître aux superbes Éditions Le Ver à Soie, ce sera sans nul doute l'un des sommets romanesques de l'année 2026 par sa facétie, son originalité sur fond de crise planétaire et d'égocentrisme. Merci Luc Fivet pour ce roman qui donne à réfléchir tout en s'amusant, sacré challenge !

https://www.leverasoie.com/

(Warren Bismuth)


2 commentaires:

  1. Ton enthousiasme est communicatif, et la manière dont l'auteur traite du sujet fait très envie..

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    1. Des Livres Rances2 juillet 2026 à 10:53

      Une vraie belle surprise où nous pouvons nous voir en miroir et rire de nous.

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